Blood Red Shoes : Interview

A feu et à sang

A l’occasion de la sortie de « Fire Like This », deuxième album du jeune duo anglais Blood Red Shoes, rencontre avec Steve Ansell et Laura-Mary Carter, un batteur et une guitariste – également graphiste pour la pochette – aux idées bien affirmées.

Blood Red Shoes est un duo, avez-vous déjà senti des limites à cette formation ?
Steve : Les gens ont souvent des idées toutes faites sur les duos et s’attendent à une musique plutôt minimaliste. Pour nous, c’est plus facile d’être seulement deux et ça ne limite pas notre musique. Nous voulons donner l’impression que nous sommes un groupe plus gros et d’ailleurs, il arrive que les gens pensent que nous avons une basse !
Laura-Mary  : Sur le premier album, un ami a joué du violon sur une chanson et sur l’album que nous venons de terminer, nous avons mis du violoncelle sur un titre. Mais tout le reste, c’est nous qui le faisons… nous n’ajoutons jamais de basse dans nos enregistrements : il suffit de régler l’ampli !
Steve : C’est un peu terrifiant parfois car nous devons tous les deux assurer tout le temps. Si l’un de nous se trompe, tout le monde s’en rend compte ! Le pire, c’est pendant les très gros concerts.
Laura-Mary : Comme la fois où nous avons joué devant 30 000 personnes à Paris, avant Rage Against The Machine !

Le nom de votre groupe est une référence à une anecdote sur Ginger Rogers, qui aurait dansé jusqu’à ce que ses pieds soient en sang, montrez-vous autant de ténacité pendant vos répétitions ?
Laura-Mary : [rires] Non, pas vraiment. Disons que nos répétitions ne sont jamais sanglantes ! Personne n’est forcé à quoi que ce soit.
Steve : En fait, c’est une des difficultés du duo : c’est quelque chose de très intense car nous avons tous les deux beaucoup d’idées, sommes tous les deux très engagés dans ce que nous faisons. Comme nous ne sommes que deux, si nous nous disputons, ça ne peut pas durer parce qu’il n’y aurait plus de groupe… alors chacun prend sur soi !

Votre musique est très énergique : d’où vous vient cette rage ?
Steve : C’est juste ce que nous sommes. La musique que nous faisons est réelle, nous ne faisons pas semblant. Elle exprime tout ce que nous ne montrons pas normalement. Quand on est sur scène, on a le droit de crier comme on veut. Nous avons tout un tas de sentiments étranges. Nous ne sommes pas du genre à nous extasier dans nos chansons sur les levers de soleil et les balades sur la plage.
Laura-Mary : Je n’ai jamais trouvé que le monde qui nous entoure soit magnifique. D’ailleurs je n’ai jamais écouté de musique comme ça. Nous aimons la musique où l’on entend de la colère.

Quelle musique précisément ?
Steve : A part tout ce qui touche de près ou de loin à Josh Homme ?
Laura-Mary : J’écoute Queens Of The Stone Age presque tous les jours et Them Crooked Vulture maintenant ! Et PJ Harvey…
Steve : Nirvana, Sonic Youth, …And You Will Know Us By The Trail Of Dead. Nous avons à peu près les mêmes goûts, nous écoutons nos disques ensemble.

Comment avez-vous travaillé sur ce nouvel album ?
Steve : C’est vraiment une collaboration. Même si j’écris les parties de batterie et Laura celles de guitare, je lui demande toujours son avis et inversement. Et pour le chant, nous échangeons si nous pensons que la voix de l’autre conviendra mieux.
Laura-Mary : Sur le premier album, « Box of Secrets », nous avions écrit les paroles ensemble, sur celui-ci, c’est le plus souvent celui qui composait la mélodie qui écrivait les paroles.
Steve : Pour le premier album, nous avons écrit plus vite, c’était un peu brouillon. Pour celui-ci, nous avons passé plus de temps à enregistrer des démos, les écouter, changer un peu la structure de la chanson ou modifier un mot dans les paroles. Nous nous sommes attachés à chaque détail. Nous avions réellement envie de mûrir et de nous améliorer. C’est pour ça que nous avons passé plus de temps à travailler dessus.

Quelles autres différences voyez-vous dans ce nouvel album ?

Steve : Il ne sonne pas pareil. Les chansons sont différentes. Elles sont meilleures : mieux écrites et plus honnêtes.
Laura-Mary : Dans le premier album, il y avait comme une overdose d’instruments, c’était plus lourd. Cet album-là semble moins produit, mais pourtant plus élaboré. Il y a moins de trucs de studio, il est plus expérimental, plus atmosphérique, plus naturel.  Nous l’avons enregistré à l’ancienne, en analogique…
Steve : Les mélodies et les paroles sont plus sombres, il y a plus de mélancolie. Peut-être moins de colère mais on peut quand même danser dessus. En fait je pense qu’il y a plus de sentiments.
Cet album est plus intime aussi dans la manière dont nous l’avons fait. Par exemple, nous avons utilisé des enregistrements de voix simples, au lieu de les tripler comme on avait pu faire avant ! Et pour ces pistes de voix uniques nous avons beaucoup travaillé et essayé de chanter en y mettant vraiment du cœur.
Laura-Mary : Je pense que nous n’avons pas de talent particulier pour le chant, ni l’un ni l’autre ne sommes nés avec une voix magnifique, [à Steve] sans vouloir te vexer !
Steve : [rires] C’est vrai. Naturellement, nous aurions tendance à jouer de nos instruments très fort, pour faire le maximum de bruit et cacher nos voix !
Laura-Mary : Pendant longtemps, je n’écoutais que ma guitare, pas ma voix. Puis j’ai commencé à  faire plus attention aux voix que j’aimais et à travailler la mienne… Quand on chante, on prend des risques, et sur cet album, nos voix sont plus exposées.

Vous avez énormément tourné après la sortie de votre premier album, comment abordiez-vous chaque concert supplémentaire ?
Steve : On ne peut pas faire une chose aussi souvent et prétendre qu’on n’est pas dans une routine. Les gens qui disent le contraire veulent faire les intéressants, ils mentent ! Pour le public cependant, il faut faire comme si c’était la première fois.
Laura-Mary : Parfois, j’étais très excitée à l’idée de jouer, parfois je n’y croyais plus.
Steve : C’est normal, nous avions des hauts et des bas. Quand on  enchaînait vraiment les concerts, on finissait par ne plus savoir dans quelle ville, ou quel pays on était, parce qu’on n’arrêtait pas de changer d’endroit ! Mais il pouvait suffire d’un concert particulièrement génial pour se réveiller.

Vous sentez-vous proches d’autres groupes actuels ?
Steve : Pas vraiment, nous ne faisons partie d’aucune scène. Nous avons toujours été seuls. Aucun groupe anglais ne ressemble à ce que nous faisons. J’ai l’impression que nous n’avons pas les mêmes objectifs. A coté de ça, nous avons beaucoup d’amis dans d’autres très bons groupes… Mais nous n’avons pas de connexion musicale avec eux.

It’s getting boring by the sea, extrait de votre premier album… c’était du vécu à Brighton ?
Laura-Mary : Je ne sais plus ce qui m’est passé par la tête…
Steve : Tu t’ennuyais, c’est tout ! C’est parfaitement en rapport avec la question précédente. Ce n’est pas juste au sujet de Brighton. Il s’agit de tout l’ennui qu’on peut ressentir par exemple pour la scène musicale britannique actuelle ! De l’ennui aussi de devoir appartenir à des « groupes » pour avoir l’air cool. C’est une chanson contre le conformisme et la peur de ne pas correspondre aux modèles.
Laura-Mary : Les gens ont besoin de choses simples à ranger dans des petites cases.
Steve : Au départ, nous faisions plus ou moins partie d’une scène punk DIY, mais très vite, ils n’ont plus aimé les chansons qu’on écrivait parce qu’on pouvait danser dessus ! Nous n’avions pas non plus le sentiment d’appartenir à la scène main stream parce que nous sommes trop bizarres pour ça. Nous nous sommes donc convaincus que nous ne faisions partie d’aucune scène. C’est à ce moment que nous avons vraiment pris confiance en nous car nous nous sommes créé notre propre identité. Et nous n’avons pas peur que les gens ne s’intéressent pas à notre groupe sous prétexte que nous sommes différents. Ça a été un peu le problème des Queens of The Stone Age au départ, avant que les gens ne se rendent compte qu’en fait, ils étaient géniaux !

Propos recueillis par Céline M.

Crédit photo : site officiel

Blood Red Shoes, « Fire Like This »,V2/Cooperative Music

Site officiel
Blood Red Shoes on Myspace



  1. Olivier on Lundi 1, 2010

    Merci pour cet interview très intéressante du groupe. Je vous conseille d’aller les voir en concert, ils assurent !!


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