Episode 1
Pour sa vingtième année, le festival de Saint-Malo apparaît à la fois comme un survivant et un renégat. Survivant car, par les temps qui courent, l’existence de ces événements semble en permanence en sursis, et renégat car la Route du Rock affiche fièrement une programmation indépendante, ignorant les sirènes de la surenchère des groupes bankable, et proposant une réelle alternative, à dimensions humaines : six ou sept groupes par jour sur une seule scène.
Chargées d’ouvrir cette première journée ensoleillée et d’accueillir les premiers festivaliers du fort de Saint-Père, les Dum Dum Girls fournissent une entrée en matière plutôt pas désagréable en forme de power pop sale et sexy. Girls band oblige, l’étendard riot, avec une dimension conquérante, « politique » du groupe de filles qui s’approprient leur corps, la scène et le public, flotte implicitement, encore aujourd’hui en 2010. Les quatre filles Dum Dum, sapées en punkettes chic attaquent par une reprise naïve de Play With Fire des Stones sur des guitares Silvertone, avant de dérouler 35 minutes durant un set efficace où batteuse, bassiste et guitariste soutiennent énergiquement les refrains de leur chanteuse…
On attendait beaucoup du jeune prodige Owen Pallett, plus connu en France pour son travail d’arrangeur avec Arcade Fire ou The Last Shadow Puppets que pour ses compositions personnelles. S’il se passe sur scène de l’orchestre de cordes qui l’accompagne sur son dernier album, « Heartland », le Canadien remplit sans peine l’espace sonore grâce à sa virtuosité et une utilisation habile du sampler, accompagné parfois d’un guitariste. Montées de gammes virevoltantes et pizzicato en pas de chat, le violoniste explore la forêt dense de la musique baroque entre expérimentation dissonante (Keep The Dog Quiet) et pop lyrique (Lewis Takes Off His Shirt). L’exercice atteint ses moments de grâce aussi vite que ses limites, quand d’un ouvrage subtil, on finit par perdre le fil des couches qui se superposent pour ne plus former qu’un impénétrable bloc (qui nous laisse) de marbre. Clin d’œil à son compatriote chargé de clore la soirée six heures plus tard, Pallett nous abandonne sur une réinterprétation fraîche du Swim de Caribou.
Puis vient la nuit et le tour de Yann Tiersen, qui offre au festival sa première vraie décharge. Pour l’occasion, le Breton s’est entouré d’un véritable orchestre : section de cuivres, cordes, cinq choristes, deux batteurs : à seize sur scène, la puissance est phénoménale. Les guitares rock, les claviers, les violoncelles, se télescopent le long de plages instrumentales aux rythmes soutenus sur lesquels viennent se poser la chorale des voix. Impressionnant comme ce petit monde est en place… Le nouveau single Palestine s’épèle donc bien P.A.L.E.S.T.I.N.E., ce qui n’a l’air de rien mais ne manque pas de force. Tiersen s’impose une fois de plus comme un compositeur et un multi-instrumentiste doué (guitare, violon, mandoline, claviers). La troupe s’éclipse le temps de Sur Le Fil, morceau de bravoure qu’il interprète seul au violon depuis plus de dix ans, avant de revenir dans une véritable tempête. Ce « Dust Lane » pourrait bien être le projet le plus abouti de Yann Tiersen, et le plus pertinent.
Minuit sonnent, You’re Gonna Miss Me du 13th Floor Elevators résonne et c’est assez pour plonger le fort dans les arcanes du psychédélisme texan. Les cinq Black Angels s’emparent aisément de la grande scène et, après quelques ajustements – pas superflus – des ingés sons, posent et imposent leur univers hypnotique et ténébreux. Si le très attendu « Phosphene Dream » sortira d’ici trois semaines, le set ne dévoilera rien de plus que les quatre titres déjà présentés en live en février dernier, dont Bad Vibrations et le tube garage 60′s Telephone. Pour le reste, le groupe envoie des Manipulation sauvages et autres Young Men Dead où Alex Maas n’en finit plus de revisiter ses parties de voix et de cris. En une trop courte heure de set à peine perturbé par un hurluberlu et son poncho, l’atmosphère s’est chargée, on est passé aux choses sérieuses. Les Black Angels auraient sous le coude de quoi faire deux nouveaux albums mais « Passover » et « Directions To See A Ghost » n’ont pas encore révélé tous leurs secrets.
L’ambiance retombe par la suite avec les Liars, qui déçoivent, loin de ce qu’on aurait pu attendre, et leur chanteur qui miaule à tout va. On pense déjà au lendemain…
Céline M., Jean-Philippe Régnier et Flavien.G
Crédit photos : Florian Garcia
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Arte a posté la vidéo du concert !
http://liveweb.arte.tv/fr/video/The_Black_Angels_en_direct_de_la_Route_du_Rock/