Heavy à l’envi et Trash qui tache
Gomina et contrebasse, non, ça n’était pas une reformation des Forbans mais Jon Spencer et son Heavy Trash qui étaient de passage à la Maroquinerie ce 20 mars, bien prêts à transporter la petite salle parisienne dans les 50’s avec leur rockabilly de gouttière et leurs déhanchés à faire pâlir une mère de famille de l’Ohio.
Car s’il en est bien qui ne cultivent pas l’avant-garde, ce sont Jon Spencer et Matt Verta-Ray, têtes pensantes (terme assez mal choisi tant sur scène ils semblent abandonner toute raison) de Heavy Trash. Dès les premières secondes de Justine Alright, Spencer enflamme le public par des invectives qui sont autant d’appels à la luxure, pimente son chant d’aboiements suraigus qui sous l’effet du slapback giflent littéralement les tympans, et joue un Presley qui ne renierait plus son penchant pour la débauche. Le frontman électrise une audience très féminine ce soir, ce dont il ne manquera d’ailleurs pas de se vanter, agrémentant quelques longs bridges de langoureux honey, baby, ou d’un magnifique « il y a beaucoup de chattes ce soir », en français dans le texte.
Verta-Ray n’est pas en reste, Gretsch (what else ?) en bandoulière, ses riffs incisifs complètent à merveille le chant possédé de Jon et quand place est faite pour le laisser l’exprimer, les solos pleuvent, les cordes sont torturées à coup de vibrato et un feedback ravageur noie les fins de phrase. On est loin de la promenade de santé : c’est une véritable lutte qui oppose Matt et sa six-cordes, et la bête qui sommeille dans ce morceau de bois bataille pour s’en échapper, au fur et à mesure que les beats furieux et la contrebasse moelleuse la titillent.
Les titres s’enchaînent et l’esprit des fans les plus ardents s’échauffe avec la température ambiante. Au fil de cette messe qui prêche le rock’n’roll le plus rugueux, l’évêque Spencer se délecte de son aura rayonnante et joue avec ses fidèles, jusqu’à enlacer celui qui s’aventurera un peu trop vaillamment sur la scène ou à improviser un morceau suggéré sur une feuille de carnet déchirée au bout d’une main tendue.
Lourd et sale, le rockabilly l’a été ce soir. Spencer et sa bande se sont appliqués à réveiller nos plus bas instincts et à martyriser notre refoulement, jusqu’à un final en apothéose, invitant sur scène Bloodshot Bill, qui ouvrait pour eux ce soir et pendant lequel la Maroquinerie a ondulé sur la même fréquence que le vibrato des guitares. Certes, ils ne défrichent pas les nouveaux terrains de jeu des années à venir, mais avec Heavy Trash, le passé a encore de beaux jours devant lui.
Jean-Philippe Régnier – Correct It
Crédit photos : Michela Cuccagna
Voir aussi l’interview de Matt Verta-Ray et de Jon Spencer…
Setlist :
Justine Alright / (Sometimes, You Got To Be ) Gentle / That’s What Your Love Gets / Bumble Bee / Gee, I Really Love You / They Were Kings / Isolation / Good Man / Bedevilment / Sweet Little Bird // Flip Script / Nervis / The Loveless / The Pill / In My Heart




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