Le fruit défendu
Les British d’Archie Bronson Outfit défendaient en tournée leur troisième album « Coconut », fruit de toutes leurs excentricités. Une occasion de rencontrer le frénétique mais flegmatique chanteur du trio, Sam Windett, sans ses atours de space Viking ou de momie, mais néanmoins vêtu d’une ceinture de perles aux couleurs de la pochette…
Parlons de « Coconut », votre nouvel album… Qu’est-ce qui a changé par rapport à « Derdang Derdang » ?
Il y a un changement évident dans la production, et dans le son. On avait décidé de faire un disque vraiment différent des deux précédents, on voulait une évolution. C’est quelque chose de réfléchi : il y a beaucoup de nouveaux instruments, des claviers, de synthés, des percussions, beaucoup plus d’effets sur les voix. « Coconut » est moins minimaliste, peut-être un peu plus progressif…
Avez-vous choisi votre producteur en fonction de ça ?
C’est notre label qui nous a suggéré Tim Goldsworthy. Et ça nous a semblé être un choix intéressant. On s’est d’abord rencontré plusieurs fois, on a échangé des disques, des compiles… Il n’a pas le même background musical que nous. On ne savait pas ce que ça donnerait de travailler avec lui, mais on savait que ce serait différent.
Aviez-vous en tête des idées précises ?
Rien n’était réellement défini car la plupart du temps, le meilleur vient quand on ne l’attend pas. On laisse une porte ouverte à la magie qui peut se produire en studio. Par exemple, le premier morceau de l’album, Magnetic Warrior, faisait 7 minutes à l’origine, avec une partie répétée tout du long. Nous sommes allés en studio pour enregistrer ce qu’on avait prévu et c’est après coup que nous avons su quoi supprimer et quoi ajouter. Nous avions une structure et des éléments pour chaque titre, mais nous voulions voir ce qui se passerait à l’enregistrement. C’était une approche nouvelle pour nous.
Où avez-vous enregistré ?
Principalement à Benton Harbour, Michigan, à deux heures au nord de Chicago. C’est là que les Kills ont fait leur dernier album. C’est un endroit étrange, une espèce de ville fantôme. Il y avait une industrie florissante qui a été délocalisée en Asie dans les années 80-90. La région a été désertée et est devenue très pauvre. Il y règne une atmosphère très particulière.
Est-ce que cette atmosphère a eu une influence sur votre musique ?
D’une certaine manière oui, ce sont des choses qui nous ont touchés inconsciemment, c’est un sentiment qui t’envahit, mais je ne sais pas à quel point ça se retrouve dans la musique.
C’était déprimant ?
Non. La région bouge : des artistes s’y sont installés, il y a le studio. Des gens essayent de la faire revivre… La ville est moche et délabrée, mais elle est aussi située sur la rive d’un des grands lacs et c’est magnifique.
Mark, le batteur, a dit qu’avec cet album vous cherchiez le son du XXIème siècle, qu’en penses-tu ?
Je ne sais pas… il a dit ça ?! On ne cherchait pas spécialement à faire un disque de rupture. C’est un casse-tête de faire de la musique qui sonne moderne ou XXIème siècle quand les sons et les instruments qui nous influencent viennent du passé.
Shark’s Tooth, acide vicieux
Quels groupes vous inspirent ?
Comme beaucoup de gens, on aime énormément de trucs des années 60 et 70, et aussi des années 80. Pendant qu’on travaillait sur l’album, on écoutait les Cramps, Silver Apples, Kraftwerk, Chuck Berry, John Lennon. De la musique plus récente aussi, des trucs punky comme ESG, Liquid Liquid, ou plus dance…
Ecoutes-tu des groupes psychédéliques actuels ?
Oui. Je trouve The Wooden Shjips très bons. Ils viennent de San Francisco, c’est une espèce de psyché-prog. Les Comets on Fire de San Francisco, Health de Los Angeles… Il y a tellement de nouvelles choses à découvrir, mais j’achète assez peu de cd récents.
Dirais-tu que la musique de Archie Bronson Outfit est psychédélique ?
Oui, je pense que rock pysché pourrait être une définition acceptable, mais c’est plus complexe que ça. Notre musique est un peu dance, parfois un peu krautrock. En live, notre son est parfois très heavy… C’est dur à dire.
Quand « Derdang Derdang » est sorti, vous avez été catalogués blues rock… ça ne semblait pas très approprié…
C’est aussi ce qu’on s’est dit. On a toujours aimé les groupes de blues garage, mais on ne s’est jamais considéré comme tel. C’est peut-être aussi ce qui nous a poussés vers un son vraiment pas blues du tout. C’était un peu facile de nous coller cette étiquette.
Pour « Coconut », vous avez réalisé une vidéo pour chaque chanson de l’album, cela a-t-il un lien avec vos études en art ?
Non, pas vraiment. C’est juste quelque chose qu’on aime faire. Pour les autres albums aussi nous avions fait nous-mêmes la plupart des vidéos et nous souhaitions recommencer. Entre temps, Mark et Dorian ont travaillé sur des vidéos pour un autre groupe…
L’autre groupe, c’est Joe Gideon & The Shark ?
Oui, et du coup, ils avaient très envie de continuer sur leur lancée. Il se trouve que nous avions du temps avant la sortie de « Coconut » car Domino avait d’autres albums à faire sortir avant le nôtre. Les paroles sont un peu plus abstraites et mystérieuses sur cet album, elles ne racontent pas d’histoire. Les images sont donc un moyen d’entrer dans la chanson.
Avez-vous cherché à écrire des paroles surréalistes ?
Pas nécessairement, mais plus que sur les albums précédents. Nous y avons mis plus de distance, moins de sentiment. Elles sont venues après tout le reste car c’est souvent le rythme qui a été à l’origine de nos morceaux. Nous voulions que les mots se coulent dans la musique. Mark écrit beaucoup, puis nous adaptons ses textes, les coupons en nous soucions finalement plus du rythme des mots que de leur sens. Parfois, le résultat signifie quelque chose, parfois non. Mais je crois que les vidéos aident à éclaircir les textes.
A l’occasion de la sortie, le 28 juin 2010, de Hoola en single, une vidéo de promo a été mise en ligne à la place du clip initial, mais il y est toujours question d’un cerveau…
Donc, le cerveau qui survole Londres dans la vidéo de Hoola donne du sens à la chanson ?
Dorian a trouvé le cerveau sur ebay ! Ça vient d’une nouvelle de science-fiction qui s’appelle « The Red Brain », d’un auteur polonais dont le nom m’échappe et qui parle d’un cerveau rouge qui engloutit l’univers. Ça n’a rien à voir avec les paroles de la chanson en question, mais quand on a des images et de la musique, le sens des mots n’a pas tant d’importance, ce qui compte c’est ce qu’on ressent.
La pièce où vous vous filmez, avec de l’aluminium aux murs, revient souvent dans vos vidéos et dans celles de Joe Gideon & The Shark…
Très perspicace ! Ça se voit tant que ça ? Il s’agit d’une salle de répétition. Pour chaque vidéo, nous n’avions qu’une centaines de livres à dépenser donc on a fait avec les moyens du bord. Mais je trouve ça amusant, si on aime les deux groupes, de se rendre compte que les vidéos ont été filmées au même endroit.
On est un peu nostalgiques de l’époque des premiers clips bricolés qui passaient sur MTV, réalisés avec la caméra d’un ami. Ces vidéos étaient très créatives… Maintenant, les gens dépensent des milliers pour ça.
Alors que vous, vous préférez vous filmer déguisés en momies, comme pour Wild Strawberries !
Exactement. Il y a un bon groupe qui s’appelle The Mummies, qui se déguisait comme ça. On l’a fait un peu en leur honneur. Et on s’est beaucoup amusé : à partir du moment où on a les idées, il faut se lancer !
Wild Strawberries, hommage aux Mummies
Pourquoi « Coconut » ?
C’est tiré d’une des chansons. On a trouvé ça adapté parce c’est un album dans lequel il est dur d’entrer. Plusieurs chansons ne sont pas faciles à écouter, mais il y a de bons passages. De même, c’est dur de briser une noix de coco, mais il y a du lait à l’intérieur !
Et puis ça nous plaisait de nommer l’album d’après un objet aussi con qu’une noix de coco au lieu de choisir un titre poétique et grandiloquent.
Propos recueillis par Céline M.
Site officiel (pour s’offrir la ceinture ABO)
Archie Bronson Outfit on Myspace
Lire aussi la chronique de « Coconut » et le live report du 14 avril 2010 à la Maroquinerie.
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Les compagnons de jeu Joe Gideon & The Shark, Civilisation







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