The Strange Boys, Paris, Nouveau Casino, 16 juillet 2010

When you’re strange…

Cette année encore, le Nouveau Casino enfile ses couleurs d’été et accueille le Colors Music (F)Estival. Garage à l’honneur pour ce 16 juillet caniculaire : les Strange Boys étaient de retour à Paris, trois mois après un concert discret au Point Ephémère et l’ouverture de la soirée était laissée aux prometteurs Yussuf Jerusalem.

Une fois dans la salle, d’un rapide coup d’œil au bar on reconnait accoudé au comptoir la voix des Strange Boys, Ryan Sambol, alors que son acolyte Greg Enlow attend au coin de la scène l’arrivée de la première partie. Jenna Thornhill-DeWitt le rejoint, hilare : la fille est de retour chez les garçons, on verra donc le groupe au grand complet ce soir, contrairement à leur date d’avril. Le saxo fou de Be Brave déjà en tête, l’excitation est à son comble : ambiance chaude, public présent, une belle soirée s’annonce.

Yussuf Jerusalem

La lumière tombe vers 20h et après un roulement de batterie pour tocsin, Yussuf Jerusalem engage les hostilités. Le ton est donné dès le premier titre : tremolo vrombissant, fuzz à décaper les tympans, reverb envahissante, le trio lorgne du côté de la Californie mais il a cessé de farter sa planche depuis longtemps et son surf traîne dans la vase et les algues. Oscillant entre le psychobilly des Cramps et le surf-punk de Wavves, Yussuf Jerusalem sont les Beach Boys à qui on aurait confié la BO du dernier Romero. Si certaines compositions débordent sur un punk-rock plus facile, l’ensemble tient largement la route. Disparus dans une épaisse fumée, les parisiens torturent leurs instruments, invisibles. Les photographes pestent, mais le public n’est plus que sueur. Certes, on soupçonne le groupe d’avoir ramené sa bande pour s’assurer d’une ambiance réceptive, mais après quelques titres, c’est toute la masse qui s’agite et on ne distingue plus les conquis des acquis. Pourtant, 45 minutes de set plus tard, la violence des chansons laisse abasourdi : au fil des écoutes, aucun doute qu’on appréciera à leur juste valeur les hymnes du trio, mais cette déflagration initiatrice a failli nous écœurer sur la longueur.

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The Strange Boys (and girl)

Courte pause et les Strange Boys, très attendus, satisfont l’impatience. D’entrée de jeu, l’énergie du quintet saute aux yeux : rien à voir avec le concert en demi-teinte d’avril. On connaissait des jeunes doués qui manquaient d’aisance pour assumer le côté approximatif de leur musique, ce soir la scène leur appartient et les cinq se dressent contre la foule sans se laisser impressionner. Le joyeux bordel qui règne sur scène n’est qu’un prétexte aux solos explosifs et aux cœurs enjoués, les titres sont expédiés sans une seconde de répit. « Be Brave », sorti en janvier, est évidemment exploré de long en large : le riff d’intro, immanquable, du single éponyme excite un parterre de groupies tandis que l’arpège des premières secondes de A Walk In The Bleach procure quelques instant de repos aux excités du premier rang avant le final quasi-punk du morceau. Le premier album du groupe, inédit en France, n’est pour autant pas remisé et le classique Who Shot Paul ? est l’occasion de voyager quelques minutes dans les 60′s : on n’hésite pas une seconde à penser que les Strange Boys se seraient fait une place de choix sur la compilation « Nuggets ». Ce qui excitera les oreilles attentives, ce sont ces trois morceaux inconnus égrenés au fil de la soirée : mélodies accrocheuses, structures plus complexes, les Strange Boys gagnent en maturité au fil des compositions. Au hasard d’une cigarette grillée sur le trottoir après le concert, Ryan Sambol nous confie que le prochain album est prévu pour février. «Same old, same old : you gotta make money… » lâche-t-il. Sa rengaine désabusée ne marche pas sur nous ce soir : les Strange Boys se sont amusés, ça ne fait aucun doute.

Jean-Philippe Régnier

Crédit photos : Robert Gil

Yussuf Jerusalem on Myspace
The Strange Boys on Myspace



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