Under pressure
Qu’il était attendu ce nouveau Kills ! Maintenant que leur notoriété est au top, que la Mosshart fait partie de la bande à ’Jacques’ White et que mister Hince fricote dans les hautes sphères avec Kate Moss, on parle d’eux comme jamais, pas toujours de musique… C’est la fête du slip, du soutif – ils ont joué pour un défilé de lingerie –, que sais-je encore, mais jusqu’ici leur reprise de « Pale Blue Eyes », pour une célèbre marque de jean’s, n’avait donné que peu de grain à moudre…
Ça glose donc, et ça disserte sur la paire. Mosshart et Hince sont arrivés à un moment charnière : que reste-t-il des Kills ? Que leur reste-t-il ? Auréolé d’une aura jamais démentie, devenu un groupe qui compte, proie des paparazzis, courtisé par le monde de la mode, le duo, longtemps dans sa bulle, est maintenant assis sur une confortable hype (on parle d’understream paraît-il). En 2008, leur troisième, « Midnight Boom » leur a offert respectabilité et succès ; les deux premiers, « Keep On Your Mean Side » (2002) et « No Wow » (2005), étaient les brûlots sans concession d’un jeune duo capiteux, seul contre le reste du monde. Chéri par ses fans, troublant les critiques.
Quel enjeu, lorsqu’on n’a plus rien à prouver ? Quid de la viabilité de la formule boucles-boîte-à-rythmes/alchimie-tension/Hotel-VV ? L’Anglais et l’Américaine n’ont plus vingt ans, ont une histoire et vivent leur vie. Fut un temps, The Kills était leur vie. Pas simple au bout de dix ans, pour un groupe né sur les cendres d’un minimalisme blues, le duo comme mode de survie. Depuis, miss Mosshart s’est transformée en machine de guerre au contact de Jack White, ce qui la rend malheureusement moins fascinante, moins intrigante. Il n’y a qu’à se replonger dans les photos et enregistrements de l’époque : mi-adolescente fragile mi-enfant sauvage, Alison était un animal blessé, dont les feulements spontanés sortant d’on-ne-sait-où dressaient le poil. Aujourd’hui c’est une femme fatale, sûre d’elle, sur scène comme dans son jardin, qui haranguerait un troupeau de taureaux, clope au bec et pose lascive.
Comment vont-ils pouvoir continuer d’exciter ? D’exister ? Il y en aura de toute évidence pour les défendre bec et ongles, d’autres pour crier à la trahison, pour dire qu’en fait de mean side, le groupe a bel et bien viré main stream, et d’autres pour se plaindre qu’on tourne en rond. Bref, la partie semble un peu jouée d’avance. Et puis on a changé de décennie entre temps…
Satellite
Exsangues. De fait, « Blood Pressures » ne surprend pas – is this le hic docteur ? –, sent simplement moins le tabac froid, le soufre et les douleurs nocturnes. Future Starts Slow reprend les choses où « Midnight Boom » les avait laissées. The Kills, quatrième du nom : VV, Hotel, guitare mutante, rythmiques qui brusquent… Mais annonce aussi le ton plus mélodique de ce nouveau disque. Avec des chœurs, des harmonies à foison… comme dans le single Satellite. Des Kills pop ? Partout se glissent encore les géniales trouvailles et magouilles de studio de Hince, comme cette balle de ping-pong sur Heart Is A Beating Drum (mais comment diable personne n’y a-t-il pensé avant ?!). La musique des Kills jadis décharnée et habitée, se voit plus habillée, mais un peu désincarnée. Ou peut-être a-t-on seulement moins envie d’y croire.
Agaçante, Nail In My Coffin a dû atterrir par erreur dans ce disque : intro à la Dead Weather, Mosshart maniérée qui chante comme dans son second groupe, avec une patate chaude dans la bouche plutôt qu’avec ses tripes ; et de toute façon, les « ohoh » sont gonflants, ceux de Satellite suffisaient largement. Wild Charms, au contraire, surprend en intermède so british, où Hince s’offre son tea-time avec les Beatles. DNA est une vraie réussite ; de bonne composition, avec sa guitare aux lignes retro. Plus loin Pots And Pans renoue avec l’âpreté blues de leurs meilleurs, cette moiteur torride. Mais c’est justement ce qui manque à cet album, la rudesse rugueuse qui distinguait le duo. Dans l’ensemble, tout cela sonne moins sauvage que par le passé, Baby Says assure le rôle du morceau joli, un peu sale mais irrésistible. Las, derrière, Last Goodbye tourne au mélo, Alison chante une sorte de sad soul sur son vieux clavier sourd sur tapis de cordes. Beau mais poussif.
Usure, routine, savoir-faire, pression, tout était fait pour que les Kills se plantent. Ce qui n’est certes pas le cas, mais les symptômes sont là. Qu’importe, il y a fort à parier que le succès soit au rendez-vous, et il y en aura pour danser sur You Don’t Own The Road en préparant leur barbecue l’été prochain.
Car dans l’absolu, la plupart de ces morceaux se tiennent. Mais « Blood Pressures » sonne en deçà de ses prédécesseurs, c’est comme ça. Quand on sait de quel rock teigneux les Kills sont capables, celui-ci semble ne jamais atteindre le point de rupture. Non « Blood Pressures » n’est même pas un mauvais album, c’est juste qu’il passe après les autres… Et n’est pas le chef-d’œuvre attendu, pour en finir avec les années zéro et faire partie des grands disques d’ouverture de ces foutues années dix.
F.G.
The Kills, « Blood Pressures », Domino Records
Site Officiel
The Kills on Myspace



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