John & Jehn s’en mêlent
Un concert aux allures de test-match pour John & Jehn, de retour à la Maroquinerie hier soir. Ils présentaient le jour de sa sortie « Time For The Devil », un nouvel album aux influences new-wave affirmées. Pour ouvrir cette soirée du festival Les Femmes S’en Mêlent, Jesca Hoop qui distille un folk fait de progressions atypiques et d’harmonies planantes et Trash Kit, (très) jeune trio londonien indie-rock aux chansons ne dépassant pas la minute et ponctuées de cris, invité par John & Jehn.
Premier constat : le duo se fait désormais accompagner sur scène. Un batteur boute-en-train, Raphaël, pour commencer, mais surtout une guitariste, toute de paillettes vêtue mais Vox en bandoulière : Maud-Elisa illustre à elle seule tout le dilemme du groupe aujourd’hui, tiraillé entre ses premières amours velvetiennes et ses digressions 80’s. Dans le public, on murmure à l’arnaque : « Quatre sur scène ! C’est beaucoup ! ».
Entrée sur scène dans l’ambiance vaporeuse du feedback des amplis et de la rythmique martiale de la batterie : la démarche est féline, le glamour de rigueur. Silhouette noire et blanche élancée pour lui, escarpins vernis et rouge à lèvres carmin assorti pour elle, le couple électrise l’atmosphère. La basse claque dans l’air : ronde à souhait, elle ne laisse que peu de place à la guitare, méconnaissable et torturée à travers une longue chaîne d’effets, tandis que l’orgue vrille les tympans. John & Jehn prennent le risque de ne jouer qu’exclusivement des morceaux du nouvel album et affrontent l’ignorance du public avec une énergie débridée.
Si entre les quatre, l’alchimie est impressionnante de justesse, il faudra tout de même attendre la première moitié du set et The Ghost pour que la connexion s’établisse réellement avec le public grâce aux appels suggestifs de Jehn, véritable Blondie corbeau. Sur scène, on s’aperçoit immédiatement que le déclic s’est fait : « Elle vous a plu, celle là ! » lâche, ravi, John avant d’introduire le nouveau single, Time For The Devil. La voix du chanteur se fait d’outre-tombe. Noyée dans la reverb, elle rappelle les heures mancuniennes les plus sombres – tendance Joy Division, alors que Jehn, telle Kim Deal, Kim Gordon et bien d’autres Kim avant elles, s’empare de la basse et devient instantanément l’objet du désir. Ces deux là se cherchent, se frôlent, se piquent et leurs je-t’aime-moi-non-plus tiennent en haleine une salle désormais entièrement vouée à leur cause. Quand les lumières s’éteignent dans un final noisy, après un set d’une heure passée comme un orage, le public approuve le virage d’un rock rugueux et sec à une new-wave tout en rondeur mais toujours aussi sombre en rappelant le groupe à pleins poumons.
C’est seuls, comme aux premières heures, que John et Jehn rejoignent la scène, tout sourire, et consultent le public sur la suite à donner à la soirée. Un « Fear, Fear, Fear !» à gauche, un « 1, 2, 3 !» à droite, ça sera 20LO7 finalement : « C’est encore nous qui choisissons, hein ? » provoque la brune. Après deux titres joués en duo mais avec brio, force est de constater que la Maroquinerie chauffée à blanc n’en a pas eu assez. Mesures d’urgence, Camille apprend à Maud-Elisa les quelques accords de Shy et le groupe s’offre un tour d’honneur avant de s’effacer en coulisses. Le râleur du début a retourné sa veste : « Ils étaient quatre, mais c’était bien, quand même… »
Jean-Philippe Régnier – Correct It
Crédit photos : Michela Cuccagna
Lire aussi la chronique de « Time For The Devil ».
Setlist :
Shades / Vampire / And We Run / Down Our Streets / Love Is Not Enough / London Town / Ghosts / Time For The Devil / Make Your Mum Be Proud // 20LO7 / Oh My Love // Shy / Long Ride Home




Jehn + bass = Kim + bass = objet du désir !!!
quelle pertinence! totalement d’accord
Il avait l’air cool ce concert et c’est vrai que la voix de John (et les effets associés) rappelle fortement celle de Ian Curtis