Brooklyn, the place to be
Vingt minutes avec Oliver Ackermann de A Place To Bury Strangers, et l’on se surprend à rêver de concerts nocturnes dans les endroits les plus insolites de Brooklyn. Portrait d’une figure majeure de cette scène underground américaine.
Depuis 2004, A Place To Bury Strangers – Oliver Ackermann, Jay Space et Jono Mofo – propage de salle en salle sa réputation de groupe au son le plus puissant de New York. Le 19 novembre dernier, Oliver, chanteur et guitariste de la formation, nous a dévoilé les arcanes de son univers sonique, avant d’aller souffler le public d’une Maroquinerie sold-out.
Son nom, le groupe se l’est forgé très tôt à coups de concerts marquants, en première partie du Brian Jonestown Massacre, en 2006, des Jesus And Mary Chain en 2007.
« C’était dingue ! Je ne pouvais y croire ! Quand j’étais jeune, j’étais fan, c’est la musique que j’écoutais dans ma voiture et là , on jouait en concert avec eux ! »
C’est d’ailleurs à ces derniers, comme à Slowdive ou Joy Division, qu’ils ont souvent été comparés.
« Bien sûr que je connais ces groupes, je ne vais pas le nier, et il y a certainement une influence plus évidente de la part de ces groupes que d’autres. Je pense que beaucoup de gens trouvent qu’on leur ressemble car nous créons des murs du son déments. J’aime ces groupes mais je ne les écoute plus vraiment. Après, les gens peuvent dire ce qu’ils veulent, j’essaye de faire en sorte que ça n’influence pas nos chansons. Ecrire des chansons qui ressemblent à d’autres ce n’est pas excitant ! J’écoute plein de trucs différents ; là où j’habite, à Brooklyn, j’ai une scène où plein de bons groupes underground viennent souvent jouer. »
Le premier album du groupe, « A Place To Bury Strangers », est sorti en 2007. Il rassemble trois EP, « Red », « Blue » et « Green », enregistrés par Ackermann lui-même et parus en 2006.
« Pendant un concert à Boston, Jon Whitney du label Killer Pimp a écrit sur une serviette qu’il voulait réunir nos EP dans un album et nous donner tout l’argent que ça rapporterait. J’étais assez réticent à cette idée : je pensais que ce ne serait pas un disque à proprement parler. Je n’avais pas vraiment confiance en notre musique.
Ça a pris huit mois aux deux autres membres du groupe pour me convaincre. J’ai fini par accepter à condition qu’on se limite à 500 exemplaires. Je voulais que ça reste très discret mais ça a eu du succès et on n’a pas arrêté de le republier.
Après ça, nous nous sommes mis à tourner beaucoup, à jouer dans des festivals, nous avons enregistré de nouveaux morceaux. Nous avons essayé d’en profiter ! Ce qui est bien c’est de ne pas avoir à faire tout ce qui va avec le fait d’avoir un groupe : faire la promotion des concerts, chercher des salles pour la tournée. »
Avec la sortie de leur deuxième album « Exploding Head » cette année et leur notoriété toujours croissante, le groupe se demande si son statut d’underground est encore légitime.
« Je ne sais plus trop. J’ai toujours pensé qu’on l’était. Mais ça devient de plus en plus fou, nous ne sommes plus si underground que ça car de plus en plus de gens nous connaissent. Ca me rassure de rester en contact avec la scène DIY [do it yourself, ndr] de Brooklyn : nous faisons des concerts ensemble, des soirées, nous nous retrouvons dans des clubs. »
A Place To Bury Strangers joue fort, leur réputation n’est pas volée…
« Nous essayons de créer un univers alternatif où on perd le sens de ce qui se passe dans notre vie et dans nos sentiments. La musique prend le dessus, altère l’esprit. Nous perdons conscience de ce qui se passe et notre esprit vagabonde dans plein de directions qui n’ont rien à voir avec la musique. Nous aimons nous laisser emporter ! Je pense que jouer à un volume très fort a un véritable impact sur le corps humain. »
…mais ce parti pris a des conséquences.
« Il arrive que des gens soient très énervés par notre son parce qu’on a fait péter des haut-parleurs dans des salles, que le courant saute, et que ça déclenche des alarmes incendie. Mais pour le concert de ce soir, il y a une limite. En plus de ça, nous avons dû emprunter des amplis pour cette tournée, car nous ne pouvions pas tout apporter des Etats-Unis. Ça ne m’embête pas d’utiliser le matériel de quelqu’un d’autre, l’essentiel est d’obtenir le son qu’on veut. Je pense que le concert de ce soir sera assez fort, mais pas aussi fort que d’habitude. » [le chaotique concert sera tout de même brièvement interrompu par une coupure de courant !, nrd].
Depuis 1999, Oliver fabrique ses propres pédales d’effets sous la marque Death By Audio ; A Place To Bury Strangers est le laboratoire de ses extravagantes expérimentations.
« Si tu as l’idée d’un son, tu peux créer ce son. On en arrive au point où on peut créer des effets qui sont si fous qu’on ne peut plus prédire ce qui va arriver. C’est plutôt merveilleux car c’est encore plus excitant d’être toujours à la limite du dérapage. »
Succès ou pas, les membres de A Place To Bury Strangers ne jurent que par Brooklyn, terre d’adoption de la scène underground…
« Il y a beaucoup de super endroits où jouer. Nous avons un journal, Show Paper, qui annonce tous les concerts underground. Il y en a plusieurs chaque soir. Ils peuvent avoir lieu sur un toit, ou chez quelqu’un dans un loft. Il faut aller à Brooklyn, c’est fantastique ! Quand des groupes sont en tournée, ils jouent à la fois à Brooklyn et à New York, c’est comme deux villes différentes. »
Propos recueillis par Céline M.
Crédit photos : Robert Gil
Setlist :
Gimme Acid / In Your Heart / To Fix The Gash In Your Head / Don’t Think Lover / Keep Slipping Away / Exploding Head / Deadbeat / Half Awake / I Lived My Life To Stand In The Shadow Of Your Heart / Ocean
Site officiel du groupe
A Place To Bury Strangers on Myspace








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