Spindrift : Interview de Kirpatrick Thomas

La légende de Spindrift

Dix heures du matin dans le désert californien : la chaleur est déjà assommante. A Pioneertown, dans l’unique motel de la ville western, seul le bruit des ventilateurs ponctue les mots de Kirpatrick Thomas. On ne peut rêver décor plus adapté pour rencontrer le leader de Spindrift.

Spindrift est un groupe que tu as d’abord formé sur la côte est…
Kirpatrick Thomas :  En 1994, j’habitais dans une ville universitaire de la côte est, dans le Delaware, le deuxième plus petit état américain. Il y avait une petite scène musicale très influencée par le psychédélisme. Nous avions joué dans des groupes de punk, voire de metal mais quand nous avons commencé à prendre du LSD, notre son a beaucoup changé !
Nous écoutions des groupes de rock garage des 60′s, en même temps que de la musique shoegaze. Nous voulions créer un mélange entre The Doors et My Bloody Valentine, très en vogue à cette époque. Nous aimions le côté démonstratif des uns et la puissance sonique des autres. Sur scène, notre groupe s’appelait Chrome ; c’était de la musique à la fois noisy, pré-grunge et électronique. Mais après 2000 cette scène a commencé à disparaître.

Tu es donc parti t’installer dans l’ouest...
Je me suis rendu compte que nous avions fait le tour de la côte est. Nous avions  quelques super concerts à notre actif (au CBGB’s à Manhattan !) mais la scène psychédélique n’était pas assez importante pour qu’on y réussisse. J’avais entendu dire que des groupes comme The Warlocks ou The Brian Jonestown Massacre, que je ne connaissais pas jusqu’alors, se développaient sur la côte ouest donc j’ai décidé de re-localiser le groupe à Los Angeles. Nous étions quatre ou cinq à l’époque et sommes partis à trois, guitariste, bassiste et batteur. Nous savions que nous pouvions former un nouveau groupe et faire des choses différentes. Nous étions de très bons amis. Quand je suis arrivé, j’ai passé du temps avec le BJM. Je voulais avoir plus d’expérience des tournées.

Fais-tu partie de ces nombreux musiciens qui ont joué avec le BJM ?
Oui. La première fois que je les ai rencontrés, je leur ai demandé si je pouvais les suivre en tournée et m’occuper de leur vente d’albums. Je l’ai fait pendant une tournée : ils se demandaient si je n’étais pas complètement barge !
Pendant quelques temps, on a pas mal jammé avec Spindrift et je tournais avec le BJM. C’est pendant ma deuxième tournée que j’ai joué de la guitare avec le groupe, mais lors des deux suivantes, j’ai recommencé à m’occuper de la vente !
J’étais  pressé de reprendre mon projet avec Spindrift. C’est moi qui compose la majorité des morceaux du groupe. J’ai sans arrêt des idées qui me viennent à l’esprit et j’ai toujours besoin de les faire aboutir.

A quel moment as-tu commencé à être influencé par cet univers des westerns qu’on retrouve dans Spindrift ?
Dès que je suis arrivé sur la côte ouest. J’ai été tout simplement inspiré par les paysages, la vie dans l’ouest et par toutes les histoires sur ce qui s’est passé là.  Je savais aussi que notre musique pouvait être très cinématographique et que nous pourrions peut-être nous retrouver impliqués dans des films. Tout est possible quand on emménage à L.A. !
Nous avons donc continué à avancer avec Spindrift, en intégrant à notre groupe des membres du BJM et on a fini par arriver à une formation stable.
Il ne reste plus que moi du groupe d’origine. La formation actuelle comprend des musiciens qui sont tous venus s’installer à Los Angeles parce qu’ils ont cru en ma vision de la musique et qu’ils aimaient la scène de la côte ouest.

Est-ce qu’un western en particulier t’a influencé ?
Avant d’aller à Los Angeles, j’écoutais du Ennio Morricone. Il a composé la bande originale de « Il était une fois dans l’Ouest », le film de Sergio Leone de la fin des années 60. Ce film a eu une énorme influence sur mon travail. C’est vraiment très intéressant car chaque personnage a un thème différent et c’est une bande-son de western très sombre. Je trouve que c’est un chef-d’œuvre. A une heure de voiture d’ici, on tombe dans la Monument Valley et on passe par plein de villages et ça fait toujours de l’effet. Même par ici, à Joshua Tree, si on se promène dans le coin, c’est magnifique. Mais c’est un environnement hostile.

Comment est né « The Legend of God’s Gun » ?
Quand je me suis installé à L.A., j’avais dans l’idée de faire un album concept basé sur un western qui pourrait peut-être devenir un film. J’ai fait beaucoup de recherches dans les bibliothèques, j’ai écrit plusieurs scénarios. J’ai imaginé l’intrigue sous-jacente du film où il était question d’un pasteur schizophrène, d’un mercenaire, de bandits mexicains… Tout ça prend sens dans l’histoire générale. Nous avons interprété toutes les chansons de la bande-son, dont certaines avaient été écrites exprès pour le projet. D’autres dataient d’avant, c’était des chansons psychédéliques plus classiques.

Puis vous avez participé à l’élaboration du film…
J’ai rencontré le réalisateur Mike Bruce à New York et il est venu à Los Angeles en disant qu’il ferait un court métrage ou une bande-annonce dans le genre de celles de Tarantino dans « Grindhouse ». Finalement, nous sommes venus ici, à Joshua Tree, et ça s’est tellement bien passé, nous étions tellement enthousiasmés par ce projet qu’il s’est transformé en long métrage. Pioneertown et le désert sont comme notre deuxième maison.

Comment s’est déroulé le tournage ?
Nous ne savions rien de tout ça. Mike est parti de la trame que j’avais écrite et a imaginé un script autour. Il avait sa caméra et un logiciel de montage sur son ordinateur. Il venait de quitter Sacramento pour s’installer lui aussi à L.A. et mener ce projet à bien. C’est un mec qui se déplace suivant ces projets et qui vit de petits boulots à côté. Nous en étions tous là, je m’étais moi-même dégoté un job de livreur de pizzas. Mais nous avons continué à venir ici dès que nous le pouvions et nous avons utilisé de plus en plus de pellicule, en y mettant notre argent personnel. C’est devenu de plus en plus gros. A la fin, nous louions des villes fantômes, faisions exploser des pétards pour faire le bruitage de nos fausses armes ! C’est un film à très petit budget mais le montage de Mike Bruce est assez spectaculaire et c’est sur qu’il n’y aura pas d’autre film comme ça !

Quelles ont été les retombées du film ?
Nous avons fini par trouver des distributeurs intéressés pour le sortir, et des compagnies qui voulaient s’occuper de la promotion à l’étranger. Le film a été présenté au festival de Cannes et dans d’autres festivals. Nous avions travaillé très dur pour atteindre les standards de l’industrie du film et nous nous sommes retrouvés dans un monde dont nous ne savions rien, à signer des contrats de trente pages. Nous n’avions pas d’avocat et en avons donc déniché un. Il était très impressionné par ce que nous avions fait car tout s’est passé à l’extérieur de Hollywood, seulement avec le groupe et nos amis qui ont joué dans le film. Le seul mec du métier, c’était Joseph Campanella : il fait la voix off du film. C’était notre plus grand acteur. Mike Bruce est depuis passé à un autre film pour lequel j’écris une partie de la bande-son. Nous reprendrons peut-être quelques uns de ces morceaux en live avec Spindrift.
Il y a des chansons de « The Legend Of God’s Gun » comme Indian Run que Tarantino a utilisées dans un film qu’il produisait. Ca a été un peu la consécration pour nous. D’autres chansons ont été reprises dans d’autres films… notre travail a été un peu reconnu.

Est-ce que Spindrift est un groupe de bande-son ?
Je pense que c’est un bon moyen pour nous de percer. Notre prochain album sera un ensemble de morceaux de ce type, inspirés de films de genres variés, pas seulement des westerns spaghetti. Nous avons déjà fait quelques démos.

Que peux-tu nous dire sur votre album « The West » ?
Il est sorti en août 2009 sur le label des Dandy Warhols, Beat The World Records. Après ça, nous avons tourné avec eux. Nous avions écrit les morceaux de l’album en même temps que ceux de « The Legend Of God’s Gun », ils nous venaient naturellement alors que nous travaillions sur la bande-son du film.

L’avez-vous enregistré dans le studio des Dandy Warhols, l’Odditorium ?
Non, c’était dans une cave. Nous avons fait cet enregistrement alors que nous n’avions quasiment pas de fric. C’était une période assez sombre, le groupe était plus ou moins dissout, il ne restait plus que moi à ce moment-là. Mais nous nous sommes reformés et avons tout enregistré nous-mêmes avec le matériel que nous avions.

Que vous a apporté le label des Dandy Warhols ?
Tourner avec eux a tout changé pour nous. C’était génial. Ça nous a permis de faire découvrir notre musique à plus de monde et de jouer dans de grandes salles. Nous y avons gagné en confiance. Courtney Taylor est très doué, suivre les Dandy Warhols nous a ouvert les yeux sur plein de points.

Est-ce que Spindrift fait partie d’une scène psychédélique américaine ?
J’ai effectivement l’impression qu’il existe une scène de ce genre. Surtout quand on vient jouer à ce genre de festival [Clean Air Clear Stars Festival]. Mais cette scène compte évidemment beaucoup d’autres groupes que ceux qui viennent ici. C’est vrai que je n’avais pas eu ce sentiment depuis longtemps. J’ai toujours cru que nous étions des extra-terrestres dans la musique, personne ne savait d’où nous venions. C’était très déprimant.

Mais ca va mieux maintenant, non ?
Chaque jour est un jour meilleur !  Les choses ont commencé à s’arranger quand je suis venu m’installer à Los Angeles. Ça faisait un sacré voyage mais je suis très content de l’avoir fait et je suis heureux d’avoir ce groupe : les musiciens qui m’entourent sont super, très talentueux et chacun d’eux est un individu unique.

Propos recueillis par Céline M.

Crédit photos : site officiel


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« The Legend of God’s Gun » : official teaser



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