Aqua Nebula Oscillator : Interview

Rock’n’roll, vapeurs mauves et distorsion

Sans langue de bois, Sphaèr’os (guitariste) et Shazzula (chanteuse) prennent quelques minutes pour répondre aux questions de Rock Times. Âmes sensibles s’abstenir. Les membres d’Aqua Nebula Oscillator sont des « black blocs », en route vers une révolution musicale.

« Under The Moon Of Aqua Nebula Oscillator » (ANO, ndlr) est le nom de votre deuxième disque. Qu’est-ce que vos auditeurs vont pouvoir trouver sous ce satellite ?
Sphaèr’os :
Rock’n’roll, vapeurs mauves et distorsion.

Pochette noire agrémentée de couleurs héritées du « psychédélisme », à l’extérieur ; rite vaudou et écriture gothique à l’intérieur. Qui sont les membres d’Aqua Nebula Oscillator ?
Sphaèr’os :
Aqua Nebula Oscillator a déjà connu quatre formations différentes. Les seuls qui sont là depuis le début sont Simon (bassiste) et moi-même. Les gens changent, prennent d’autres directions. Les musiciens qui jouent dans ANO doivent nourrir une passion quasi religieuse pour le rock’n’roll, le psychédélisme et le dépassement de soi. Quand ils ne sont plus intéressés par tout cela, et bien dehors, qu’ils aillent voir ailleurs. Sorry, there is no time…

On parle d’Aqua Nebula Oscillator comme d’une formation « punkadelik ». Est-ce juste ? Quelle est, selon vous, la meilleure définition de ce courant ?
Sphaèr’os :
Le punkadelik est tiré du groupe Funkadélik. Nous faisons du punk, des ondes psychédéliques énergiques et distordues pour essayer de réveiller les gens qui s’endorment trop dans cette époque de merde. Fuck the pop, fuck the electro and the techno ! Bullshit ! Finies les machines à laver et les voix mielleuses : il est temps de se réveiller, non ?
Shazzula : Le punkadelik, un courant ? A mon avis, nous appelons punkadelik tous les sons à consonance « acide », tel un mélange de psychédélisme et de punk, comme celui de notre deuxième disque. En gros, nous jouons du lourd, du barré. Et contrairement à David, moi j’aime la musique électronique. Quoiqu’il apprécie aussi Bruce Haack.

Pouvez-vous nous parler de la réalisation de ce second disque ?
Sphaèr’os :
Nous sommes rentrés en studio pendant deux jours et nous avons enregistré dix heures par jour. Nous nous sommes aperçus que le résultat était très douteux. Donc nous avons organisé un concert-enregistrement car nous avons besoin des gens, de la nuit, de poussière d’étoiles, d’alcool… Personnellement, je suis très mauvais musicien. Et si je joue de la musique, c’est dans le but de délivrer un message, d’entrer en transe. Pour ça, nous avons besoin de conditions particulières. Mais je ne suis pas content du son de l’album. Si ça ne tenait qu’à moi, j’aurais préféré quelque chose de beaucoup plus agressif, sale, chaud et passé dans des vieilles boîtes à lampes avec des micros des années 1930, comme les vieux disques de blues.
Shazzula : Nous pouvons remercier Arthur Peschaud [créateur de Pan European Recording, ndr] qui soutient ce projet. Je suis assez contente. Nous allons enfin jouer dans des événements tels que le Yellowstock (Belgique), le Festival « Occult Trance » (Belgique), le « Dunajam » (Sardaigne). Et cela grâce à ce deuxième disque ! Faut se mettre au troisième !

Votre musique est-elle improvisée ou chaque détail est-il pensé et travaillé ?
Sphaèr’os :
C’est un mélange de tout, composé, improvisé mais surtout pas travaillé. Je suis allergique au mot travail et la musique n’est pas un travail. C’est un rêve, une façon de penser les mondes parallèles et imaginaires.

On a parlé de vous comme de « hippies gothiques » et l’on accorde une grande part de mystique ou un caractère quasi chamanique à votre musique. Qu’en pensez-vous ?
Sphaèr’os :
Pour moi, hippie correspond à Mamas and Papas… Fuck off ! J’ai toujours été fan des Speed Freaks comme de MC5, de Motörhead ou de 13th Floor Elevators ; des révolutionnaires qui prennent une guitare plutôt qu’un flingue. Pour ce qui est de notre musique, chaque concert est différent. Ils peuvent être chamaniques comme merdiques. Ça dépend de notre forme, de la manière dont nous perçoivent les gens dans la salle. Concernant le gothique, les seuls vrais gothiques que je connaisse sont Vlad l’Empaleur, Erzébeth Bathory ou Gilles de Rais. Les autres, qu’ils se pendent avec leurs boots en métal. Maintenant, tout le monde se dit chaman, psychédélique ou  gothique. C’est une mode. Je trouve ça ridicule.
Shazzula : Nous faisons partie du mouvement pré apocalyptique ; le mouvement du triangle et du troisième œil.

L’un des membres de votre label « Pan European Recording », a déclaré, il y a quelques années, que « le marché français vomit une musique standardisée ». Est-ce votre impression aussi ? Aqua Nebula Oscillator est-il un groupe qui revendique quelque chose, d’un point de vue artistique par exemple ?
Sphaèr’os :
Je revendique le droit à la liberté absolue, au voyage spatial, au chaos, de jouer mal, fort et désaccordé et que ça plaise aux gens. Voilà ma revendication artistique.

Vous êtes partis en tournée en Europe de l’Est. Pourquoi cette direction ? Vous sentez-vous proches des mouvements musicaux allemands ; du « krautrock » par exemple, courant où se sont distingués Amon Düül, Neu, Ash Ra Tempel, etc. ?
Sphaèr’os :
Je suis ultra fan des groupes comme Guru Guru mais aussi des Deviants, Fifty Foot Hose, Sam Gopal, Arzachel, Silver Apples, etc. Il y en a dans le monde entier et pas seulement en Allemagne. Dans l’Est, les gens sont restés comme dans les années 1970 et n’écoutent quasiment que du rock.
Shazzula : Je n’étais pas sur leur super tournée libertaire dans l’Est… Le plus à l’Est où nous ayons joué est Berlin. C’était super bien. J’aime énormément la « kosmische musik », Embryo (avec qui nous allons jouer au Yellowstock), Kraftwerk, Neu, Ash Ra, j’adore… Mes préférés sont Cosmic Jokers, Kluster&Cluster, Amon Düül, My Solid Ground, Tangerine Dream.

Quels sont vos projets désormais ?
Sphaèr’os :
Faire un troisième album avec ANO. J’ai aussi un nouveau groupe ultra tripant Os’sphaèratu dans lequel nous faisons du space rock très rapide et radical, toujours pour réveiller les âmes perdues et nous avec.

Croyez-vous à un retour du psychédélisme ?
Sphaèr’os :
Le psychédélisme existe depuis la nuit des temps. Toutes les religions, fables et légendes viennent de là et ça n’est pas prêt de s’arrêter. C’est infini. Les gens passent et le psychédélisme reste. C’est un être à part entière. Il est indestructible.
Shazzula : Le psychédélisme n’est pas mort. Les humains sont juste passés à autre chose. Le revival, c’est un peu comme le Père Noël ou la mode : je ne l’aime pas… enfin ça me passe au-dessus. En revanche, la nouvelle génération est ultra perceptive. Elle capte tout et très rapidement, sans doute grâce aux informations, aux ondes. Tout part dans tous les sens et à très grande vitesse. Les jeunes ne sont pas dupes : c’est ca que j’aime.

Propos recueillis par Lilian Maurin

Aqua Nebula Oscillator on Myspace

Voir aussi la chronique de « Under The Moon Of Aqua Nebula Oscillator »



  1. Lorenzo on Samedi 6, 2010

    J’attends ce troisième disque avec impatience… Excellente continuation.


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