La Route du Rock, Saint-Malo, 15 août 2010

Episode 3 : Le Retour du Soleil

Louons l’univers pour sa clémence, ça n’a l’air de rien, mais il ne pleut pas ! C’est en substance ce que rappelle Wayne Coyne aux festivaliers de la Route du Rock sous une pluie de confettis lors d’un final apothéotique. L’édition été 2010 du festival vit ses dernières heures, peut-être les meilleures : Archie Bronson Outfit, The National, et, donc, The Flaming Lips.

Troisième et dernière journée, la boue de la veille s’est épaissie ; et comme pour célébrer le retour du beau temps, les Suédois pop décalés Thus:Owls sont en ouverture avec leur chanteuse évoquant le San Francisco des sixties. Pour accompagner ses vocalises, une pianiste, un batteur, un contrebassiste et un guitariste canadien (Simon Angell, vu aux côtés de Patrick Watson) qui bidouille ses cordes avec des trucs et des bidules pour des bruitages qui tranchent astucieusement avec la beauté froide du chant de la Scandinave.

Tenue traditionnelle de leur tournée, le boubou bigarré est de mise pour les quatre Archie Bronson Outfit qui baignent dans les derniers rayons de soleil de la soirée. Toujours aussi flegmatiques sur scène, les Anglais mêlent au chant et aboiements nerveux de Sam Windett, des touches de synthés électro bien dosées et des guitares vintage dans un concert qui groove juste ce qu’il faut. En live, les morceaux de l’ovni « Coconut » paru cette année, sont plus bruts, moins trafiqués que sur l’album : Shark’s Tooth, Magnetic Warrior alternent aisément avec des titres plus anciens (Dead Funny, Cherry Lips). Et même les plus disco, Hoola ou Chunk perdent en kitsh et rallient les plus sceptiques. Mais on regrette presque les excellentes vidéos DIY du groupe pour illustrer la prestation.

Venu de Norvège, Serena Maneesh fait son manège noise et un sacré boucan, et le chanteur un cirque pas possible qui sonne un peu creux. Perfecto blanc, foulard et plumes dans les cheveux, celui-ci passe plus de temps à se rouler par terre et à faire virevolter sa guitare qu’à jouer et chanter (brailler), mais le reste du groupe assure le background, avec une batterie lourde soutenue par des samples de boîte à rythmes et des claviers, avec une grande bassiste blonde en guise de caution sexy aux pas chaloupés. Appliqué, le guitariste lead se fait presque oublier alors que son acolyte met une partie du concert en porte-à-faux en renversant involontairement son ampli. Agaçant, car le magma sonore du quintette est pourtant prometteur…

The National, bulldozer indé du week-end, faisait office d’habitué avec ce troisième passage au festival. Trouvant en France la reconnaissance qui leur manquait outre-Atlantique dès « Sad Songs For Dirty Lovers » (2003), les New-Yorkais entretiennent avec la France un rapport affectueux particulier (jusqu’à lui dédicacer Available), qui donne tout de suite à leur prestation un caractère sympathique. Réglé comme un coucou suisse et accompagné de trois autres musiciens aux claviers, violon et cuivres, le groupe enchaîne les titres de « High Violet » (Anyone’s Ghost, Afraid Of Everyone, Conversation 16) sans délaisser les morceaux qui ont fait son succès, Fake Empire ou Mistaken For Strangers en tête. Dommage que Matt Berninger ne nous fasse pas plus partager sa voix de stantor, qui se perd parfois dans des cris qui ne servent pas forcément les chansons. Omniprésente, elle reste néanmoins l’élément central de la musique des Américains, au détriment d’instrumentations qui se voient reléguées au second plan, créant une impression de monotonie. Difficile de leur en vouloir après une heure et quart d’un set qui n’aura malgré tout jamais vraiment décollé.

Juché dans la nuit sur les hauteurs du fort, Josh T. Pearson, le barbu Texan, personnage incontournable de ces trois jours (choriste de Tiersen à ses heures) a à peine le temps de libérer deux ballades country… On s’agite déjà orange sur la grande scène pour installer ce qui sera le terrain de jeu des Flaming Lips. Le groupe de Wayne Coyne a la réputation de donner des concerts mémorables et ne faillira pas. Tout commence par les images psychédéliques d’un corps féminin qui ondule sur un écran circulaire géant. On s’approche bientôt de son entrejambe luminescent qui hypnotise et dont sortent un à un les musiciens. L’excitation est à son comble quand le chanteur apparaît dans une énorme bulle-utérus et se déplace sur la foule avant de s’en extraire et de naître à son tour. Le ton est donné. Explosion de confettis, serpentins, fumée, ballons multicolores : un concert des Flaming Lips est une célébration, une fête où tout le monde doit s’amuser, à l’image de la dizaine de jeunes fans recrutés qui se trémoussent toute la soirée aux côtés du groupe. Coyne veut de la joie, il veut un public hédoniste débordant d’enthousiasme : « Come on ! », répète-t-il. Piochés principalement dans les albums des années 2000, les morceaux sont jouissifs, puissants et délirants – imaginez une foule imitant tous les animaux de la création à la demande du chanteur sur I Can Be A Frog (« Embryonic ») –, parfois plus lyriques et graves : Do You Realize ? « that everyone you know someday will die ? ».

On ressort de cette expérience ivre, étourdi, avec le sentiment qu’un autre concert fera bien pâle figure à côté de cette débauche de moyens pour nous plonger une heure et demie durant dans cet univers de Willy Wonka du rock où les ours en peluche portent les chanteurs sur leurs épaules, et où des mains de géant projettent des lasers verts entre deux apparitions de grenouilles mascottes. Véridique !

De fait, The Rapture paraissent bien fades par la suite, avec un dance rock convenu et sans relief.

Ces trois jours ont passé comme l’éclair, et l’unique scène du fort de Saint-Père a déversé autant de watts et de basses vrombissantes que la boue s’est accrochée aux bottes des visiteurs. Bien sûr ce festival n’est pas parfait. Certains malchanceux n’ont pu totalement profiter du spectacle faute de navettes et la compagnie de taxis a paraît-il fait du chiffre. Certes le site est vulnérable en cas d’intempéries, mais hey ! Saint-Malo c’est la Bretagne, non ? Et au bout du compte, la Route du Rock et sa programmation demeurent depuis près de 20 ans une belle aventure, humaine dans ses proportions, qui a conservé la fraîcheur et l’indépendance qui font son charme.

Céline M., Jean-Philippe Régnier et Flavien.G

Crédit photos : Florian Garcia

Site officiel du festival
Lire aussi les récits du 13 et du 14 août à Saint Malo.

Voir aussi les photos de concert de Thus: Owls, Serena Maneesh et The Rapture.



  1. Olivier on Lundi 16, 2010

    Finalement, je n’ai retenu qu’une chose de ce festival : les Flaming Lips ! Juste grandiose; Do You Realize est un gigantesque hymne, c’est le seul groupe qui s’est vraiment cassé le cul pour nous offrir un vrai spectacle, et ça en valait la peine! Juste IMMENSE !

  2. Bluemonday on Lundi 16, 2010

    « De fait, The Rapture paraissent bien fades par la suite, avec un dance rock convenu et sans relief. »

    C’est quand même un peu insultant pour eux de n’avoir qu’une petite phrase… Ils méritent tout de même beaucoup mieux que ça à mes yeux ;)
    D’accord ils n’avaient pas les ballons et les confettis, mais de mon avis personnel, the flamming lips, c’est tout ce qu’ils avaient pour eux (encore une fois, c’est un avis très personnel) !!
    The Rapture, c’était juste l’éclate et c’était tellement bon ! Un tout petit répit avec leur petite balade (open up your heart il me semble) le reste étant déhanchement dans les restes de boue en fermant les yeux pour s’imprégner de leurs si bons morceaux… Juste dommage que ce concert se fasse plus court que les autres…

    Quant à The National et plus particulièrement Matt Berninger, ses fameux « cris qui ne servent pas forcément les chansons » font pourtant beaucoup de toute la force qu’il puisse donner en concert. Cette tension qu’on peut sentir lorsqu’il se crispe sur le fil de son micro, qui nous fait languir jusqu’à qu’il explose est tout simplement jouissive.
    Abel est l’exemple le plus frappant, on se crispe en même temps que lui, et lorsque vient le couplet, c’est époustouflant.
    Enfin, par « on » j’entends « moi » ! Pour te dire, à chacune de leur interprétation je suis en haleine et j’ai souvent la larme à l’oeil. Pari réussi pour des artistes non ?


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