Rock en Seine, Domaine de Saint-Cloud, 27-28-29 août 2010

Trois jours de marathon, lancer de poids lourds et sauts en longueur – l’éclectisme selon Rock en Seine

Depuis sa création en 2003, Rock en Seine s’est imposé comme un rendez-vous majeur de l’été, proposant au public une affiche éclectique. Sans se positionner comme un défricheur, le festival francilien a su trouver un équilibre entre nouveaux talents et valeurs sûres et gagné la sympathie des artistes qui n’hésitent plus à multiplier les passages par le domaine de Saint-Cloud. Réputé maudit à cause des dernières annulations d’Amy Winehouse ou d’Oasis, l’édition 2010 n’aura pas évité quelques imprévus…

Aux premières heures du VENDREDI, pas grand chose pour titiller notre intérêt. Malgré la réputation qui les précède, Band Of Horses déçoit un peu. Voix doucereuse, structures simplistes : les arrangements sont jolis mais le tout semble taillé pour plaire, et sans surprise, la foule se masse bras en l’air pour onduler au son des balades des Américains ; il fait beau, on redécouvre le cadre magique du parc, Band Of Horses est pardonné.

La sélection Avant-Scène présente King Of Conspiracy, qui donne le véritable coup d’envoi de l’après-midi. Le trio parisien déroule un set qui réveille les fans de Blink 182 venus en nombre. Carton plein pour le groupe, qui conquiert avec sa musique nettement plus léchée que le punk-rock sans poil des Californiens.

Pendant ce temps, la météo est devenue elle aussi orageuse et électrique, les premières gouttes tombent : Foals monte sur scène et, comme deux semaines plus tôt à la Route du Rock, jouera sous la pluie. Après une entame sur Total Life Forever, les Oxfordiens déroulent d’ailleurs la même setlist qu’au festival malouin. Cassius fait danser les minettes et le final halluciné d’Electric Bloom en déroute quelques-uns autant qu’il fait planer les autres. Philipakis martèle son tom basse et fait exploser quelques cervelles avant que le bruit des vagues n’annonce un Spanish Sahara dont la puissance n’est plus à démontrer. La pluie s’intensifie sur le crescendo du morceau, accentuant encore la force du refrain et donnant à la scène une ambiance irréelle.

Foals / BRMC, compèt’ de touffes

Ce vendredi sonnait l’heure des reformations avec Skunk Anansie. Skin est restée la bête de scène qu’on connaissait, à l’image de son passage au même festival en solo quatre ans auparavant et les Anglais haranguent la foule qui remue surtout sur les tubes du groupe, connu de ce côté de la Manche pour son Hedonism. On est content d’avoir vu ça sur scène, mais les courses poursuites entre fraudeurs et vigiles captaient tout autant l’attention !

Ce vendredi sonnait l’heure des reformations avec Skunk Anansie. Skin est restée la bête de scène qu’on connaissait, à l’image de son passage au même festival en solo quatre ans auparavant et les Anglais haranguent la foule qui remue surtout sur les tubes du groupe, connu de ce côté de la Manche pour son Hedonism. On est content d’avoir vu ça sur scène, même si les courses poursuites entre fraudeurs et vigiles captaient tout autant l’attention.

A peine le temps d’huiler les Beretta et de retourner les casquettes pour le mastodonte Cypress Hill, qui débarque en force et ratisse large, du minet branché au gangsta made in France. De Insane In The Brain à How Could I Just Kill A Man ?, les rappeurs west coast mitraillent le public de leurs plus gros hits (from the bong), la foule entière bounce, le taux ambiant de THC dans l’air s’envole. La voix nasillarde de B-Real fait l’apologie de tous les vices de LA, Sen Dog répond complètement loco, le flow assaisonné des battles de scratch et percu. Cypress Hill a fait monter la température et c’est à reculons qu’on part retrouver les boyscouts du BRMC.

Après un Bataclan mou du genou, pas grand chose à attendre de la bande de Peter Hayes. Un peu cynique, on se disait que le groupe donnerait peut-être un concert d’anthologie en hommage au père de Robert Levon Been, décédé une semaine plus tôt au Pukkelpop Festival, mais il n’en fut rien. Comme en mai, les morceaux du Club, récents (Beat The Devil’s Tattoo) ou anciens (Ain’t No Easy Way, Stop), défoulent les plus jeunes mais laissent les initiés de marbre.

Et avec Blink 182 et Underworld, ça n’est pas la fin de soirée qui va nous rajeunir !

Samedi en famille. Avec Paolo Nutini ou Stereophonics, le SAMEDI était la journée la plus grand public du week-end. Buzz de l’année, le dance-rock des Irlandais de Two Door Cinema Club n’est pas désagréable, mais semble avoir quelques années de retard : on attendra un deuxième album pour leur donner une chance de gagner en maturité, car on pense tout de même tenir des petits garçons doués. Puis la scène de l’Industrie accueille un concert improvisé de Martina Topley-Bird en remplacement des endeuillés Où Est Le Swimming Pool ? La choriste de Massive Attack y interprète en comité réduit les titres de son dernier album aussi bien que des versions réarrangées de ses morceaux avec Tricky (Overcome) ; la douceur de la chanteuse correspond tout à fait à l’ambiance ambigüe qui règne autour de la scène à cet instant.

Pas de chance en revanche pour Jonsi, qui se retrouve nu, son matériel étant resté coincé au Portugal : joli set acoustique improvisé, mais les hululements islandais ne portent pas jusqu’à la grande scène où s’annonce la tête d’affiche du jour.


Jonsi vs Josh Homme : compèt’ de houppettes entre les deux rouquins !

Josh Homme, habitué du festival francilien, y traînait ses Queens Of The Stone Age. Le groupe stoner a rassasié un public éclectique –voire hétéroclite- à coup de Cocaine, Go With The Flow ou No One Knows. Les mouvements de foule sont violents et remontent jusqu’à la régie, ça pogote dur aux premiers rangs et si Homme affiche un joli double menton, il n’a rien perdu de sa superbe. Un des bons concerts de cette journée, à mettre aux côtés de celui de LCD Soundsystem et son électro-rock castagneur qui a lâché la pression qu’on accumulait depuis le début de ce samedi en demi-teinte. D’autant que Massive Attack, plus froid que jamais, ne renouvelle pas la surprise de la Route du Rock deux semaines auparavant, avec un set qui semble bien plat. Si Angel ou Teardrop restent des valeurs sûres, on s’emballe bien plus facilement pour les remix des frères belges à l’origine de Soulwax, 2many dj’s, qui concluent la soirée en beauté.

Jean Philippe Régnier

QOTSA


Saint-Cloud rouillé. Curieux festival tout de même. Le DIMANCHE, les organisateurs n’ont semble-t-il rien compris et programment les sensationnels Black Angels dans l’après-midi. Certainement pour laisser la place aux Ting Tings … Qu’importe le quintette d’Austin nous en met pleins les mirettes. Sous le soleil mais dans le vent, Sunglasses sur le nez (à l’exception d’Alex Maas, né avec une casquette sur la tête) : Wayfarer sous le chapeau texan pour Nate Ryan, et la batteuse Stephanie Bailey a carrément piqué les siennes à Lou Reed période Velvet. Qu’on se le dise, le groupe a franchi un nouveau cap, gagné en assurance : Christian Bland plus destructeur que jamais dans ses parties de guitare, Maas souriant et libre derrière son micro, et Nate qui prend pleinement sa mesure dans ses tours de chant. Les nouveaux titres sont en place et en imposent désormais ; Telephone clos le set sur une touche death-initivement sixties.

The Black Angels : Christian mousse et Alex Maas

Maladresse de la programmation toujours, leur set se chevauche avec celui de Eels qui joue sur la grande scène. D’un hurlement, Mark Oliver Everett lance son concert avec Prizefighter le premier titre de « Hombre Lobo » (2009). Bandana de motard sur la tête, lunettes de soleil et barbe fournie, irrecevable à tout contrôle d’identité, il est entouré de son band, ambiance Blues Brothers. Ensemble, ils précipitent et brouillent les morceaux minutieusement arrangés du Californien dans le gouffre retro d’un rockabilly effréné. La setlist se concentre naturellement sur les trois derniers albums – parus en à peine plus d’un an – avec Fresh Blood, Spectacular Girl, Tremendous Dynamite, Looking Up, et s’aventure parfois vers les petites bombes de « Souljacker » qui re-dynamisent le show. Mais c’est le drame quand Everett revisite et massacre sans merci Mr E’s Beautiful Blues (version Bamba) ou My Beloved Monster – extrait du parfait « Beautiful Freak » (1996) – comme un vieux disque trop écouté et à jamais rayé. La combinaison blanche et les gesticulations n’y feront rien, Eels peine à se recycler dans cette formule rentre-dedans face à une si grande foule.

Eels, en combinaison d’homme canon ?

Avec sa bonne bouille, son français assaisonné d’un petit accent américain et sa gentillesse naturelle, Zach Condon ne doit avoir en grippe que les jaloux de son talent. Accueilli en France à bras ouverts quand ses Etats-Unis natals le boudaient, Beirut arrive en terrain conquis et les premières notes des balades folk tendance balkanique de chaque morceau sont accompagnés des hourras d’un public qui n’hésite pas à reprendre en chœur les belles comptines de la bande, Nantes ou Postcards From Italy en tête. La masse se balance doucement au rythme des trois temps, impossible de se décrocher le sourire des lèvres quand trompettes et trombone s’emballent : Beirut a remis de l’humain dans des prestations de festival jusque là un peu impersonnelles et ça fait du bien.

Zack Condon : Beirut et trompette

Intercaler les Ting Tings entre la fanfare et les désirés Arcade Fire était risqué, et malheureusement, la prestation poussive du duo londonien rend l’attente pénible. On part donc combler une certaine curiosité face à la reformation intergalactique sur fond d’images stellaires de Roxy Music, une quarantaine d’années lumières après la naissance du groupe. On assiste à un concert presqu’anachronique, d’un autre âge, avec choristes plantureuses, claviers, saxo et une violoniste qui remue en combinaison de Catwoman… Devant, Phil Manzanera assure bien sûr à la guitare, et Brian Ferry, en beau gosse qui fait rêver les ménagères…

Arcade Fire : Régine et Win, qui perd gagne…

Devant la grande Scène, la foule compacte et nerveuse reprend déjà ça et là l’air de Wake Up, tout le monde piétine, on blague à droite à gauche sur ce qui pourrait nous faire manquer le concert ou sur la prestation de Radiohead quatre ans plus tôt, toute aussi attendue : il y a des signes qui ne trompent pas, Arcade Fire a atteint une dimension supérieure cette année. Puis à 22h, les violons de l’outro de « The Suburbs » inondent la plaine du Domaine National de Saint Cloud et 35 000 voix s’élèvent pour ne jamais faiblir d’un concert malheureusement écourté par la pluie. De l’ouverture traditionnelle cet été sur Ready To Start à la bonne surprise Modern Man, de l’hymne No Cars Go à la rare Ocean Of Noise, sur laquelle le groupe invite Beirut à les rejoindre sur scène, les onze chansons jouées avant l’interruption nous gardent le poil hérissé. Les regards sont captivés par Win Butler, magnétique, droit sous une pluie qui se fait de plus en plus menaçante sur We Used To Wait et c’est la déconvenue : quand des trombes d’eau envahissent la scène, poussées par le vent, l’organisation demande l’interruption du concert pour palier aux risques électriques. Le matériel est bâché et Régine s’excuse, confuse, de quitter la scène. Comme un coït interrompu, les regards se croisent dans le public, hagards, la foule hurle, chante, en appel au ciel pour sa clémence mais l’averse ne faiblit pas alors que les sept Canadiens reprennent place sur scène, guitares acoustiques et grosse caisse à la main, comme des marins en pleine tempête. Ce sera un Wake Up d’anthologie, de ces moments dont on se souvient toute une vie, une version exceptionnelle qui vaut bien qu’on lui sacrifie une demi-heure de concert, la population d’une ville moyenne qui partage pendant 6 minutes la même ferveur, des frissons qui vous parcourent l’échine et une chair de poule à en faire pâlir Henri IV. Le groupe quitte la scène et ne pourra pas revenir.

C’est finalement cette satanée pluie qui aura joué le rôle de trouble-fête de l’année, faisant tourner court le concert le plus important de cette édition. Espérons revoir les Canadiens au sec et au plus vite.

Jean Philippe Régnier, Céline M. et Flavien.G

Crédit photos : Robert Gil

Le site officiel du festival



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