Godspeed You! Black Emperor, Grande Halle de la Villette, Paris, 14 janvier 2011

Like antennas to Heaven

1945 est loin, et il y a bien eu deux bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki. Nous sommes en 2011, et le monde continue de sombrer. Annoncé avec tambours et trompettes, le retour des Canadiens de Godspeed You! Black Emperor, allait offrir, par un soir de janvier, l’occasion de juger sur pièce du potentiel scénique de ces activistes sonores.

« Hope » apparaît à l’écran derrière la scène, et va et vient, vacillant, fragile comme il peut l’être aujourd’hui. Mais personne ne s’y trompe : au tournant du siècle, les Godspeed You ont composé des musiques parmi les plus désespérées. Les Montréalais font leur entrée, intro bruitiste, dure. Percussions et cymbales qui carillonnent, cordes qui grincent et bourdonnent. Premières stridences. Pour les non initiés, leurs longues digressions instrumentales apocalyptiques au milieu de l’immense Halle de la Villette face à un parterre subjugué, doit ressembler à une messe irréelle et inquiétante.

 

 

Ces anticapitalistes et altermondialistes intransigeants, piliers du label Constellation, n’avaient pas donné signe de vie depuis des années, occupés qu’ils étaient par leurs projets parallèles (Thee Silver Mt. Zion et consorts). Jusqu’à l’annonce de cette tournée miraculeuse – quoique certains puristes y aient vu une reformation à but lucratif.

 

 

Deux heures et demie durant, les pièces post-rock épiques s’enchaînent, toutes empreintes d’une violence sourde qui parle aux tripes et trouble. Orchestrés avec précisions les guitares, basses, contrebasse, violon, percussions travaillent une matière sonore mouvante, le long de véritables montagnes russes canadiennes. Dépourvus d’égo, sans démonstration, les huit musiciens sont installés dans un arc de cercle créatif, les guitaristes assis, chacun frictionnant ses cordes comme un forcené pour mieux libérer l’électricité entre leurs instruments et dessiner des paysages tumultueux. Le neuvième membre de la troupe projette ses films derrière eux, montrant bande après bande une civilisation en bout de course, à bout de souffle, voyage à travers la désolation urbaine, décharge à ciel ouvert, train pour nulle-part, grand incendie.

 

 

Devant, dans le public, il y en aura même un pour déplier son parapluie comme une antenne to heaven. C’est qu’une tempête a soufflé sur la Villette ; dans le calme comme au climax, le paradoxe demeure : l’odyssée de Godspeed You! Black Emperor transporte, brouille les repères, en même temps qu’elle fait peser sur les âmes un sentiment diffus et harassant. L’histoire ne dit pas ce qu’il reste de l’espoir.

Flavien Giraud

Crédit photos : Robert Gil

Setlist : Hope Drone / Storm / Monheim / Albanian / Chart #3 / World Police and Friendly Fire / Dead Metheny / Rockets Fall on Rocket Falls / Blaise Bailey Finnegan III


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