Fines gâchettes et francs-tireurs
Rock Times en direct de la Maroquinerie en troisième journée du marathon de l’Alligator. Taux d’humidité extérieur : élevé ; fréquentation : optimale. Au programme : du rock agité de la gâchette, de jeunes agents doubles à la solde des seventies et le retour du come back du Lucky Jim de la no wave new yorkaise.
Les huit coups de vingt heures résonnent encore que les trois TriggerFinger prennent position. Point de circonvolution, ces Belges ont l’âge d’avoir un bon bagage et vont à l’essentiel, fort et rentre-dedans. Soit en l’occurrence une forme primitive de rock lourd, voire stoner, en costard, car du chic on ne saurait faire le sacrifice. On les verrait bien traîner leurs dégaines cintrées dans un film underground américain. Le chanteur est un croisement grisonnant entre Nick Cave et Lemmy Kilmister (la barbe diront certains) et décoche de sa Telecaster et de sa Gretsch des riffs heavy que ne renierait pas Josh Homme (First Taste). Théâtral, il cabotine entre les chansons à la manière d’un Jon Spencer. A côté de lui, l’homme à la cravate rouge matraque sa batterie rouge et ne perd pas une occasion de se lever pour galvaniser un public chauffé à blanc, et s’offre même un solo de batterie (on voit encore ce genre de choses en 2010 ?!). A leur droite, le bassiste, derrière ses lunettes fumées, est taqué comme un garde du corps XXL et entre ses paluches, la basse a l’air d’un jouet pour mômes. Et vlan pour l’entrée en matière.
TriggerFinger, perché
Et puisqu’on parle de mouflets, autant dire qu’à leur suite, les jeunes Radio Moscow semblent sortir du landau. On assiste à un festival de cheveux en cascades, Cousin Machin, énième batteur de la formation, remportant la palme de la descente de toms. Pendant ce temps, Zach Anderson, le fidèle bassiste, peigne les cordes de sa Gibson EB-2 demi-caisse à fond la caisse. Quant au timide guitariste, on constatera une fois de plus qu’il n’est pas né avec des moufles. Biberonné à l’Hendrix, Parker Griggs balance l’air de rien des plans blues qui ne trompent pas, et voir ses doigts cavaler sur la Stratocaster avec la dextérité d’un Jimmy Page vaut toutes les leçons… Trois kids de l’Iowa pour un lâché de Zeppelin (Brain Cycles) en plein sous-sol du XXème arrondissement : tout concorde pour évoquer les fantômes d’il y a quarante ans. En fait, le temps d’un concert, ce power-trio donne tout bonnement l’impression que les années 80, avec leurs guitar-héros métallo/mégalo, n’auraient été qu’un vilain cauchemar. Si seulement… Par-dessus tout, ce groupe déroule son rock sans se poser de question parasite ni prétendre à autre chose. Et de fait, les morceaux sont redoutables, I Just Don’t Know, Broke Down avec solo de wha-wha, City Lights au bottleneck, Lucky Dutch où basse et guitare riffent à l’unisson, jusqu’au Mistreated Queen final : « Come on ! ».
Radio Moscow : Parker Griggs et Zach Anderson. Ne pas se prendre les cheveux dans les cordes !
Après ces deux séminales salves, James Chance & The Contorsions font un peu pâle figure. Annoncée comme un des chouchous des Nuits de l’Alligator, la légende déçoit. Dans sa veste blanche mal coupée, le James ressemble à s’y méprendre à un vieux Marty McFly qui aurait piqué la veste de George à la Féérie dansante des sirènes en 1955. Accompagné d’un backing band pas franchement fantasmatique, Mr Chance joue sur un orgue manquant de grain, avant de passer au saxo dont les envolées free-jazz chuintantes demeurent les moments les plus intéressants. Entre les deux, il dodeline et s’éponge le cou et le visage avec un aristocratique mouchoir, puis prend son tour de chant avec hoquets rock’n’roll. Mais la basse est jazzy, ronde et molle, et le guitariste cocotte des plans funky… A moins que quelque chose ne nous échappe, il semblerait qu’il manque un je-ne-sais-quoi pour que la folie tue l’ennui. Tant pis, pas de quoi fouetter un caïman.
James Chance après la projection de « La Marche de l’Empereur »
Alors on remonte à la surface, il faudra replonger bientôt dans ces eaux troubles. A plus tard crocodile, on retourne à la nuit.
Flavien.G
Trigger Finger on Myspace
Radio Moscow on Myspace
James Chance on Myspace
Setlist de Radio Moscow par Céline M. et Parker G. :
Lick Skillet / Hold On Me / I Just Don’t Know / Lucky Dutch / Brian Cycles / 250 Miles / Broke Down / Introduction + Frustrating Sound / City Lights / No Jane / Mistreating Queen
Lire aussi l’interview de Parker Griggs et la chronique de « Brain Cycles ».






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