Quoi de neuf Bob ?
Figurez-vous, sur scène, un type avec guitare slide, casque de motard, tenue de patineur et qui balance un blues effronté et frénétique : vous avez l’Américain Bob Log, troisième du nom. En interview ? le même, le casque en moins, entre va-et-vient turbulent, fou-rire et histoires de déments.
D’où t’est venue l’idée de porter un casque sur scène ?
Bob Log III : Avant j’étais dans un duo, Doo Rag, et je n’en portais pas. Un jour qu’on était en tournée, j’ai acheté ce casque et le lendemain, mon batteur s’est barré ! On devait ouvrir pour un groupe et jouer devant un millier de personnes et je me disais : « Putain ! Comment tu vas faire ? ». J’ai appelé le groupe en question et j’ai dit : « Je vais jouer de la guitare ce soir. Tout seul. » J’ai regardé autour de moi dans la voiture et j’ai ajouté : « J’aurai un casque de moto sur la tête. » Le mec m’a dit ok et c’est ainsi que tout a commencé.
Tu as soudé un combiné téléphonique à ce casque et inséré un micro à l’intérieur pour chanter, ce n’est pas banal !
J’ai toujours fait comme ça. La voix rend très bien au téléphone, nous y sommes habitués. On n’appelle pas ses amis en parlant dans un micro Shure 58, qui te fait une voix bien grave [il l'imite] et qui ennuierait tout le monde ! On passe peut-être plus de temps à écouter les gens parler au téléphone qu’à écouter de la musique ! J’ai donc décidé d’utiliser cet appareil naturel pour chanter.
Porter ce casque, tout le temps, sur scène, tu dois mourir de chaud !
J’aime suer ! [en français dans le texte] Il y a des gens qui font du sport pendant 1h30 avec un casque : c’est exactement pareil pour moi, sauf que je joue de la guitare et que je tape dans une grosse caisse.
Bob Log III, c’est un personnage pour la scène ou c’est toi, véritablement ?
C’est un peu des deux. Ce que je fais sur scène fait partie de moi, bien sûr, mais je ne suis pas non plus ce mec-là 24h/24h ! Je ne porte pas mon casque à longueur de journée, je ne demande pas non plus de boob scotch au petit-déjeuner.
Et en concert, le boob scotch, c’est toujours d’actualité ?
Si ça se passe, tant mieux. Sinon, c’est pas grave. A l’origine, il s’agit d’une super chanson qui parle des moyens d’améliorer sa journée. Tu n’as jamais essayé ?
Non…
Si quelqu’un trempe le bout de son sein dans ton whisky et que tu en bois une gorgée, ta journée est embellie ! C’est des mathématiques de base ! Beaucoup de gens écrivent des chansons sur ce qui les énerve, les rend triste, a gâché leur semaine. Moi j’écris sur ce qui peut rendre ta journée un peu meilleure !
Bob Log III, one-man band…
Tu tournais à un rythme effréné à un moment, c’est toujours le cas ?
Je tourne environ un mois sur deux. Avant, je tournais plus, je m’éclatais, puis je rentrais chez moi et ne me souvenais de rien ! C’est pour ça que j’ai décidé de diminuer le nombre de concerts. Je vais dans plein d’endroits différents, c’est génial, j’ai envie d’avoir des souvenirs ! C’est mon nouvel objectif, ma résolution pour la décennie à venir : me souvenir de tous les moments où je me suis éclaté !
Tu invites toujours des gens à venir s’asseoir sur toi pendant que tu joues ?
Des docteurs m’ont conseillé d’arrêter, mais je ne les écoute pas. Je les ai écoutés sur un autre point. Avant, il m’arrivait en concert de monter dans un canot pneumatique avec ma guitare et de jouer, porté par la foule. Ca pouvait durer jusqu’à 10 minutes ! Un jour, à Sydney, je suis tombé parce que le bateau était arrivé au-dessus d’un groupe de filles – et Dieu sait que j’aime les femmes ! – qui se sont écartées en poussant des cris [il les mime] ! Je me suis cassé la gueule : je sentais des bouts de verres, j’ai cru que je saignais, mais ce n’était que de la bière. J’ai quand même dû annuler la moitié de cette tournée.
Après ça, les docteurs m’ont suggéré d’arrêter le slam en bateau. Mais j’ai refusé d’arrêter de faire sauter des gens sur mes genoux : c’est vrai, on finira tous par être vieux et boiter, pour une raison ou une autre. Regarde T-Model Ford avec sa canne. Il y a des gens qui boitent parce qu’ils se sont fait renverser par un bus, d’autres parce qu’ils ont eu un cancer du genou. Moi, je boiterai pour avoir porté trop de filles sur mes jambes !
Ca fait partie du jeu ! Et même quand ça fait mal, ça me fait marrer !
Tous ces trucs qui font partie de ton show, tu n’as pas peur que ça prenne le dessus sur la musique ?
C’est juste rock’n'roll ! Je n’ai rien inventé : c’est quelque chose qui doit être génial à écouter et cool à voir. Certains groupes, sur scène, sont chiants à mourir ! J’ai grandi en adorant AC/DC, Screamin’ Jay Hawkins, Bo Diddley, Chuck Berry. Tous ces mecs avaient du style, il se passait quelque chose sur scène. Screamin’ Jay Hawkins avait un os dans le nez : est-ce que ça rendait la chanson meilleure ? Non ! Ca ne changeait rien à la musique, mais il avait un putain d’os dans le nez !
J’ai grandi en voyant des trucs comme ça et je ne vois pas pourquoi je mettrais un terme à cette tradition.
Mais jouer de la guitare, c’est la raison fondamentale pour laquelle je fais tout ça. Tout le reste passe après : le casque, la batterie, porter des gens… Lorsqu’on écoute mes disques, on ne voit rien du jeu de scène : les chansons ont intérêt à être bonnes !
A quand remonte cette passion pour la guitare ?
J’avais 11 ans quand j’ai décidé que c’était ce que je voulais faire. Tout ça, c’est la faute d’AC/DC ! J’avais une cassette de « Dirty Deeds » et j’écoutais ce qu’on a fait de plus cool au monde à la guitare en portant des costumes bizarres et en transpirant beaucoup ! Et voilà le résultat !
Et tes costumes, justement, d’où sortent-ils ?
Tout le monde sur scène porte quelque chose de stupide : regarde Angus d’AC/DC, avec ses tenues d’écolier, Britney Spears, avec ses tenues sexy… Mais on peut choisir de porter quelque chose d’encore plus stupide ! Au départ, j’ai opté pour un costume de lutteur, il n’était pas cher mais il était trop petit et chaque fois que je levais les bras, il me remontait jusqu’au cou ! Alors j’ai commencé à demander à des vieilles dames, à Tucson, Arizona, de m’en coudre sur mesure. Je ne voulais pas leur dire exactement ce que j’en ferais – ce sont de vieilles dames qui cousent pour les petites danseuses de ballet – alors je leur ai raconté que j’étais patineur artistique ! J’y suis retourné plusieurs fois depuis, mais je pense qu’elles ont compris que je leur avais raconté des histoires, quelqu’un a dû leur dire la vérité…
Comment fais-tu alors ?
Elles continuent de m’aider, mais elles me regardent bizarrement !
…one-man show !
Ton dernier album, « My Shit Is Perfect » est sorti en 2009, et le précédent en 2003. Tu en as pris du temps pour écrire tes nouvelles chansons !
Je n’ai aucune limite dans le temps pour composer. Qui a dit que les musiciens devaient sortir un nouvel album chaque année ? Je ne sais pas d’où ça vient. Mais je pense que les gens qui font ça sortent des albums de merde qu’ils n’ont pas envie d’écouter après. Remarque, c’est peut-être possible, pour les groupes qui écrivent à plusieurs, de sortir chaque année un album qu’ils aimeront toute leur vie. Personnellement, je travaille sur mes chansons jusqu’à ce qu’elles me semblent sonner parfaitement. Et si ça doit prendre 6 ans, 10 même, je m’en fous ! Je ne suis pas perfectionniste… mais il faut que j’adore mes chansons avant de les sortir !
C’est donc pour ça que « your shit is perfect » ?
Bien sûr ! Je tourne aussi énormément : je rentre chez moi, j’enregistre une chanson puis je retourne sur les routes où je ne peux plus rien enregistrer pendant plusieurs mois. Mais je n’ai aucune pression pour faire mes disques. Ce n’est peut-être pas le meilleur modèle de business à suivre si tu veux être super célèbre et vendre des disques tous les ans…
Il arrive qu’après des concerts, de jeunes groupes me donnent un album en disant qu’ils s’excusent mais que l’enregistrement est très mauvais et qu’ils ne sonnent plus comme sur leur album. Je leur dis toujours que je n’en veux pas ! Qu’ils n’ont qu’à le refaire, en être fier, et ensuite me le donner !
Comment définirais-tu ton style ?
De la guitare festive ! Idem pour les parties de rythme et de chant. Je parle de guitare d’abord parce que c’est ce qui compte le plus. Il y a du blues dedans, mais aussi de la techno ! Un peu d’AC/DC. Mais en fait, ça s’appelle simplement du rock’n'roll !
Propos recueillis par Céline M.
Site officiel
Bob Log III on Myspace




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