Black Diamond Heavies + Left Lane Cruiser: Interview

La force vive du duo

Les Black Diamond Heavies et Left Lane Cruiser, les deux détonants duos blues rock du label Alive Records ont fait ensemble quelques dates explosives en France au mois de novembre. Pour Rock Times, ils ont répondu à quatre à une interview croisée exclusive.


Quand vous êtes-vous rencontrés ?
John Wesley Myers (Black Diamond Heavies) :
Au Blues Festival, en juin 2007.
Van Campbell (Black Diamond Heavies) : Mais on se connaissait musicalement avant ça. Notre ami Chris, qui organise le Deep Blues Festival à Minneapolis, nous avait dit que nous devions écouter Left Lane Cruiser de l’Indiana. Il nous a donné quelques titres gravés.
Joe Evans (Left Lane Cruiser) : Il a fait pareil pour nous. La première fois que nous l’avons rencontré, il nous a donné le premier album des Black Diamond Heavies.

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Black Diamond Heavies

Qu’est-ce qui vous a plu dans le groupe des autres ?
Joe :
Je ne voudrais pas avoir l’air ridicule, mais les Black Diamond Heavies ont été un peu comme une source d’inspiration, des grands frères, ils ont été notre modèle en matière de son brut. A chaque fois que nous les avons vus, ils nous ont dit toutes les choses que nous pouvions faire.

Des conseils ?
Joe :
Oui, exactement. Quand nous avons débuté, nous ne savions pas grand chose des concerts. Ils ont été comme nos mentors, enfin je ne sais pas si c’est le bon mot… nos gourous peut-être !
Brenn Beck (Left Lane Cruiser) : Ces mecs avaient environ trois ans d’avance sur nous. Nous avions très envie d’être sur Alive Records parce qu’ils y étaient. Tout ce qu’ils avaient fait, nous voulions le faire.

Avoir vos deux groupe sur le même label, ça vous rapproche ?
John :
Oui. Alive Records est un super label. Tous les groupes que Patrick [Boissel, ndr] signe ont quelque chose en commun, musicalement, mais aussi ce sont de vraies personnes, très cool, avec un bon esprit.

Avez-vous tourné ensemble parce que vous êtes sur le même label ?
John :
Le label était complètement favorable et nous a aidés financièrement pour que ce soit possible.
Brenn : Nous avons fait huit dates ensemble en janvier 2008 au nord-est des Etats-Unis, quand notre premier album est sorti chez Alive. Les Black Diamond Heavies étaient sur le point de sortir leur deuxième album : leur setlist comportait surtout de nouveaux morceaux.
Van : On jouait les morceaux qu’on venait d’enregistrer, c’était génial.

Que vous apporte d’autre le label Alive ?
John :
Un peu de prestige, je crois, parce que nous ne sommes pas les seuls à penser que c’est un label vraiment cool. Nous nous en rendons vraiment compte en Europe. Il y a de la bonne musique sur Alive, je pense que nous bénéficions un peu de cette bonne réputation.

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Left Lane Cruiser

Tournez-vous avec d’autres groupes du label ?
John : Nous avons pratiquement tourné avec tous les groupes d’Alive !
Van : Nous avons tourné avec SSM l’hiver dernier en Europe. SSM, c’est totalement différent de ce que nous faisons mais nous nous entendons très bien. Ils font de super concerts. Le fil rouge chez Alive, c’est la qualité. Patrick prend des groupes de tous genres. C’est ça qui est cool, quel que soit le groupe avec lequel nous tournons, nous trouvons un esprit de camaraderie et une bonne énergie.
Brenn : A chaque fois que nous sommes allés dans une ville où il y avait un groupe de chez Alive, nous avons joué avec eux : Radio Moscow, Brimstone Howl, The Buffalo Killers.

Vos deux groupes sont des duos : qu’apporte cette configuration ?
Van : C’est plus avantageux financièrement !
Joe : C’est plus simple pour se déplacer.
John : Je ne sais pas si tout ce que nous faisons serait possible si nous avions un membre supplémentaire dans le groupe, ne serait-ce que pour des questions d’emploi du temps.
Joe : Je pense qu’il n’y a pas d’inconvénient. Il faut bien s’entendre, c’est sûr, mais on ne serait pas en duo si ce n’était le cas. On fait en sorte que ça se passe bien : on n’a pas le choix !

Vous arrive-t-il de jouer avec d’autres personnes sur scène ?
Brenn :
Sam [l'ingé son, ndr] a joué de la batterie sur Pork n’ Beans pendant notre tournée !
Joe : A chaque fois que nous avons vu les Black Diamond Heavies en concert, il y avait quelqu’un avec eux sur scène.
John : Pour nous c’est facile car nous n’avons pas de guitariste et pardon, mais il y a toujours un putain de guitariste dans le public ! Ou quelqu’un pour jouer de l’harmonica.
Van : Le mieux c’est quand quelqu’un peut jouer des cuivres. On a fait un concert un fois à Dublin et un gars s’est pointé, assez vieux, du genre qui avait joué avec tout le monde, c’était un travesti. Il est monté sur scène pour jouer du sax sur deux chansons et c’était vraiment génial !

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A deux, c’est mieux

Quels sont vos bluesmen fétiches ?
Van :
Presque tout ce qu’il y a sur Fat Possum Records est très bon. C’est très brut comme Junior Kimbrough, R.L. Burnside…
John : Hound Dog Taylor, Jimi Hendrix, Howlin’ Wolf…
Joe : Muddy Waters, Charlie Patton, John Lee Hooker…
Van : T-Model Ford a 90 ans passés et il continue de tourner, c’est incroyable !
John : En Indiana, il y deux ans, ils l’ont presque achevé !
Joe  : Oui ! Il était venu pour un concert. T. aime vraiment le whisky. Il faut faire attention de ne pas trop lui en donner parce qu’il descendra tout ! Mais on ne le savait pas la première fois et tout le monde lui filait des verres et lui les vidait.
Brenn : Il faisait très chaud ce jour-là, l’air conditionné ne fonctionnait pas et la salle était bondée !
Joe : Il a fini par perdre connaissance mais dès qu’il a eu retrouvé ses esprits, il s’est écrié : « C’est l’heure du Jack Daniels ! ».
Brenn : Il ne s’arrêtait pas de jouer : pour l’arrêter, il faut le sortir de scène !
Joe : Nous devions jouer après lui ce soir-là et lui a joué au moins trois heures ! Finalement, nous n’avons pas été sur scène ! Et à 6 heures du matin le lendemain, nous avons été réveillés parce qu’il jouait sous le porche devant chez nous pour quelques voisins !
Van : Sa guitare est sa source d’énergie !

Vous faites des reprises de tous ces musiciens, est-ce dans la tradition blues ?
Brenn :
Oui, c’est une manière de leur rendre hommage.

Vous considérez-vous comme des bluesmen ?
Van :
Comparé à des gens comme T-Model, non.
Brenn : Nous n’avons pas vécu leurs vies. Mais il n’y a pas beaucoup de gens qui continuent de faire vivre ce son alors c’est ce qu’on essaye de faire. Tous les grands bluesmen disparaissent et ils tombent dans l’oubli. J’aimerais beaucoup que les enfants de ces maîtres du blues fassent perdurer la tradition comme John Lee Hooker Junior ou Cedric Burnside le font.

Avez-vous le sentiment d’appartenir à une scène différente de celle de groupes plus importants comme The White Stripes et The Black Keys ?
Tous :
Absolument !
Brenn : Partout où nous allons, nous parlons des Black Diamond Heavies et ces gens qui nous connaissent les connaissent aussi. Nous avons un public très loyal : quand nous jouons dans un endroit où nous avons été auparavant, les gens reviennent.
Joe : Notre scène est comme une famille. Les groupes plus importants sont plus… sophistiqués.

(aux Left Lane Cruiser) « All You Can Eat !! » a été produit par Jim Diamond, le producteur des deux premiers albums des White Stripes… n’est-ce pas sophistiqué ?
Joe :
Cet enfoiré de Jim est génial !
Brenn : Si tu voyais l’endroit tu ne dirais pas que c’est sophistiqué ! Son studio est dans un immeuble complètement délabré au milieu du ghetto à Detroit.

Qu’a-t-il apporté à l’album ?
Joe :
C’est la première fois que nous n’avons eu rien d’autre à faire que jouer, ce qui est exceptionnel pour un musicien en studio. D’habitude, il faut passer du temps à expliquer ce qu’on souhaite au mec qui enregistre le son. Jim a fait le mixage, il a tout fait ! C’était parfait. C’est un spécialiste du blues bien crade.

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(aux Black Diamond Heavies) « Alive As Fuck » vient de sortir, comment avez-vous appréhendé l’enregistrement d’un album live quand vos albums studios sonnent déjà live ?
John :
C’est vrai qu’en studio nous faisons des enregistrements live. Nous l’avons fait essentiellement pour les bruits du public.
Van : C’est un peu différent parce qu’en live on capture une énergie qu’on n’a pas forcément en studio.

Avez-vous mis tout le concert sur l’album ?
John :
Non. Le concert a duré longtemps, deux heures environ, et nous pensions pouvoir sélectionner les meilleurs morceaux. Mais ce foutu enregistreur a déconné : il marchait pour un morceau puis s’arrêtait pendant deux ou trois autres avant de reprendre. Nous n’avons eu que neuf titres au bout du compte. Nous avons donc utilisé ce que nous avions ! C’est très honnête en un sens ! Il y a des titres que nous n’aurions probablement pas choisis ! Mais ce n’est pas si mal parce que les neuf titres sont un mélange des deux albums et il y même un morceau que nous n’avions jamais enregistré auparavant.

(aux Left Lane Cruiser) Avez-vous aussi un projet d’album live ?
Joe :
Je pense que oui car Sam [toujours l'ingé son, ndr] a enregistré onze concerts pendant cette tournée et il fait un super boulot.

Propos recueillis par Céline M.

BBH+LLC

Black Diamond Heavies on Myspace
Left Lane Cruiser on Myspace
Alive Records

Voir aussi le live report et les photos du 28 novembre 2009,
la chronique de « Alive As Fuck »,
et la chronique de « All You Can Eat !! ».



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