Vers un nouveau cycle
Quelques heures avant son premier concert de l’année 2010, Nosfell a accordé une rapide interview à Rock Times. Le guitariste auteur-compositeur y révèle les secrets de fabrication de son troisième disque, éponyme, et dévoile l’origine de son monde imaginaire, Klokochazia… en toute simplicité.
Tu as enregistré ton troisième album Outre-Atlantique avec Alain Johannes, bassiste et producteur des Queens of The Stone Age. Raconte-nous…
Nosfell : D’abord, je me suis isolé pour l’enregistrement guitare-voix et revenir à une façon de faire se rapprochant du premier album, où j’essayais que les chansons se suffisent à elles-mêmes. J’ai composé des textes en français puis je les ai traduits dans mon langage personnel, le Klokobetz. En parallèle de la traduction, j’ai aussi écrit d’autres musiques. Malheureusement, elles ne collaient pas avec les textes. J’ai les ai donc réécrites. C’était en février 2008. Ensuite, nous avons écouté les chansons avec le trio et travaillé les virages harmoniques. Puis, la maison de disque a proposé de travailler avec un réalisateur. J’avais déjà rencontré Alain Johannes des Queens of The Stone Age en 2006 et je suis allé le voir à Los Angeles.
Tu lui dois donc la tonalité rock de ton nouveau disque ?
Nosfell : Quand je suis arrivé chez lui, il avait déjà reçu les maquettes et il a tout de suite été dans un trip que j’adore. Il a dit : « Voilà , mon studio c’est ma maison ». Deux semaines après, les plannings étaient faits parce qu’Alain travaillait, avec Josh Homme (guitariste des Queens of The Stone Age), sur l’enregistrement des Arctic Monkeys. Alain a voulu faire un enregistrement comme un groupe de rock. Moi ça me branchait. Je voulais quelque chose de très brut. Nous avons répété avec le groupe, en France, de décembre à janvier 2008-2009 et nous sommes allés à Los Angeles. L’enregistrement a duré un mois.
Comment vois-tu cette dernière création ?
Nosfell : Le disque me tient à cÅ“ur parce que son enregistrement a vraiment été différent, très simple. Et puis il a quelque chose de cathartique. Les choses dont je parle touchent beaucoup au romantique. L’exemple même est mon personnage de Nosfell, créé par le souffle d’une des sept forces fécondes de Klokochazia. Dans ce disque, j’ai l’impression de passer à autre chose. Je suis plutôt dans un rapport de transmission. C’est la conclusion d’un cycle.
Une nouvelle fois, tu passes par le Klokobetz pour parler de Klokochazia. Ils sont ta langue et ton monde. Pourquoi cette démarche ?
Nosfell : J’ai passé pas mal de temps à faire des séances chez le médecin et à évoquer mon père qui parlait plusieurs langues et qui me racontait des histoires quand j’étais petit. Lorsqu’il a disparu, je suis resté avec cette image de quelqu’un qui inventait beaucoup de choses sur son passé. Je pense qu’on a tous un père à tuer. Pour moi, il y a eu un double travail : accepter l’image de mon père en entier et l’éloigner. Son langage, dont j’avais conservé des notes, je l’ai gardé comme un fétiche. Un psy m’a dit que je devais faire quelque chose avec. Aux sentiments, j’ai donc donné un nom arbitraire. De là , j’ai aussi fait des études de langues. Et j’ai prolongé cette démarche de psychanalyse et de partage : le langage, le Klokobetz, est né de ça et les histoires de Klokochazia aussi.
« Le Lac aux Vélies », livre-disque sorti en 2009 et illustré par le dessinateur Ludovic Debeurme, donne plus de réalité à ton univers. Était-ce une étape importante pour toi ?
Nosfell : J’avais besoin de raconter une histoire sous forme d’un conte traditionnel, comme les contes de Grimm qui sont des espèces de paraboles, de philosophies cachées. Je suis intéressé par le récit des rapports entre humains. Les non-dits surtout car ils touchent tout le monde. Ce qui m’importe, c’est d’être franc, direct et de trouver un dénominateur commun le plus large possible. J’avais aussi besoin de raconter ces histoires pour comprendre des choses sur moi.
Un cycle se termine. As-tu déjà d’autres projets ?
Nosfell : Depuis le premier album, nous sommes allés vers quelque chose de rock de façon assez progressive. J’ai aussi réussi à comprendre comment je voulais travailler la guitare électrique. Ensuite, il y a eu quelque chose de plus fragile dans le deuxième. Et puis on a ressorti des cassettes de rock, on a travaillé pour le troisième album, plus rock, et sur « Le Lac aux Vélies » avec l’orchestre symphonique de Budapest. Je ne sais pas encore ce que je ferai après. Mais j’ai plein d’envies : travailler sur d’autres instrumentations, toucher à d’autres couleurs…
Jusqu’à maintenant, tu utilisais des instruments modifiés. Que t’ont-ils apporté ?
Nosfell : J’ai toujours ma guitare de luthier et d’autres électriques modifiées auxquelles j’ai, par exemple, ajouté des switchs. Quand on te vend une pédale de série, tu peux la modifier et ne pas jouer comme tout le monde, voir ce qui te dérange et pallier au problème. C’est ma démarche. Sinon, mon truc c’est plutôt l’analogique. J’utilise le numérique pour les boucles et un logiciel sur mesure.
Aucun artiste de la scène française ne peut s’immerger comme toi dans Klokochazia. As-tu néanmoins des affinités avec certains ?
Nosfell : J’avais commencé à faire des concerts à Paris avec Dgeez et Fantazio. On s’est retrouvé sur quelques scènes. Daniel Darc me touche dans sa poésie et son romantisme. En chanson française, j’aime beaucoup Dominique A. Il y a aussi Dick Annegarn et d’autres. Mais j’ai du mal avec la chanson réaliste. J’ai besoin de rêves, dans la musique, le cinéma, la littérature…
Propos recueillis par Lilian Maurin
Voir aussi le live report et les photos du 16 janvier à Clamart.





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