Age tendre et gueule de bois
Yoann Lemoine est un de ces types à qui tout sourit. Ce photographe français, qui à 28 ans a déjà réalisé des clips pour Moby, Katy Perry ou une campagne télévisée pour l’association AIDES, s’essaie aujourd’hui à la composition. Assurément, la transformation est réussie. Ne l’appelez plus Yoann : Woodkid sort son premier EP et par la même occasion une des plus belles surprises de cette première moitié 2011.
Des reconversions comme celle de Yoann Lemoine, on en voudrait toutes les semaines. Combien d’acteurs, de réalisateurs, d’écrivains ont trébuché au moment de mettre en musique les pensées qui nous faisaient vibrer sur leur support d’origine ? Et combien de musiciens sont allés se ridiculiser devant la caméra, ou une plume à la main ? Le mélange des genres est un exercice aussi tentant que périlleux. Les quatre morceaux d’ « Iron » laissent à penser que Yoann Lemoine est devenu Woodkid comme d’autres se mettent à la course à pied : un dimanche matin parce qu’il fait beau, pour se changer les idées.
Car là où beaucoup adoptent une posture souvent casse-gueule, Woodkid livre un EP récréatif qui transpire l’authenticité, même à travers les tambours martiaux et les cuivres galvanisants de l’ouverture éponyme, Iron. Le premier morceau, épique, se place à mi-chemin entre le We Want War de These New Puritans et le folk hypersensible d’Antony et claque dans l’air avec une allure et une classe qu’on n’avait plus entendues depuis longtemps en France. On n’est jamais mieux servi que par soi même : Yoann Lemoine respecte l’adage et a réalisé un clip pour Woodkid, dont l’esthétisme exacerbé a assuré à l’artiste une popularité express.
Un premier succès en poche, il aurait été facile et écœurant de verser dans l’outrance de cette introduction. Woodkid mesure ses prétentions et parvient à ne pas déraper vers le pompier ou le pompeux, en s’ouvrant au fil des trois balades qui complètent ce court. Dès Brooklyn, il dépouille sa musique pour ne raconter qu’au son d’une guitare acoustique une love-story transatlantique : la voix est posée, la progression harmonique astucieuse et nous, convaincus.
Comme si dévoiler ces deux facettes, brillantes, de son talent ne suffisait pas, c’est au piano que le nouveau musicien conclut « Iron », et c’est finalement là qu’il livre ses chansons les plus solides. Baltimore’s Butterflies démarre sur le battement d’ailes d’arpèges délicats pour s’emballer dans un orage de cuivres lancinants tandis que les basses de Wastelands rythment cette balade chaloupée jusqu’à une conclusion foisonnante et produite avec précision, où les niveaux et panoramiques donnent à chaque instrument la présence qu’il mérite.
Après une série de concerts avec les compatriotes The Shoes, Woodkid s’est attelé à finir son album. S’il y consacre la même légèreté dans la composition et la même précision dans les arrangements, c’est sûr, l’album fera date dans l’histoire de la pop française. Woodkid envoie du bois.
Jean-Philippe Régnier
Woodkid, « Iron », Green United Music
Site officiel de Yoann Lemoine



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