Mystères de l’Ouest
Il aurait fallu une sacrée bonne raison pour manquer cette attaque en règle de la Flèche d’Or par Spindrift et Black Mountain, associés pour cette affaire. Le public des Canadiens perchés, plus ou moins velu, plus ou moins véloce à opiner du chef, et plus ou moins vrillé du cortex, découvrait – pour la plupart – les outlaws californiens, un doigt sur la gâchette, un autre sur la braguette.
Au bruit du vent soufflant dans les plaines, la chevauchée commençait ainsi avec le western psychédélique de Spindrift dans une débauche de réverbération. Kirpatrick Thomas, le cowboy trop bien sapé au chapeau racé, enfilait séance tenante des perles à réveiller Sergio Leone et faire rêver Quentin Tarentino. A coup de guitare qui twangue, et de vocalises de fausset. Toujours épaulé du fidèle Henry « double manche » Evans, de James Acton à la cavalcade et de Luke Dawson à la slide, le barbu balafré harmonisait ce soir avec une cowgirl plus vraie que nature dans son costume à faire pâlir de jalousie les hôtesses de Disneyland. Une demoiselle aux boots affûtées, apportant de la sensualité à la flûte au clavier ou au tambourin. La température du lieu n’allait pas tarder pas à monter en flèche, le groupe arpentant morceau après morceau les légendes de l’ouest et la Vallée de la mort, puisant dans les réserves indiennes… A ce rythme le concert filait comme une balle, laissant aux Canadiens l’honneur de mettre le feu aux poudres.
Black Mountain : out of the blue, into the black
Six mois seulement après la Maroquinerie et la sortie de « Wilderness Heart », il était écrit que Black Mountain apporterait ensuite sa dose de riffs heavy d’airain, de claviers torves et d’escalade vocale entre Stephen McBean et Amber Weber. Si le dernier album sacrifiait les circonvolutions retorses caractéristiques du quintette, ces nouvelles chansons révélaient ici leur potentiel et leur efficacité scénique. Mais McBean et ses sbires n’oublieraient pas les deux précédentes livrées, offrant à leurs fanatiques admirateurs la trilogie Angels-Wucan-Tyrants, un Druganaut, faussement funky et franchement déviant et deux rappels épiques à base de Stormy High et No Hits.
Le background de colosse assuré par un Joshua Wells martelant obstinément l’attelage des fûts et un Matt Camirand aux lignes de basse prognathes, Jeremy Schmidt s’effaçait derrière ses claviers tourbillonnants dans l’espace. Devant, Amber Weber, stoïque comme une prêtresse posait sa voix ample, insensible au tumulte. Et à ses côtés, le tisserand McBean délaissait un temps ses brûlantes Gibson pour la guitare acoustique de Buried By The Blues et Space Of Your Mind ; avant de reprendre de plus belle dans la lourdeur et la moiteur de Old Fangs et Let Spirits Ride et son pastiche de riff heavy seventies.
En fait de montagne noire, Black Mountain tiendrait plus du monolithe de l’Odyssée de Kubrick. Un mystère de plus dans cette soirée souveraine où les deux groupes, pervertissant les codes du XXème siècle, réinventaient le XXIème.
Fred Van Giulia
Crédit photos : Rémy de Vlieger
Setlist : Spindrift
Girls Booze Gunz / Space Vixens Theme / Speak To The Wind / Red Reflection / Hellbound / The Klezmer Song / Legend Of Gods Gun / Shadytown / Drifters Pass / Indian Run
Setlist : Black Mountain
The Hair Song / Evil Ways / Wilderness Heart / Angels / Wucan / Tyrants / Buried By The Blues / Space Of Your Mind / Old Fangs / Let Spirits Ride / Druganaut / Rollercoaster // Rappel 1 : Stormy High / Don’t Run Our Hearts Around // Rappel 2 : No Hits
Spindrift, Red Reflection
Black Mountain, Wucan
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