Seasick Steve: Interview

« Listen to a man from another time »

« Je ne pense pas que je joue vraiment du blues », affirme Seasick Steve. Avant d’exécuter une démonstration convaincante de son style sur la scène du Trabendo, le musicien américain nous a délivré une part de sa vie pleine d’histoires et nous l’avons écouté…


Comment qualifierais-tu le genre de musique que tu joues ?

C’est un mélange de genres : country, hillbilly, blues… Je sais que les gens disent que je joue du blues, mais si vous demandiez à de vrais fans, ils vous diraient le contraire !

Quand as-tu commencé ?
Quand j’étais enfant, mais peut-être aussi quand j’ai trouvé mon propre style. Longtemps, personne n’a aimé ma musique, sauf peut-être un peu dans les années 60. Je ne sais pas pourquoi elle ne plaisait pas mais maintenant, les gens l’aiment et ça m’étonne.
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Tu as commencé à enregistrer assez tard…
Mieux vaut tard que jamais ! J’ai toujours joué, mais je n’ai jamais été très bon.

Craignais-tu que les gens n’aiment pas tes enregistrements ?
Je n’avais même pas pensé à faire un album. Avant, je faisais des enregistrements pour d’autres groupes, je travaillais dans un studio. En 1996 ou 1997, j’ai fait quelques concerts avec R.L. Burnside. Il jouait avec Jon Spencer donc il y avait beaucoup de monde car Spencer était vraiment connu. Quand j’ai joué, j’ai remarqué que le public était enthousiaste, mais je n’ai rien fait de spécial après.
Quelques années plus tard, j’étais allé en Angleterre où un groupe de Norvège que je connaissais devait faire la première partie d’un petit concert des Black Keys à Plymouth. Quand je les ai vus, je me suis dit que j’aimerais beaucoup jouer pour un public de 200 personnes. Je n’avais pas pensé à enregistrer un disque mais je l’ai fait [« Cheap », en 2004]. Puis j’ai eu une crise cardiaque et j’ai été très mal en point pendant huit mois, donc ça n’a rien donné.
Ensuite, j’ai fait un autre disque, sans le savoir [« Dog House Music », en 2006]: je faisais juste des enregistrements dans ma cuisine et avec ce disque-là, ça a décollé. C’était comme un miracle.

Comment te sens-tu par rapport à ça aujourd’hui ?
C’est étrange d’obtenir tout ce qu’on a voulu toute sa vie si… je ne vais pas dire tard, mais ça paraît un peu tard quand même.

Apprécies-tu ton succès malgré tout ?

Oui, j’aime jouer. Quand on est jeune, on veut tout ça, mais moi je ne veux plus rien, c’est trop. Cependant, c’est bon d’avoir un boulot. Avant, je n’en avais pas vraiment…
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Content d’avoir un boulot, c’est comme dans la chanson Happy (To Have A Job) de ton nouvel album « Man From Another Time », qu’est-ce qui t’inspire pour écrire les paroles de tes chansons ?
Beaucoup parlent de choses qui me sont arrivées il y a bien longtemps. Je n’invente rien. Wenatchee parle de la cueillette des pommes dans les années 60 ; Never Go West de quelque chose qui s’est passé en 1966. The Dark est assez intemporel.
Dans cet album il y a plus de chansons qui parlent d’aujourd’hui que dans les autres albums. Happy (To Have A Job), c’est à propos d’aujourd’hui. Surtout avec tous ces gens qui ont perdu leur emploi l’an passé. C’est assez marrant que je parle de crise économique : j’en ai vécu une toute ma vie. C’est quand le monde va mal que ça va bien pour moi ! En tant normal, je n’aurais même pas remarqué la crise économique, quand on est au fond du trou, on ne peut pas aller plus bas !

Dans ta musique, les histoires sont importantes…
Quand j’étais jeune, je voyageais beaucoup, j’aimais écouter les histoires des vieux types que je croisais sur la Dépression, la guerre… Je crois que pour moi, la guitare est plus ou moins secondaire. Si on commence à raconter des histoires, les gens partent, si on a une guitare, ils restent un peu plus longtemps !

Et quelle est ton histoire avec tes guitares ?
Des gens m’ont donné certains de ces instruments. Pour la guitare à 3 cordes, j’ai payé 75$. C’est une très mauvaise guitare, même neuve. Dans les années 60, on ne pouvait pas acheter moins cher qu’une guitare japonaise. La cigar-box guitar que j’utilise sur  Happy (To Have A Job), on me l’a donnée en Australie. Le diddley bo, c’est mon ami Super Chicken du Mississipi qui me l’a fabriqué. C’est un bout de bois avec une corde clouée dessus. La Mississipi drum machine, c’est moi qui l’ai faite, c’est juste une caisse pour battre le rythme.
Tous ces instruments ont de la personnalité. C’est un peu un défi de tirer des sons d’instruments pareils. Je n’aime pas tellement les bonnes guitares.

Tu parlais des Black Keys, aimes-tu ce qu’ils font ?
J’ai beaucoup aimé ce qu’ils ont sorti quand ils ont commencé, mais je n’ai pas vraiment suivi par la suite. J’aimais bien que de jeunes musiciens reprennent de vieux morceaux et les fassent sonner à neuf.

Dirais-tu des Black Keys qu’ils font du blues ?
Ils ne le pensent pas eux-mêmes ! Je pense que ça ne leur plairait pas. Et leur public ne les considère pas non plus comme des bluesmen. Ils font du blues rock, un peu punk. Je sais qu’ils écoutent de vieux trucs, ça s’entend dans leur musique. Comme Jack White : il connaît tous les vieux morceaux de blues.

Quels groupes actuels aimes-tu ?
Ceux de Jack : The Raconteurs je les ai vus l’an dernier, ils sont très bons. J’aime aussi Dead Weather qu’il vient de former et le groupe de Nick Cave. Je n’en avais jamais entendu parler avant de jouer avec lui. Il est complètement barré !

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Quels bluesmen écoutes-tu ?
Mes préférés sont Blind Willie Johnson, Son House, Mississipi Fred McDowell, que j’ai vu jouer dans les années 60.

As-tu joué avec certains d’entre eux ?
Avec John Lee Hooker par exemple, mais je n’aime pas parler de ces histoires, ça ne rime à rien et ça ne m’a jamais rien apporté. La seule chose qui m’ait aidé a été d’abandonner.
C’est ce que je n’aime pas à propos du blues. Tous ces gens qui se marchent les uns sur les autres et se vantent d’avoir joué avec telle ou telle personne… ils pensent que ça les rend meilleurs que les autres mais on s’en fout. « J’ai joué avec Buddy Guy, j’ai joué avec B.B. King », tout ça pour essayer de grimper dans la liste des bluesmen. Il y a toujours eu de la compétition, probablement parce que ce n’était pas facile de se faire de l’argent en étant bluesman.
Les vies que ces musiciens avaient menées étaient si violentes, ils avaient subi tellement de discriminations, que pour la plupart, ils n’étaient pas des gens bien. Ils étaient comme n’importe qui d’autre qui a connu des moments difficiles et protégeaient jalousement leurs cinq minutes de succès.
Je me souviens de Sonny Terry et Brownie McGhee qui étaient parmi les plus célèbres bluesmen à l’époque. Ils ont fait ensemble tous les festivals des années 60, l’un à la guitare, l’autre à l’harmonica. Des étudiants ont pensé présenter Brownie McGhee à Skip James, un autre bluesman, aussi célèbre que Son House. A la seconde où ils se sont vus, ils ont sorti leur couteau car ils se connaissaient et se détestaient. T-Model Ford a tué un type qui essayait de le poignarder, il lui a tranché la gorge ! Mais quelqu’un comme Fred McDowell était vraiment quelqu’un de bien.
Ceux qui venaient du delta du Mississipi ont connu beaucoup de souffrances, ils l’ont payé, mais ça leur appartenait et c’est pourquoi ils jouaient du blues.

Aimes-tu jouer devant de grosses audiences ou préfères-tu les salles plus petites ?

J’aime jouer devant de très grosses foules comme à Glastonbury où on m’a dit qu’il y avait 65 000 personnes dans le public la dernière fois que j’y étais. Puis je m’en lasse et je préfère jouer sur de plus petites scènes… Devant des grands publics, on touche énormément de gens. Il faudrait des années pour jouer pour tous ces gens dans de petites salles. Et je ne sais pas combien de temps encore je vais tourner…

Quel est ton souvenir musical le plus fort ?

De toute ma vie, ce qui m’a le plus marqué a été d’écouter mon père jouer du piano woogie boogie. C’est aussi un de mes plus anciens souvenirs. Je suis sûr que c’est ce qui m’a donné envie de faire de la musique.

Propos recueillis par Céline M.

Site officiel du groupe
Seasick Steve on Myspace

Voir aussi la chronique de « Man From Another Time »,

les photos du 25 février 2009 à La Maroquinerie,

les photos  et le live report du 23 novembre au Trabendo.



  1. [...] l’interview de Seasick Steve de novembre 2009. [...]


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