Roger Waters, The Wall Live, Bercy, 1er juillet 2011

Béton armé

Aller voir Roger Waters en concert, c’est la certitude d’un show parfait, millimétré, tant sur le plan musical que visuel. Béton. Reste au spectateur le secret espoir de voir la setlist s’enrichir d’un Echoes ou autre classique de la prime époque du Floyd, mais qui s’effondre à mesure que le mur se monte.

Avec « The Wall », on se doute que, quelque part, il y aura un mur. Il n’y a pas réellement d’attente sur les morceaux, mais le souvenir du superbe concert à Magnicourt en 2006, où le bassiste des Pink Floyd reprenait l’intégralité de « Dark Side Of The Moon », invitait à se dégotter sans tarder un ticket pour le voir s’attaquer à l’autre album monument : « The Wall », paru en 1979.

Ce concert donc, au contenu pourtant sans surprise, surprend. Waters est en grande forme et sa voix est mise en exergue par les spectateurs, qui connaissent toutes les paroles (certains vont même jusqu’à faire les bruitages ou les répliques du film !). En tout cas l’ambiance est là, et même si la fosse est relativement calme, on sent que ça bout à l’intérieur.

Les frissons viennent dès le début, avec bien sûr Another Brick In The Wall (part1), The Happiest Days Of Our Lives et Another Brick In The Wall (part2) où des enfants – qui ne chantent pas – claquent dans leurs mains complètement à côté du rythme. Peut-être le seul moment du show moins préparé que le reste. Elle est suivie d’une chanson hors album où Waters prend la folk et chante le célèbre refrain, pour enchaîner sur la perle Mother.

Sur scène, le mur s’élève petit à petit et le travail spectaculaire des lumières fait que ça ne se voit pas. Jusqu’à Hey You, où le public est face à un mur blanc… Et ma voisine qui demande si les musiciens vont revenir !

 

 

Waters et ses sbires apparaissent par surprise tantôt au centre, tantôt en bas. Si bien qu’on se prend au jeu pour deviner de quelle brique vont sortir leurs têtes. Sur Is There Anybody Out There?, les guitaristes, qui ressemblent étrangement à des mariachis, déroulent l’instrumentale dans une ambiance ténébreuse fidèle au film. C’est Comfortably Numb qui déchaîne le public – mais pas d’apparition de David Gilmour comme à l’O2 Arena de Londres en mai dernier – et file une gifle.

Waiting For The Worms. Une horde de drapeaux sont levés, les musiciens sont en costumes de garde prétorienne moderne, Waters en dictateur. Too much après les projections, la guerre, les « images-choc » (Hitler ! Bush !), les séquences du film… Mieux vaut la 2D. Tout prend une part démesurée à l’exception de la musique et ceux qui la jouent. Tout cela est-il bien nécessaire ?

Mais le plaisir demeure. Et Waters parvient à proposer des chansons vieilles de trente ans à la fois dans le contexte de l’époque et celui de l’œuvre originale, même si, on le sait, ce n’est pas Pink Floyd sur scène. Pari réussi, alors que ces tubes prennent vie dans le bloc de granit qu’est « The Wall », comme cela doit être. Et en sortant, c’est l’envie de revoir le film qui démange.

On notera également la présence de l’immense cochon guidé par hélice se promenant dans la salle, et qui donne un côté champêtre. À se demander s’ils ne sont pas déjà en train de construire la vache géante. À quand le concert de « Atom Heart Mother » ?

Eugenio Ferrario




  1. Gwennael on Vendredi 8, 2011

    J’étais aussi au concert, 1er rang, bien au centre à 2m50 de la scène.
    C’est habituellement une place stratégique dans un concert, mais je dois bien avouer que quelques rangées de recul auraient été un peu mieux.
    J’avais en effet la tête qui tournait de gauche à droite en permanence pour ne rien rater des images.

    Ce spectacle/concert était juste sublime! Dans une salle réputée pour proposer une sonorité de bien mauvaise qualité, Roger Waters à sorti le grand jeu et je pense que Bercy n’aura jamais connu meilleur son.
    C’était très clairement un événement à ne pas rater. On peux difficilement espérer qu’il y aura d’autres représentations de ce genre. J’ai eu un énorme frisson sur Comfortably Numb qui en a fait pleurer plus d’un (dont ma voisine de derrière qui a fini par craquer).

    Pour le moment, c’est le meilleur concert que j’ai vu (et j’étais présent à Magnicourt).


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