Instantanés de Binic
On pouvait difficilement faire plus marginal, plus frais et familial que ce festival. En fait, c’est (presque) toute la famille du blues-punk alternatif actuel qui s’est donné rendez-vous à Binic, petit port au nord de Saint-Brieuc, et grain de beauté autoproclamé des Côtes d’Armor. Loin des sentiers battus et de ces grosses machines de festoches où le public se transforme en chair à canon gavée de chair à saucisse. On est au bord de la mer, là où le regard porte un peu plus loin…
Au programme trois jours de blues dans une atmosphère bon enfant, sans barrière entre les artistes et le public ; le festival est gratuit, comme s’il appartenait à tous. Deux petites scènes, montées sur le port, et entre, le front de mer, arpenté en long, en large et en travers, riche en spécialités locales. Un décor authentique : les mâts des bateaux s’élancent vers le ciel tandis que la côte armoricaine s’enfonce dans la mer, et derrière les pierres du port, la plage. Petit miracle de quelque bonne fée bretonne, les pluies éparses n’auront fait que de la figuration, et le dimanche, certains vous soutiendront même avoir pris des coups de soleil.
L’incontournable Johnny Walker
Place de la Cloche, la petite scène fait face au bar du Chaland Qui Passe, transformé en QG, repère de pirates et de blueseux de tous poils. À l’entrée du port, invitant à croquer la pomme électrique, la scène de la place Pommelec, est un peu plus grande, mais ne prodigue pas nécessairement un meilleur son, desservant certains concerts.
Le festival déborde aussi des scènes car les artistes sont là pour jouer. Rares dans nos contrées, le Soledad Brothers Johnny Walker garde son harmonica et sa guitare à portée de main, et le massif Mark Porkchop Holder ne loupe pas une occasion de décocher du riff de guitare slide, seul ou accompagné. Ainsi le samedi soir, les concerts à peine terminés, tous deux se retrouvent pour une guitar battle improvisée qui se prolonge tard dans la nuit.
Mark Porkchop Holder
Le contingent américain compte dans ses rang une conséquente délégation du label Alive Records, avec notamment le duo tonique de l’Indiana Left Lane Cruiser et le « Reverend » James Leg accompagné pour l’occasion de ses Black Diamond Heavies première mouture, avec la présence exceptionnelle, donc, du guitariste Mark Porkchop Holder, et un batteur puissant mais qui ne saurait remplacer Van Campbell retenu aux USA.
S’y ajoutent le jeune trio heavy d’Iowa Radio Moscow, affûté en diable, qui tire son épingle du jeu le samedi soir, de même que les Gallois d’Henry’s Funeral Shoe : les deux frères survoltés délivrent une des prestations les plus rock et denses du jour. Un peu plus tôt, James Leg, certes en meilleure forme que la veille mais semble-t-il peu concentré, donnait un concert décousu, en deçà des massives performances qu’on lui connaît. Catapulté parrain du festival, l’homme à la voix de pierre et de whisky, allume clope sur clope, présente ses acolytes entre chaque morceaux, réclame sa boisson maltée, et passe plus de temps à rappeler son plaisir d’être là qu’à en prodiguer sur son piano électrique qui, pour une fois, ne fait pas les étincelles habituelles.
Radio Moscow (Zach Anderson)
Côté français impossible de ne pas remarquer la dynamique blues et l’influence américaine sur une jeune génération de one-man-bands prometteurs aux guitares roots et tambours battants ; qu’il s’agisse du Chicken Diamond, bien prompt à s’arracher la voix, du Nantais bouclé Birds Are Alive ou encore Dirty Deep venu de Mulhouse avec son attirail bricolé de percussions à pédale.
À deux, les fusionnels et monolithiques Magnetix apportent quant à eux une touche garage punk sauvage. Les Bordelais atteignent officiellement le niveau de fuzz le plus élevé du festival.
Magnetix (Looch Vibrato)
Le dimanche, comme prévu, le clou du festival verra toute cette grande famille se retrouver sur scène en pagaille pour la « bénédiction » du Reverend par un James Leg déchaîné, accompagné des Left Lane Cruiser bien sûr, après sa participation à leur dernier album, mais aussi de Johnny Walker et Mark Porkchop, et d’autres encore, deux batteries et Baby Please Don’t Go…
Il faudra revenir à Binic, en espérant que ce Folks Blues festival perdure et continue de faire la nique au(x) temps qui cour(en)t.
Rock Times
Crédit photos : Florian Garcia
Black Diamond Heavies on Myspace
Left Lane Cruiser on Myspace
Alive Records
Retrouvez Black Diamond Heavies, Left Lane Cruiser, Radio Moscow et Magnetix sur Rock Times






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