L’histoire d’un homme qui rêve éveillé
Nosfell a relancé la tourné de son troisième album éponyme en ouvrant le 10ème festival « Trace » de Clamart, le 16 janvier. Depuis l’auditorium du conservatoire, il a convié les spectateurs à se plonger dans son imaginaire qu’il retranscrit, aujourd’hui, de façon inédite.
Il est un homme, Nosfell (dont le véritable nom signifierait « Celui qui marche et qui guérit »), capable d’ouvrir un passage vers « Klokochazia », monde inconnu et fantastique. Dans l’auditorium du conservatoire de Clamart, entouré de colonnes de lumières, il a, pour la première fois de l’année, montré la voie à ses spectateurs en ouvrant, grâce à son langage « sacré » (le Klokobetz), une brèche à l’est de ce pays étrange. Là, Jalin Madaz, coupable d’avoir gelé les eaux d’un souffle, les attendait. Mais aussi des villageois cannibales, un renard conseiller des puissants, la fille muette d’un pêcheur, etc. Depuis les chaînes de montagnes artificielles jusqu’au désert, le périple fut semé d’embûches. Klokochazia est une terre à la fois sauvage et romantique, qui abrite des histoires d’amour à l’intensité shakespearienne et où la forêt forge l’âme de ses habitants. Qu’importe les dangers. Comme un guide étrange aux allures de flamand rose, Nosfell était là, pieds nus, sa jambe gauche parfois appuyée contre l’autre, prêt à narrer Klokochazia.
Prophète d’un monde à part. Car Nosfell n’est pas qu’un guide. Guitariste auteur-compositeur, il est le prophète d’un monde à part. Ce soir-là, Klokochazia est présent dans chacun de ses airs, de ses gestes et chacune de ses paroles. Pierre Le Bourgeois (violoncelliste) et Orkhan Murat (batteur), fidèles compagnons de voyage, participent à l’interprétation de cette contrée. Rythmiques et tonalités cassées, très racées et presque insaisissables : l’influence d’Alain Johannes (bassiste et producteur de Queens of the Stone Age) dans la réalisation des morceaux de son troisième album est omniprésente et offre à la touche Nosfell une texture nouvelle.
Comme un Jeff Buckley en son temps, dont les œuvres étaient elles aussi empreintes de romantisme et de poésie, Nosfell murmure, fredonne, chante et crie parfois ses contes « klokochaziens », symbolisés à même sa peau par plusieurs tatouages. Il les danse, les mime aussi, et lorsque cet homme simple et sensible couvre sa guitare de son corps et chante à l’intérieur d’elle, les spectateurs sont ébahis, transportés. Nosfell est tout aussi comédien que chanteur. Sur scène, il reconstruit son monde, son labyrinthe musical, note après note, tableau après tableau. Il est un nouveau Dr Parnassus au cœur d’un théâtre où rien n’est impossible. « On est de son enfance comme on est d’un pays » : Nosfell a, aujourd’hui, fait siens les mots de Saint-Exupéry et offre à qui veut en profiter un regard sur ses rêves d’enfants qui ont fait de lui un artiste de la scène française sans pareil.
Lilian Maurin
Voir aussi l’interview de Nosfell
Setlist :
Subilutil / Olyase Tilan / Alajlisalaj / Jalin Madaz / Mari Dus / Le Long sac de pierres / Bargain Healers / Jusila / Kodalit / Lugina / Blowtilan / Majodilo Tepü Jaredü / Mindala Jinka





Pourquoi ne pas laisser un commentaire?