The Tamborines<br />« Camera & Tremor »

La pop des temps bourrins

A quand remonte la première fois qu’on a entendu parler des Tamborines ? C’était il y a longtemps, pour sûr, et leur patronyme devait y être pour quelque chose… Mais autant le dire, on n’attendait pas vraiment d’album, on n’y pensait même pas. Il y avait bien eu quelques singles, chez eux en Grande Bretagne, et Come Together et Sally O’Gannon ronronnaient sur leur Myspace. La fameuse galère du groupe « indé »…

Et ils auraient bien pu y rester, disparaître aussi vite (on pense à leurs défunts homologues de People’s Revolutionary Choir, il y a de ça deux ans). Mais voilà, les bien-nommés Tamborines sortent leur « debut » album, « Camera & Tremor ». Le premier, celui qui pèse lourd et où l’on met tant de soi qu’on y laisse forcément des plumes, celui qu’on accouche dans la douleur, un bras de fer avec le temps. Les Tamborines sont deux : Lulu Grave, la brune, aux claviers et, bien sûr, au tambourin ; et Henrique Laurindo, le brun, chant, guitare et fuzz. La formule duo, ou comment survivre à Londres, enregistrer à la maison et finalement sortir le disque en autoproduction sur leur propre label : Beat-Mo.

Talent mélodique et fuzz sous le pied : des guitares sales comme celles des aïeux shoegaze anglais, My Bloody Valentine, The Jesus And Mary Chain, Ride, et on pense parfois au Velvet évidemment (The Great Division)… Les mélodies sont fines et les arrangements bien vus, d’un bout à l’autre, la saturation en sus : délicatesse assumée et prétentions rock. Come Together et Sally O’Gannon les fameux singles sont faits dans une parfaite pop psychédélique. 31st Floor, l’ouverture a quelque chose de Singapore Sling, en moins glacial, moins islandais, moins misanthrope. Et What Took You So Long les voit plutôt s’approcher du son de Grandaddy qui, on s’en souvient, n’avait pas son pareil pour poser un chant atmosphérique sur une rythmique brute.
Les guitares sont donc trempées dans la fuzz, mais pas toujours, Naissance De La Folie, derrière son titre mystérieux, se perd agréablement dans un océan sensoriel et mélancolique entre houle acoustique et vagues d’orgue. Sally O’Gannon lance des salves de synthé à la manière des Dandy Warhols des débuts, mais le groupe est également capable d’aller jusque dans un grunge mordant façon nineties et Let Me Down est digne de Sonic Youth. Si les paroles ne sont jamais très gaies, le duo ne sombre jamais dans l’apitoiement, tout appliqué qu’il est à son propos pop. Sur Looking Glass House, la guitare charrie carrément quatre tonnes de fuzz, survolée par le clavier : guitare lourde et orgue clair, c’est le sacerdoce des Tamborines et reconnaissons-le, cela fonctionne au-delà des espérances.

Lulu Grave et Henrique Laurindo sont les Tamborines et ils ont sorti un disque. Ils sont un groupe indépendant et puisque plus personne ne croit aux miracles, ils le resteront probablement, dans l’ombre et dans leur univers en noir et blanc. Mais ils l’ont fait : « Camera & Tremor », profitons-en.

Flavien Giraud


The Tamborines, « Camera & Tremor », Beat-Mo

Site officiel
The Tamborines on Myspace

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31st Floor

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Come Together

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Sally O’Gannon



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