Honey You’re Too Much
Sixième année pour les Nuits de l’Alligator – longue vie à elles – qui replantent la tente à la Maro’. Pour cette dernière soirée parisienne, une palanquée de bonshommes en solo (Jake La Botz, Bloodshot Bill, Legendary Tigerman), et en bonus les trois gugusses à poil (dru) de Monotonix.
Jake La Botz démarre la soirée, seul avec sa guitare et son blue-folk séduisant. Autant dire que le contraste est saisissant quand vient le tour du Canadien Bloodshot Bill, nettement plus crasseux… Abusant jusqu’à plus soif de sa voix de cartoon et de ses hoquets de roquet, le premier one-man-band du soir agite sa mèche gominée tout en frictionnant sa vieille guitare small-sized et en grognant comme un cochon en rut. L’animal s’est attifé du pyjama de son grand-père, et se radine pieds nus sur scène pour faire boom-tchac avec sa grosse caisse et son charley. Façon sauvage, minimaliste, antimoderne au possible.
Bloodshot Bill
Du coup, le Legendary Tigerman passerait presque pour un esthète du genre, un aristo parmi les artistes solo, avec son look soigné et son attirail sophistiqué. On dirait que les affaires roulent pour le petit prince du rock’n’roll portugais, qui, au prix de quelques sacrifices, réalise son fantasme de tailleur pour dame, troussant balades fiévreuses pour les unes et blues coquins pour les autres. Depuis quatre ans qu’il planche sur « Femina », le gaucher aux lunettes fumées connait sa partition, le pied sûr aux percussions, la slide subtile sur la Gretsch. Le vidéoprojecteur fait des siennes mais ses deux duos virtuels avec Asia Argento et Lisa Kekaula sont sauvés, et Furtado a de nouvelles invitées pour cette tournée. Alors que Phoebe Killdeer jouait les Joséphine Baker de paille au Point Éphémère il y a quelques mois, cette fois-ci c’est la blondinette Claudia Efe qui est de la partie pour un Light Me Up Twice sexy plutôt deux fois qu’une et Honey, You’re Too Much façon « Masquerade » à deux. Deuxième apparition de luxe un peu plus tard : Rita Redshoes vient jouer les filles de l’air, dans sa combinaison bleue millésimée, fatale avec sa voix grave sur Lonesome Town, magnétique dans son tête-à-tête avec le Paulo sur Hey, Sister Ray. Tigerman termine avec son incontournable motherfuckin’ Bad Luck Rhythm’n’Blues Machine suivi de Big Black Boat, vite expédiés, foutu timing.
Paulo Furtado : The Legendary Tigerman
Pour finir, il y a Monotonix, et c’est la fête du slip. Ça déménage, comme qui dirait, avec ces trois Israéliens hirsutes qui s’installent au beau milieu de la salle. Ces déglingos incontrôlables interdits de concert dans leur riant pays la joue rock’n’roll total tout en riffs Stoogiens. Encore que le guitariste Yonatan Gat, avec ses jambes élancées chaussettes-baskets et sa chemise immaculée, ressemble plutôt à un descendant du Moïse de la guitare en culottes courtes, le bien nommé Angus Young. Il n’aurait pas dénoté dans « Spinal Tap ». Ami Shalev, le chanteur à barbe en short de boxe, est à mi-chemin entre le prophète halluciné et l’homme des cavernes en pleine régression. Moustachu et non moins chevelu Haggai Fershtman bat la mesure quoi qu’il arrive derrière sa batterie itinérante et démembrée à tout va. Les Monotonix mettent le boxon comme personne, la bière gicle et le public autour n’a d’autre choix que de les suivre, de transbahuter les fûts ou de porter Shalev lorsqu’il décide de jouer les funambules. Il y en a même qui se dévergondent et s’éclatent à taper sur les cymbales avec les baguettes qu’on leur a collées dans les mains. Fun et excessif, parfait pour clore cette histoire.
Virgile Dufana
Crédit photos : Thomas Weber
Setlist Legendary Tigerman : Life Ain’t Enough For You / Walkin’ Downtown / These Boots Are Made For Walkin’ / Honey, You’re Too Much (feat. Claudia Efe) / Light Me Up Twice (feat. Claudia Efe) / Naked Blues / And Then Came The Pain / Lonesome Town (feat. Rita Redshoes) / Hey, Sister Ray (feat. Rita Redshoes) / The Saddest Thing To Say / Bad Luck R’n’B Machine / Big Black Boat
The Legendary Tigerman on Myspace
Lire aussi les live reports des Nuits de l’Alligator 2009 (Elliott BROOD, War On Drugs) et 2010 (Hell’s Kitchen, Bob Log III) (Trigger Finger, Radio Moscow)




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