Black Rebel Motorcycle Club : Interview de Robert Levon Been & Leah Shapiro

Accidentés du rock

Le Black Rebel Motorcycle Club a toujours semblé avancer envers et contre tout, sous une épaisse carapace d’acier, porté par une base de fans fidèles. Mais suffit-il de faire salle comble ? Le co-leader Robert Levon Been se montrerait presque usé par ces dix années d’activité ; mal-aimé le BRMC ?

Le B.R.M.C. a changé. L’arrivée de Leah Shapiro à la batterie a-t-elle insufflé une dynamique nouvelle ?
Robert Levon Been (chant, basse, guitare) : Ce n’est pas véritablement un nouveau groupe, ni le même qu’avant. Nick Jago est un excellent batteur et on a quand même fait quatre albums ensemble. Mais c’était difficile de continuer avec lui. On touchait le fond, et ça a été une bénédiction que Leah soit disponible pour nous rejoindre et intégrer le groupe. Mais la musique exprimera ça mieux que moi !

Comment s’est passée ton intégration dans le groupe Leah ?
Leah Shapiro (batterie) : Nous jouons ensemble depuis deux ans. Mais on se connaissait déjà un peu depuis une tournée de mon ancien groupe en première partie du BRMC. C’était fou d’avoir une telle opportunité, incroyable, mais vrai !

La réalisation de cet album a-t-elle été longue ? A-t-il fallu « s’apprivoiser », apprendre à travailler ensemble ?
Leah : Il n’y avait pas d’attente particulière ou d’enjeu sur le fait que ça fonctionne entre nous, on n’avait pas de pression à se mettre.
Robert : L’enregistrement a été un peu plus long que d’habitude, mais pas à cause de Leah : elle a fait les prises de batterie plus rapidement que n’importe qui, elle nous a vraiment surpris avec plus de vingt chansons en trois jours ! Mais on voulait prendre plus de temps pour les paroles, sans être contraints par une deadline. Quand on s’est retrouvé dans cette maison de Philadelphie, on a commencé à écrire et on ne s’est arrêté que quand ça nous a semblé insensé de continuer. Ça a été une période très prolifique. Il y a une bonne moitié des chansons qu’on pourra peut-être utiliser pour le prochain disque.

Leah Shapiro, nouvelle recrue du gang

Le BRMC a son propre label désormais, Abstract Dragon…
Robert : On était un peu découragé de se battre avec les majors depuis si longtemps. C’est vrai qu’on a toujours eu beaucoup de liberté pour faire ce qu’on voulait dans la production de nos albums, on ne s’en plaint pas. Mais une fois les disques sortis, on s’est toujours senti un peu « abandonné », négligé pour ce qui est des tournées et de la promo, et obligé de se battre avec des gens supposés se battre pour nous. C’était épuisant. L’idée était donc de monter notre propre label et de trouver des partenaires qui ne seraient pas au-dessus de nous mais avec qui traiter d’égal à égal. Vagrant Records aux USA nous a semblé partager la même philosophie que nous à propos de la musique.

C’est une prise de risque de se lancer là-dedans, de monter ainsi son label ?
Robert : Il s’agissait surtout de faire l’album nous-mêmes et trouver un moyen de survivre pendant les six mois d’écriture et les six mois d’attente du mixage et de la sortie. On savait que si on tenait, on pourrait partir en tournée et en vivre, plutôt que signer sur une major et devoir rembourser tout l’argent avancé pour l’enregistrement, le studio, le producteur, etc., et rentrer à la maison sans un rond. Les majors ne sont plus vraiment attirantes, elles n’apportent qu’une sécurité à court terme, un gros chèque le premier jour.

Vous partagez énormément de choses avec vos fans sur internet…
Robert : Je crois qu’il s’agit juste d’atteindre les gens et d’établir une sorte de connexion avec eux. Quand tu écris une chanson, tu essayes d’établir une connexion avec quelqu’un, quelque part, pour trouver quelqu’un qui te comprenne et te sentir moins seul.

Robert Levon Been et son public… « aime-moi tendre, aime-moi vrai »

Comment vois-tu vos dix années de carrière ?
Robert : Ça a été incroyablement plus difficile que ce que j’aurais imaginé. Mais ça a aussi dépassé tout ce dont j’aurais pu rêver. A chaque fois que tu vises très haut, tu ressens à la fois plus de plaisir et plus de douleur. C’est comme tomber amoureux d’une fille trop belle pour toi…

Et musicalement ?
Robert : Notre musique elle aussi est trop belle pour moi ! (rires) Comment elle a évolué ? C’est bizarre, c’est comme un bouquin avec des fragments de vie que je ne suis pas vraiment pas prêt à lire. Ou regarder une photo de soi plus jeune et se reconnaître à peine.

Tu ne te reconnais pas dans vos premiers disques ?
Robert : Je ne sais plus… Je me souviens de nos erreurs de débutants. Pour notre premier album, on ne savait pas vraiment ce qu’on faisait, ce qu’on voulait, ni qui on était réellement. Et beaucoup de nos chansons avaient des paroles naïves. Puis elles sont devenues plus dures, moins évidentes et premier degré. Parfois on ouvrait notre cœur et d’autres fois on était moins sincère. Mais ça a donné de la force à notre musique.

Vous avez toujours été assimilés à la scène psychédélique californienne, tout en étant un peu à part. As-tu le sentiment d’en faire réellement partie ?
Robert : Quand tout a commencé, ces groupes ne nous ont jamais vraiment acceptés comme l’un des leurs. On n’a jamais reçu de coup de fil pour nous inviter à un concert. Je ne sais pas pourquoi ! Pendant notre première année à San Francisco, on n’a joué que dans les pires clubs, les pires soirs de la semaine. Après on s’est installé à L.A.. Quand on est arrivé, on a roulé toute la journée à travers la ville avec notre sac de cassettes et de CD qu’on a donnés à tous les tourneurs et programmateurs. On ne connaissait pas la ville donc on a joué partout sans distinction. Les groupes psyché, eux, connaissaient les bons plans. Mais deux mois plus tard, un label s’est intéressé à nous…

Peter, Hayes wide shut

Vous ne vous êtes jamais sentis proches de ces groupes ?
Robert : J’aime leur musique et j’apprécie beaucoup certains de ces mecs. On a emmené le BJM en tournée au Royaume Uni il y a quelques années ; ou encore les Warlocks et les Black Angels que j’adore. On essaye autant que possible de faire entendre leur musique. Mais on ne fait pas pour autant partie du club, de cette société secrète psychédélique ! (rires)

Êtes-vous trop célèbre pour en faire partie ?
Robert : On a fondé notre propre club ! On est le BRMC !

Et des groupes comme Spindrift, ou ZAZA, qui ont récemment tourné avec vous ?
Robert : Ce sont deux super groupes. C’est tout à leur honneur d’arriver à venir jouer jusqu’ici. Ça coûte tellement cher de venir en Europe. C’est leur passion et leur obstination qui les ont amenés jusque là. Je ne sais pas comment ils font pour s’en sortir.

Pete a travaillé sur l’album des Black Ryder. Vous aimez les collaborations de ce genre ?
Robert : On a tourné récemment avec Dark Horse et on a composé ensemble une chanson qu’on a enregistrée à Brighton juste avant le concert. On est vraiment content du résultat. En tournée, les jours se suivent et se ressemblent, il y a toujours du temps à tuer… Et c’était cool d’utiliser ma tête.

Propos recueillis par Céline M. et Flavien.G


Site officiel
BRMC on Myspace

Live report du concert au Bataclan

chronique de « Beat The Devil’s Tattoo »

Lire aussi le l’interview et le live report de Spindrift
et la chronique de l’EP de ZAZA.



  1. Olivier on Samedi 19, 2010

    J’adore ces mecs, ils sont vraiment terre à terre, loin de toute la hype, ils ne font pas de considérations métaphysiques sur la société dans leurs interviews, ils parlent de leur boulot honnêtement, ils vivent le truc à fond sans se soucier du reste… La pure classe quoi!

  2. val on Samedi 19, 2010

    Totalement d’accord, attitude impeccable, ça fait 10 ans que ces mecs sont sur la route et qu’ils jouent 2h au moins à chaque concerts. Respect total et source d’inspiration.


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