Flown so high
Deuxième album pour les fameux Flying Eyes, « Done So Wrong », pour s’assurer que leur premier ne finirait pas dans les étagères côté pétards mouillés, mais que le quatuor de Baltimore sera bien de ceux avec qui il va falloir compter. Le groupe cultive ici son identité et ses racines, sans se laisser prendre en défaut.
Le premier album des Flying Eyes flirtait bien sûr avec l’héritage des Doors, à base de blues psychédélique, mais réussissait à ne jamais se perdre, montrant des aptitudes à construire de bons morceaux excitants au long d’un disque plutôt bien foutu pour un premier, quoi que pas parfait (des backing vocals un peu expédiés ?). Ce nouvel effort montre un groupe qui en a à revendre : les quatre garçons se jettent à corps perdus dans leurs influences heavy seventies et livrent un disque plus sombre, plus dense.
Will Kelly continue de troubler en clone de Morrison, la même harangue écorchée, virile et colérique. Bénédiction d’avoir été doté d’une voix, malédiction qui le verra toujours comparé au demi-dieu au timbre d’airain et à la peau de lézard, aux pants de cuir et à la ceinture de conques. Mais écoute après écoute, rien n’empêche de passer outre. A la guitare en chef, Adam Bufano a le riff sûr et lourd. Et de nouveau, la pochette signée Kiryk Drewinski est remarquablement soignée, jouant allègrement avec les codes du genre.
Bien fait. Première secousse, Death Don’t Make Me Cry est un appel du pied vers le stoner fuzz de Dead Meadow, avec ses giclées de wha-wha bestiale, quand Clouded évoquerait le prog de Black Mountain. Black Angels, Brian Jonestown Massacre (Sundrop) et consorts sont toujours au rayon des influences perceptibles au détour d’un break, d’une guitare, d’une atmosphère. Mais le groupe a indéniablement fait des progrès, Poison The Well mêle groove rythmique et guitares psychédéliques, et Heavy Heart, instrumentale lourde et désespérée, impressionne avec pas grand-chose, façon post-rock apocalyptique. Une voix féminine discrète vient avantageusement doubler quelques refrains sur Clouded et l’aride Overboard.
Done So Wrong, la chanson titre, s’ouvre comme une divagation floydienne avant de durcir méchamment le propos au long de sept minutes épiques, poursuivie à vive allure par l’inquiétant Greed. Enfin, Leave It All Behind tente une sortie quasi-hippie : acoustique, banjo, harmonica et harmonies, comme si leurs chères seventies n’avaient pas totalement tué les sixties, même si chacun sait « qu’il n’y a nulle-part où aller ».
Au-delà des comparaisons flatteuses, les Flying Eyes assument leur héritage, et professent un heavy psyché confirmant et la tendance, et l’espoir placé dans cette jeune formation de Baltimore. Avec « Done So Wrong », les Flying Eyes prennent leur destin en main et écrivent leur histoire, sous nos yeux, maintenant.
Flavien Giraud
The Flying Eyes, « Done So Wrong », Trip In Time/World In Sound
Site officiel
The Flying Eyes on Myspace
Lire aussi la chronique du premier album des Flying Eyes
Death Don’t Make Me Cry (live)




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