Hell’s Kitchen : Interview

« Déclaptoniser le blues » !

Programmé le 22 février dernier à La Maroquinerie lors des Nuits de l’Alligator à Paris, Hell’s Kitchen est un groupe hors du commun. Quelques heures avant de monter sur scène, le guitariste et chanteur Monney B. revient sur la démarche atypique d’un groupe fermement ancré dans la tradition blues.

Hell’s Kitchen a une approche bien particulière du blues… A savoir, mélanger des éléments de la musique contemporaine et des riffs du blues traditionnel. Peux-tu nous en dire plus sur cette démarche ?
Monney B. :
C’est quelque chose qui nous tient à cœur. Nous tenons à faire autre chose que ce qui se fait déjà depuis 30 ans. Le blues n’est pas mort… Il s’agit de le jouer avec ce qui nous influence. Nous ne venons pas du sud des Etats-Unis mais de Suisse, il y a chez nous ce truc industriel, contemporain, fait de bruits de machines, de vaisselle, de casseroles qui tombent.

Un mélange entre le blues de Son House et les groupes indus ou plus récents en quelque sorte… De qui vous sentez-vous proche ?
Nous adorons The Young Gods ! Ils sont Suisses eux aussi, ce sont des potes. Ils font des trucs très blues ! Un de leurs morceaux, Gasoline Man, est repris par Bob Log III. C’est une approche très contemporaine du blues… Il faut sortir de ces 12 mesures et des solos de  guitare insupportables qui tournent en rond.

On lit souvent à votre propos le terme « déclaptoniser le blues ». D’où vient cette expression ?
Ce n’est pas de nous mais de Josh Homme, le chanteur de Queens Of The Stone Age. Quand j’ai lu cette phrase, je l’ai trouvée marrante. Après, un gars nous a dit « c’est exactement vous ça, vous devez absolument citer cet adage ! » Cela dit, c’est vrai, ce serait pas mal de « déclaptoniser le blues » !

Taillefert C.

Donc chez Hell’s Kitchen, cela passe par des choses plus roots, plus traditionnelles… Est-ce pour cela que vous utilisez des éléments plutôt inhabituels ?
Tout à fait ! Le blues est devenu très démonstratif avec des solos de guitare où chacun tente de tirer la couverture vers soi. Au final, on perd l’essentiel… Ce n’est plus comme quand un mec commençait à taper sur une barre de métal. Ce côté-là, me semble-t-il, a complètement disparu de la musique moderne. Et puis, il y aussi le fait de faire des chansons avec presque rien. Certes, nous n’avons pas les contraintes qu’ils avaient à l’époque car nous avons les moyens de nous acheter des guitares et des effets. Mais nous nous en imposons d’autres à savoir de ne pas utiliser une technologie fantastique ni  trop d’effets qui pourraient donner un son édulcoré et sirupeux. Car le blues est une musique râpeuse.

Justement, comment ça se passe sur scène avec tous ces éléments ?
C’est un peu compliqué… Il y a des poubelles, des couvercles, un tambour de machine à laver et aussi des sons que l’on a samplés. D’ailleurs c’est un peu contradictoire avec ce que je disais sur la technologie mais nous les avons samplés pour des raisons pratiques. Par exemple, cela nous permet d’avoir le bruit d’un conduit d’aération de 5 mètres de long que nous avons nous-mêmes enregistré auparavant.

La rythmique a une part très importante chez Hell’s Kitchen, n’est-ce pas ?
Oui, on peut partir d’un battement sur un verre et construire le morceau là-dessus. Nous allons très peu en studio car, là-bas, on est censé faire des morceaux que l’on connaît. Or nous, nous ne savons jamais ce que l’on va faire. On préfère partir de quelque chose, jouer par dessus et une fois que l’on obtient ce qui nous plaît, on le garde. On essaie aussi de conserver le premier jet car c’est le plus spontané.

Monney B.

D’où vient le terme « percuterie » que l’on peut entendre régulièrement à votre sujet ?
Tout simplement du fait que ce n’est pas une batterie à proprement parler. Notre batteur l’a fabriquée, la grosse caisse est un goliath (ndr : tom basse). En fait, nous faisons de la musique avec ce qu’il y a autour de nous. On veut expérimenter… Par exemple, on utilise un paquet de pâtes alimentaires en guise de maracas.

Parlons un peu du dernier album. Qui est ce Mr Fresh ?
C’est le personnage de la première version de la pochette de l’album. C’est une espèce de nounours / bonhomme contemporain en métal composé de sardines moyennement fraîches… Mais vous ne l’avez pas sur la pochette française car les gens la trouvait tellement laide que nous avons été obligés de la changer.

Ballades, blues rock… Cet album semble résumer les différentes influences du groupe. Etait-ce votre volonté ?
Non, ce n’est pas forcément notre volonté mais chacun de nous apporte son grain de sel aux morceaux. C’est la raison pour laquelle il y a des titres assez durs et d’autres plus doux comme les ballades.

Le disque précédent, « Doctor’s Oven », remonte à 2005. Que s’est-il passé durant cette période ?
On a eu plusieurs soucis qui se sont accumulés et on a dû faire avec. On a beaucoup joué en 2007 / 2008 mais nous n’avons pas pas pu faire d’enregistrement.

Ryser C.

Comment avez-vous rencontré votre nouveau label, Absinthe music ?
On nous a branché avec eux alors que nous attendions d’autres réponses qui ne venaient pas. Nous avons tout de suite apprécié leur manière de travailler. Comme notre ancien label a fait faillite juste après nous avoir signés, nous avons décidé de travailler avec eux.

Hell’s Kitchen a beaucoup tourné : en Russie, au Portugal, en Italie, en France. Avez-vous des souvenirs marquants de ces tournées ?
Oui, en Russie par exemple, nous avons joué dans une boîte de mafieux avec des détecteurs d’armes à l’entrée et des mecs de deux mètres de haut qui devaient juste revenir d’Afghanistan ou quelque chose comme ça. Le concert aussi a été rude… Devant des mecs en costard, avec des grosses bagues. Il parlaient entre eux puis s’en allaient au bout de cinq minutes… On se demandait vraiment ce qui allait se passer. Une autre fois,  dans une salle gigantesque qui avait été un cinéma, nous avons joué dans une salle vide. Il a fallu attendre le deuxième morceau pour que la foule arrive d’un seul coup. En fait, les mecs avaient juste oublié d’ouvrir les portes…

D’autres groupes, comme Left Lane Cruiser et Black Diamond Heavies déstructurent le blues. Vous sentez-vous proches d’eux ?
Oui, mais ils sont dans une démarche plus punk, plus trash que nous. On est sûrement dans une lignée un peu plus neutre qu’eux. Mais j’adore leur côté punk !

Vous partagez tout de même cette volonté d’avoir un son très brut…
C’est sûr ! C’est le côté démonstratif qui est insupportable dans le blues. Et puis ça se répète depuis déjà 30 ans… Je préfère les premiers enregistrements de blues comme ceux de Robert Johnson à un Popa Chubby qui fait des solos pendant des heures.

Pour finir, quels sont vos projets ?
Notre tournée française débute ce soir et puis ensuite on enchaîne avec pas mal de dates. On a aussi commencé à bosser d’autres morceaux pour le prochain album mais pour l’instant, il n’y a pas de date de sortie prévue, « Mr Fresh » est encore tout récent !

Propos recueillis par Florian Garcia

Site officiel
Hell’s Kitchen on Myspace

Voir aussi les photos et le live report du 22 février 2010 à La Maroquinerie.



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