Il y a quelque chose de noisy au royaume du Danemark
« In And Out Of Control », leur quatrième album, sorti en octobre dernier, le duo danois The Raveonettes se devait d’assurer sa tournée. S’ils préfèrent de loin la composition d’un album à sa promotion en live, Sune Rose Wagner et Sharin Foo ont pourtant fait salle comble le 12 décembre à la Flèche d’Or.
Vous avez fondé The Raveonettes en 2001, pouvez-vous nous raconter l’histoire de votre nom ?
Sune Rose Wagner : J’adore la raconter ! C’est la combinaison de Rave On!, une vieille chanson de Buddy Holly, et de noms de girls bands des années 60 comme The Ronettes ou The Marvelettes… Nous en étions très fiers à l’époque.
Plus maintenant ?
Sune : (silence) Non…
Sharin Foo : Ce n’est pas terrible comme nom !
Quelles musiques sont à l’origine de The Raveonettes ?
Sune : The Cramps, Everly Brothers, Suicide, B52′s (croyez-le ou pas, nous aimions certains de leurs rythmes), les Ramones et Sonic Youth, énormément.
Sharin : The Velvet Underground…
On vous a beaucoup associés aux Jesus And Mary Chain…
Sune : Oui, mais en fait, nous nous inspirons plus des Sonic Youth qui utilisent le son d’une manière plus mesurée, comme une âme. Le son des Jesus And Mary Chain est plus chaotique ; c’est juste ce que nous faisons dans nos solos.
Sharin : Notre musique est un mélange de pop et de noise.

Vous avez tous deux quitté le Danemark pour les États-Unis, qu’est-ce que cela a apporté à votre musique ?
Sharin : Quand Sune a écrit les chansons de « Chain Gang Of Love » (2003), il voyageait là-bas. Je pense que dans notre musique il y avait une forte influence à la fois du surf rock des années 50 et du son qui se faisait à New-York dans les années 70. Et d’un point de vue cinématographique, nous étions très attachés aux grands classiques américains. Aujourd’hui, nos influences sont plus variées.
« Lust, Lust, Lust » (2007) était un album plutôt sombre, qu’en est-il de « In And Out Of Control » ?
Sharin : Je pense que ce nouvel album a un son très brillant et festif. Mais les thèmes abordés dans les paroles sont encore plus sombres que sur « Lust, Lust, Lust ». Il y est question de sujets sensibles, de drames de la vie de tous les jours.
Sune : On a tous dans son entourage quelqu’un qui a une addiction à la drogue, qui s’est suicidé ou qui a été victime d’un viol…
Dans Boys Who Rape vous avez choisi une mélodie très sucrée pour aborder le thème du viol. Quel effet recherchez-vous ?
Sune : Avec une musique pop et gaie, c’est facile d’attirer les gens et de les faire adhérer aux chansons. Si on a envie de faire passer un message, utiliser ce genre de musique est une bonne solution. Sur cet album, nous avons réussi à faire une musique plaisante à écouter, et une fois qu’on est pris par la musique, on est obligé de faire attention aux paroles…
Sharin : La musique est accueillante mais le message que nous faisons passer est comme une claque en pleine figure. Nous créons un contraste, un conflit entre la musique et les paroles qui nous aident à susciter une réaction. Cela dit, nous ne cherchons pas à faire de la provocation.
Comment s’est passé l’enregistrement de cet album ?
Sharin : Sune écrit toutes les chansons. Pour l’enregistrement, nous faisons tout tous les deux, mais pour la première fois, nous avons travaillé avec un producteur, Thomas Troelsen. C’était quelqu’un de très directif, mais nous voulions une personne qui fasse encore évoluer notre son. Nous sommes contents du résultat.

En tournée en revanche, vous êtes accompagnés par d’autres musiciens…
Sune : Oui, nous tournons en ce moment avec un bassiste et un batteur danois qui jouent d’ailleurs ensemble dans un autre groupe.
Sharin : Pour la tournée précédente, aux États-Unis, nous étions accompagnés uniquement de la batteuse Leah Shapiro – elle aussi est d’origine danoise – car « Lust, Lust, Lust » était un album beaucoup plus minimaliste. Elle nous a quittés pour rejoindre le Black Rebel Motorcycle Club : elle nous manque !
Vous semblez très bien implantés dans la scène US, avec quels groupes avez-vous des accointances particulières ?
Sune : Je ne sais pas si c’est parce que nous sommes danois ou parce que nous ne sommes pas sociables mais nous ne passons pas beaucoup de temps avec d’autres groupes. Nous avons malgré tout de bons amis dans de très bons groupes comme Interpol, The Black Angels ou Black Rebel Motorcycle Club. C’est d’eux que nous sommes le plus proches.
Sharin : Et nous n’avons pas l’impression d’appartenir à une scène. Même s’il nous arrive de tourner avec certains de ces groupes, comme les Black Angels, qui sont effectivement des gens super et de bons amis, je ne ressens pas de parenté entre notre groupe et les leurs.
Sune : Nous sommes juste le parrain et la marraine de la neo noise pop !
Quels sont vos projets pour l’avenir ?
Sharin : Prendre du temps pour nous, mais surtout, nous avons été contactés par un producteur et il se pourrait que nous travaillions sur la bande-originale d’un film ! Ça fait longtemps que nous rêvons de faire ça !

Les pochettes de votre premier EP, « Whip It On » (2002), et de vos deux premiers albums révélaient déjà votre intérêt pour le cinéma…
Sharin : Oui, nous avons beaucoup été inspirés par le « film noir » et Hitchcock. Et c’est vrai que notre musique a un aspect très visuel, elle est pleine d’images dans le son et dans les paroles.
Et vous y incarniez des stars hollywoodiennes…
Sharin : Nous aimions l’idée d’incarner des icônes, la nostalgie de cette époque et les références historiques.
Sune : Bogart et Bacall, c’est ce que nous voulions devenir !
Enfin, pouvez-vous nous parler de la vidéo de Last Dance ?
Sharin : « In And Out Of Control » aborde des thèmes très durs et nous ne voulions pas une vidéo qui montre un suicide ou un viol… Last Dance se prêtait bien à une vidéo plus soft. Le résultat est kitsch, mais le réalisateur a réussi à rendre ce kitsch un peu étrange et c’est ce décalage qui nous a plu.
Propos recueillis par Céline M.
Voir aussi le live report du 12 décembre à la Flèche d’Or
« In And Out Of Control », Last Dance



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