The Committee To Keep Music Evil : Interview de Rob Campanella

En petit comité

Son nom procure des frissons aux amateurs de musique psychédélique. Le label Committee To Keep Music Evil a son « siège » dans les collines de Los Angeles. C’est là que son co-fondateur, le musicien et producteur Rob Campanella (The Quarter After, The Brian Jonestown Massacre), a accepté de nous recevoir et d’évoquer cette scène musicale mouvementée.

Tu as créé The Committee To Keep Music Evil avec Anton Newcombe en 2001…
Rob Campanella : Anton voulait créer un label pour sortir ses disques et aider à sortir ceux d’autres groupes. Le Committee participe à la promotion de la scène psychédélique. C’est l’idée. Tous les groupes du label ont des éléments de pyschédélisme, mais ils sonnent tous de manière différente.
C’est mon studio que nous utilisons pour les enregistrements. Ce n’est donc pas officiellement le « siège » du label mais Anton s’est mis à appeler ça comme ça quand il y enregistrait des trucs pour le BJM. Beaucoup de musiciens sont ici tout le temps et comme nous y faisons nos disques, c’est devenu notre QG.

Que fais-tu exactement au sein du label ?

J’aide à le diriger. A l’origine, Anton et moi étions associés dans le projet. Maintenant tout dépend de moi car Anton ne travaille plus sur aucun disque. J’avais déjà un studio avant où j’enregistrais des groupes. Je poursuis donc simplement mon travail de producteur.

Comment choisis-tu les groupes du Committee ?
De façon naturelle, nous sympathisons avec les amis de nos amis et nous avons tous les mêmes collections de disques, des Beatles à Spacemen 3 ! La première parution du label a été un album des Australiens The Lovetones. J’aimerais qu’on ait les moyens de sortir beaucoup plus d’albums que ce qu’on fait, celui des Morning After Girls par exemple, et de Lower Heaven, un groupe de L.A.

Le Brian Jonestown Massacre a t-il une place centrale dans cette scène psychédélique ?
Beaucoup de gens ont écouté le BJM et s’en sont inspiré. Mais c’est un groupe qui sonne de multiples façons, aucun de leurs disques n’est semblable à un autre. Anton utilise une large palette pour faire sa musique : elle ne ressemble pas juste à un style de musique ou à un groupe précis.
En fait, ce qu’il apporte, c’est autre chose qu’un son ou un style. Ce sont des chansons bien écrites, qui ont un sens, qui viennent du cœur. C’est un flux continu de musique de qualité, une musique qui a une âme. Je pense que c’est pour ça qu’il a influencé autant de musiciens différents car c’est ça qui inspire le plus.

Depuis quand es-tu toi-même l’un des membres du BJM ?
Pratiquement neuf ans. En 2001, Anton avait besoin de musiciens pour le groupe et je l’ai aidé à en réunir. J’ai fait toutes les tournées avec eux depuis 2006, dont les tournées européennes.

Penses-tu qu’il existe une scène psychédélique différente pour chaque pays ou est-ce un phénomène mondial ?
Pour moi la musique psyché est une grande nébuleuse que je ne suis pas très bien capable de définir. Je pourrais te donner les noms de dix groupes qui, je pense, sont psyché, mais aucun d’entre eux ne ressemble à un autre. A Place To Bury Strangers ne sonne pas du tout comme le BRMC, The Lovetones ou The Quarter After. On trouve des similarités, c’est tout.
Cela dit, il y a par exemple une scène australienne avec The Morning After Girls, The Lovetones, The Laurels, The Dolly Rocker Movement, The Black Ryder, qui sont tous de très bons groupes.
Les gens qui ont les mêmes goûts musicaux et la même sensibilité se retrouvent entre eux, surtout grâce à internet. Ils vont sur les mêmes pages et se rencontrent comme ça. Oui, on peut appeler ça une scène. À L.A., les gens sont amis et aiment jouer de la musique ensemble. Quand on sait qu’un mec est un bon batteur et qu’on a ami qui en cherche un, on les fait se rencontrer…

Vous partagez donc beaucoup de membres entre groupes ?
Oui, mais il n’y a rien d’incestueux à ça ! Par exemple, j’ai fait plein de concerts avec The Lovetones qui avaient fait la première partie du BJM pendant notre première tournée en Europe. Ils ont aussi fait des tournées avec The Quarter After, ici, sur la côte ouest. Du coup, nous sommes devenus très amis et j’ai bossé sur tous leurs albums.
Asteroid #4 sont sur notre label et ce sont de bons potes avec qui j’ai aussi tourné en Europe avec mon groupe The Quarter After. The Dandy Warhols, bien sûr, sont d’autres amis de longue date. Sinon, j’ai joué avec Spindrift pendant un temps. Et Dave Koenig, de Spindrift, jouait à l’origine avec The Quarter After, et il a aussi été bassiste pour le BJM ! KP le leader de Spindrift a été guitariste dans le BJM en 2003 environ. Et Plucky, qui était le batteur des Warlocks est maintenant celui de Spindrift ! [Vous suivez ?] C’est vrai qu’il y a énormément de connexions entre nous tous !

The Quarter After, à la campagne, les Campanella ne chôment pas

©Piper Ferguson


The Quarter After est le groupe que tu as fondé avec ton frère Dominic et dont la musique est largement influencée par les 60′s…

Nous n’avons pas créé ce groupe dans le but de faire renaître ces années, c’est le son qui est venu quand nous avons commencé à enregistrer. Nous n’essayons pas de ressembler aux Byrds ou aux Beatles, mais c’est la musique que nous aimons et qui ressort d’une certaine manière. Ces groupes nous inspirent, bien sûr, mais autant que les groupes de mes amis ou encore d’autres groupes auxquels nous ne ressemblons pas du tout. J’ai écouté beaucoup de punk rock en grandissant, Black Flag, Dinosaur Jr… Black Sabbath est l’un de mes groupes préférés. On ne leur ressemble pas mais il y a quelques éléments dans notre musique qui ne collent pas avec les années soixante car nous possédons malgré tout ce vocabulaire punk rock : ce côté crade de notre musique qui n’existait pas à l’époque. Le punk rock ne se soucie pas vraiment des capacités techniques, il y a de ça dans notre groupe, beaucoup d’erreurs, mais j’aime les erreurs !

Est-ce un groupe du Committee ?
Le premier album « The Quarter After » est sorti chez Bird Song Recordings, seul le second est sur notre label.

The Quarter After, « Changes Near »

Que penses-tu du rôle des drogues dans la musique psychédélique ?
Le terme « musique psychédélique » et les origines de cette musique remontent à 1966/1967 quand les drogues ont commencé à faire partie de la culture et il est clair que beaucoup de musiciens en consommaient. Mais les musiciens de jazz, de blues, fumaient de l’herbe ou prenaient de l’héroïne… Billie Holiday était une junkie des années avant cette période ! Il y a plein de genres musicaux qui sont liés aux drogues et qu’on n’appelle pas psychédéliques pour autant.
Je ne pense pas que ce soit l’usage du LSD dans les 60′s qui ait permis plus d’expérimentations musicales, de souplesse au niveau des structures, des formats et des sons. La différence vient du fait que les groupes ne se sont plus limités à la formation guitare, basse, batterie. En studio en particulier, on a commencé à pouvoir utiliser tous les sons qu’on voulait : des trompettes, différents claviers bizarres, pour créer des effets sonores, des bruits d’animaux… C’est devenu quelque chose d’accessible à tous et d’ouvert à toutes les formes d’imagination.

Quel est ton sentiment sur la scène musicale actuelle ?
La musique d’aujourd’hui m’enthousiasme car il y a plein de groupes dans lesquels je suis impliqué et que j’aime ! Je suis sans arrêt en train d’écouter de nouveaux très bons groupes. Après, il y a énormément de groupes commerciaux qui ne sont pas particulièrement ma tasse de thé, mais je ne les écoute pas. J’écoute de la musique underground.
Il y a eu une époque où la meilleure musique, The Beatles, Jimi Hendrix, était aussi la musique qui avait le plus de succès. Les temps ont changé. Mais je m’en fous : sur mon i-pod, j’ai The Stones, The Kinks, à côté de tous les groupes de mes amis. Je pense que beaucoup de fans font la même chose et ne s’intéressent pas à celui qui vend le plus de disques.

Justement, comment vous en sortez-vous ?
Beaucoup pensent que nous sommes d’aussi grosses rock stars que ces groupes des années 60. Mais c’est complètement faux car la plupart d’entre nous est obligée de faire autre chose que de la musique. J’aimerais beaucoup voir les groupes de mes amis vivre de leurs albums, ce serait bien ! Ca nous permettrait de créer plus, de tourner plus et ça contenterait aussi nos fans parce qu’on passerait plus de temps à faire de nouveaux disques qu’à s’inquiéter de nos fins de mois. Moi par exemple, il m’arrive de bosser dans le studio sur des trucs que je n’ai pas vraiment envie de faire mais qui payent mes factures. Pendant un temps j’ai été capable de vivre de ma musique, mais j’ai eu aussi plein d’emplois différents, dont certains n’avaient parfois rien à voir avec la musique. Et si ça se trouve, il faudra que je recommence.
Mes amis musiciens n’essayent pas de devenir des rock stars et ils ne pensent même pas aux ventes ou à l’argent quand ils composent. Ce sont des gens qui font la meilleure musique possible, exactement comme ils l’aiment : c’est ce qui rend la scène si belle.
Et je sais qu’il y a des gens qui attendent cette musique. Le Committee essaye de rassembler cette musique pour les fans qui la font ensuite circuler entre eux. C’est comme ça que ça se construit et c’est une très bonne chose.

Propos recueillis par Céline M.

Site officiel du Committee To Keep Music Evil
The Quarter After : site officiel
The Quarter After on Myspace
The Brian Jonestown Massacre on Myspace



  1. Lars Larsen on Lundi 12, 2010

    Très bonne interview ! Merci !


Spam protection by WP Captcha-Free