Archi cramés
L’écoute de l’album « Coconut », les vidéos, la réputation du groupe londonien : il y avait de quoi se demander ce que peut bien donner Archie Bronson Outfit en live. S’il y a peu de chance de résoudre l’énigme de leur santé mentale, le rendu sonore, lui, est bel et bien hystérique, psychédélique et bordélique.
Sur cette tournée, c’est le trio Peggy Sue, de Brighton, qui accompagne ABO dans ses pérégrinations. Une fois encore, un groupe anglais s’illustre dans un registre typiquement américain, avec quelque chose de rural. Le tout avec ce charmant côté astucieusement bricolé avec trois bouts de ficelle. Les trois en question sont un jeune batteur aux oreilles trouées et au col de chemise fermé – à carreaux la chemise – et deux demoiselles qui harmonisent de vives voix, et s’occupent à tour de rôle et d’un morceau à l’autre, qui de la guitare électrique ou de l’accordéon, qui du ukulélé ou de la guitare acoustique, qui des percussions et d’une washboard…
Et Archie Bronson Outfit alors ? Qu’ont-ils à offrir et à quel niveau sur l’échelle de la déglingue, alors qu’on ne s’explique toujours pas comment « Coconut » peut être aussi nuts ? Après une interminable intro synthé-boîte-à-rythme-effets-fuzz prodiguée par un individu non identifié sous une casquette de basket et des lunettes fumées, le trio investit la place en quatuor avec un gugusse venu en renfort pour bidouiller des claviers rétro-futuristes et autres machines qui font « clap ». Tous ont cette inquiétante allure de mecs qui l’air de rien, pourraient potentiellement mettre le souk. Surtout que chacun porte une djellaba taillée dans des dessus de lit à motifs tous plus hideux les uns que les autres.
Le cheveu court mais la barbe fournie, Sam Windett, maître halluciné de cérémonie sous substance psalmodie un chant inintelligible parfois un peu trop en retrait, mais qu’importe, il ne s’agit là que d’un instrument de plus passé à la moulinette d’effets subaquatiques. Il joue sur de vieilles guitares américaines auxquelles il manque une corde, peut-être parce qu’il lui manque une case, mais il lui reste les cinq autres après tout (de cordes, merci de suivre). Là encore, les effets travestissent le son qui n’a parfois plus grand-chose de celui d’une guitare, mais toujours écorché ; le feu du rasoir façon garage.
De son côté, Dorian Hobday, le dégingandé préposé aux fréquences basses aux faux airs de James Woods, ondoie et produit un groove colossal sur des chansons comme Hoola. Le secret de son son demeure inexpliqué même si l’on aperçoit trois fuzz russes à ses pieds. Le batteur, lui, a quelque chose d’un gladiateur.
Tous travaillent à produire un boucan indescriptible, bouillon de culture transgénique sans qu’on sache toujours d’où proviennent certains ingrédients. On frise parfois le big bang (Wild Strawberries, Harness) ; Bite It & Believe It est définitivement une réussite. Inversement Chunk n’en finit pas d’agacer avec ses gimmicks de guitare cheap.
Mais on n’en attendait pas moins ; en fait, on en attendait un peu plus. Et la salle restera un peu frileuse ; d’ailleurs les incursions dans le précédent album semblent en réveiller certains et Cherry Lips est accueillie comme il se doit. Le concert et le micro rappel ne durent qu’une petite heure sans totalement décoller, comme si la folie ne parvenait pas à prendre pleinement possession des lieux. S’il réussit à proposer une interprétation tangible de ses morceaux, le groupe, un peu distant, livre une prestation en demi-teinte, un peu vite expédiée. Leur côté punk ?
Flavien Giraud
Crédit photos : Robert Gil
Setlist :
You Have A Right To A Mountain Life / Magnetic Warrior / Hoola / Shark’s Tooth / Bite It & Believe It / Wild Strawberries / Cherry Lips / Kink / Chunk / Dart For My Sweetheart / Harness (Bliss) // Cuckoo / Run Gospel Singer
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Lire aussi la chronique de « Coconut »





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