Berceau du psychédélisme
Les Black Angels étaient sous surveillance et il n’était pas dit qu’en se glissant subrepticement en première partie de Wolfmother ils échapperaient à notre vigilance. Rock Times est donc allé à leur rencontre, en avant-première d’un album à paraître cette année. Entrevue avec les deux fondateurs du groupe, Alex Maas et Christian Bland.
Comment est née cette tournée avec Wolfmother ?
Christian Bland (guitare,…) : On les a rencontrés pendant l’enregistrement de notre nouvel album, au Studio Sunset Sound à Los Angeles. Il y avait un terrain de basket dehors où on faisait des pauses et c’est là qu’on a fait connaissance.
Alex Maas (chant, clavier, percussions,…) : La toute première fois que je les ai vus, c’était à Seattle lors de leur première tournée aux USA, le lendemain d’un de nos concerts. C’était avant que cela explose pour eux et qu’on commence à les voir partout sur MTV.
Que s’est-il passé depuis votre précédent album « Directions To See A Ghost » ?
Christian : On s’est principalement consacré à l’enregistrement du nouvel album.
Alex : Il va s’appeler « Phosphene Dreams ».
Christian : Les phosphènes, ce sont ces espèces de flashes, quand on s’appuie sur les yeux, ou qu’on regarde le soleil, et qui donnent l’impression de voir des figures géométriques…
Lors de notre précédente rencontre (décembre 2008), le projet était de sortir ce disque à l’été 2009. Qu’est-ce qui vous a retardé ?
Christian : Beaucoup de choses ont échappé à notre contrôle. A commencer par l’argent qu’il fallait réunir pour sa réalisation. Ensuite on est allé à Los Angeles, en avril-mai, mais une fois l’enregistrement terminé, la femme de Dave Sardy, notre producteur, a eu un bébé, et tout a été reporté de trois mois. On est donc retourné à Los Angeles en septembre-octobre pour tout finaliser. Et maintenant il s’agit de savoir si nous allons sortir l’album nous-mêmes ou sur un label. Les choses bougent lentement dans le monde de la musique malheureusement. Sinon on sortirait un album tous les ans, on a assez de chansons !
Pourquoi ne travaillez-vous plus avec votre précédent label ?
Christian : Le contrat ne nous liait que pour deux albums, et en toute honnêteté, on est arrivé à un point où ils ne peuvent plus vraiment nous apporter grand-chose qu’on ne puisse faire par nous-mêmes. Mais ils sont super, on les aime beaucoup.
Alex : Oui, on est une famille. Vraiment ! Ma sœur est mariée avec l’un d’eux !
de g.Ã d. : Stephanie Bailey, Christian Bland, Nate Ryan, Alex Maas et Kyle Hunt
Avez-vous changé votre manière de travailler ?
Alex : Oui on n’avait encore jamais fait appel à un producteur. Au départ on ne savait pas trop quoi attendre de ce genre de collaboration. C’est un peu comme un consultant en musique : on jouait nos chansons et on discutait de la direction qu’elles devaient prendre… Et puis on était sur la même longueur d’ondes : Dave Sardy (Oasis, Wolfmother, Johnny Cash, LCD Soundsystem,…) connaît la musique psychédélique, il sait d’où on vient…
Christian : C’est pour ça qu’on était partant pour travailler avec lui, il a la même manière de penser que nous, et il a fait de bonnes suggestions. J’étais un peu inquiet à l’idée que quelqu’un tente de rendre les chansons plus polissées et plus pop, mais ça n’a pas été le cas avec Dave : on en a gardé l’essence, tout en suivant ses conseils.
La dernière fois, tu expliquais que « Passover » réunissait des chansons écrites et composées avant même que tout le groupe ne soit réuni, et qu’au contraire « Directions To See A Ghost » résultait plus de jams et d’une collaboration entre vous tous. Comment décririez-vous le nouvel album ?
Christian : Il est plus comme « Passover ». Les chansons sont plus structurées.
Alex : Et en même temps, il y a plus d’apports de chacun.
Christian : C’est vrai, mais pas de la même manière que lors du second disque, où nous étions tous dans la même pièce et où je pouvais me retrouver à la batterie même si ce n’est pas mon instrument… Avec celui-ci, chacun s’est recentré sur son instrument, je joue de la guitare presque tout le temps. Les chansons sont un peu plus courtes, et le disque dure environ 35 minutes, alors que les précédents duraient presque une heure.
Es-ce toi Christian qui as réalisé l’artwork à nouveau ?
Christian : Oui, et ça s’accorde avec les deux autres. Vous pourrez accrocher les trois pochettes au mur comme une seule œuvre ! (rires)
Quels sont les thèmes abordés dans ce nouvel album ?
Christian : Les chansons sont un peu comme dix rêves…
Alex : Comme dans les deux premiers albums, il s’agit de notre réflexion sur l’époque et le climat politique actuel, mais ça sonne avant tout comme la musique des Black Angels.
Il n’y a plus de chansons engagées comme il y a pu y en avoir sur « Passover » ?
Alex : Pas dans ce sens là , il n’y a pas de chanson comme First Vietnamese War, mais il y a toujours un sens politique sous-jacent. Même si ce n’est peut-être pas toujours évident.
Christian : Ce sont des choses dans le genre de Sniper At The Gate Of Heaven qui prévalent : ça a plus à voir avec la vie en général…
Vous pensez que les musiciens peuvent influencer les gens sur ce genre de sujets ?
Alex : Absolument. Être des musiciens qui se contentent de jouer pour jouer, ce n’est pas enrichissant. La meilleure chose à faire, quand tu aimes la musique, c’est de faire passer un message. La musique est une forme d’évasion…
Christian : Une des chansons sur le nouvel album s’appelle Telephone, et en surface, quand tu l’entends pour la première fois, ça sonne comme les Beatles à leurs débuts. Le thème c’est « You never call my name on the telephone » : on pourrait l’interpréter comme une chanson sur une fille qui ne rappelle pas un mec, mais pour moi, au-delà de ce premier degré, il y a un sens plus profond. Et je pense que beaucoup des chansons sont comme ça, elles disent plus qu’elles n’en ont l’air au premier abord.
Il y a une formidable scène psychédélique aux USA actuellement, dont vous faite évidement partie, comment a-t-elle évolué en dix ans ?
Christian : A la fin des 90’s et au début des années 2000, j’ai été bien sûr très influencé par le Brian Jonestown Massacre, et je crois que ça a été un point de départ pour moi et pour beaucoup de groupes qui ont débuté dans leur sillage. au niveau de la scène « néo-psychédélique », ils ont été un vrai catalyseur. Le Black Rebel Motorcycle Club, les Warlocks et des tas de groupes de Los Angeles m’ont influencé moi, à Austin, et à notre tour nous influençons des groupes, c’est hallucinant. C’est cool de voir comment cela se diffuse.. Depuis qu’on a commencé, il y a tellement de groupes qui se sont engouffrés dans cette vague psychédélique. Il n’y a pas de meilleure musique pour ouvrir l’esprit…
Alex : Et il y a aussi tous ces groupes qui ont eux-mêmes influencé le BJM : Echo & The Bunnymen, Spacemen 3, etc. Internet a joué un rôle évident et permet de remonter toute cette généalogie. Il y a toujours eu ce genre de musique, mais personne ne se focalisait dessus.
Parlons du Austin PsychFest que vous avez créé. Ça doit être un boulot à plein temps de l’organiser non ? Comment choisissez-vous les groupes ?
Christian : On prépare cette année la troisième édition, du 23 au 25 avril. Jusqu’ici, l’idée était de proposer à des groupes de venir jouer le week-end qui précède le festival South By South West d’Austin. Mais le nôtre a grandi, et on peut maintenant le faire indépendamment du SXSW. Pour la programmation, c’est plus simple qu’il n’y paraît : ce sont des groupes avec lesquels on a déjà joué un peu partout aux Etats-Unis. Nous sommes amis et il suffit de leur envoyer un email pour les inviter. Il s’agit juste de ramener le rock’n’roll psychédélique où il est né, avec les 13th Floor Elevators. Et il se trouve que c’est chez nous ! On souhaite juste préserver cet héritage… Je sais que beaucoup de gens diront que tout a commencé à San Francisco, mais non, désolé, les 13th Floor Elevators ont démarré en 1965, à Austin, puis sont allés à San Francisco en 1966. Les gens du Jefferson Airplane, Grace Slick, les ont vus et ont alors monté leur propre groupe. Donc, ça vient de chez nous ! (rires)
Propos recueillis par Céline M. et Flavien.G
Site Officiel
The Black Angels on Myspace
Voir aussi le live report et les photos du concert au Bataclan le 25 janvier 2010.






Putain si ça ce n’est pas la classe….
J’attends ce « Phosphene … » avec impatience…
Ils n’évoquent cependant pas la légère influence ‘rockabilly’ sur certains de leurs nouveaux morceaux… Pour ce que j’en ai vu au Bataclan…