The Doors, « When You’re Strange » de Tom DiCillo

Morrison le glas

L’histoire est la même, mais les images sont d’époque. Après la controversée reconstitution signée Oliver Stone où Val Kilmer s’y croyait grave, des docus télé – un machin vu il n’y a pas si longtemps supposé élucider le Cluedo « Morrison, dans la salle de bain, avec la baignoire » – et une abondante littérature dédiée au mythe, voici donc le documentaire « officiel », celui qui doit montrer les choses telles qu’elles ont été.

Car l’histoire est la même, mais les images sont d’époque, donc. Tom DiCillo, le réalisateur, a pris le parti plutôt pertinent de ne monter et montrer que des extraits filmés durant la courte et fulgurante ascension des Doors. Et d’éviter ainsi l’agaçant écueil du défilé des momies et des commentaires complaisants. Les images d’archives sont entrecoupées de séquences plus ou moins inédites montrant Morrison traversant le désert dans une belle bagnole pour un film-concept-sans-scénario jamais sorti. Et les commentaires sont religieusement récités par Jack Sparrow. Oui, c’est ça, Johnny Depp ; ce qui est mieux que Christophe Hondelatte.

Densmore médite, Manzarek philosophe, Morrison filme et Krieger flingue !

Le film est pudique mais pas trop, écornant le rocker-poète juste ce qu’il faut pour lui donner du relief et rappeler le tragique destin de cet Adonis à travers la dope, l’alcool et la solitude, pendant que ses petits camarades s’adonnaient à la méditation. Sans trop s’étendre sur cette fatidique nuit parisienne du 3 juillet 1971 où Morrison s’est arrêté de vivre, à quoi bon ? là n’est pas le propos. Non, en fait, le principal mérite du film est de montrer Morrison sourire, oui, une vraie banane, ce qui n’est pas si courant. Sans oublier non plus de rendre à Robby Krieger ce qui lui appartient, à savoir la paternité d’une partie non négligeable des plus grands succès du groupe. Et à Ray Manzarek ce son unique à base de basses au Fender Rhodes et de pluies d’orgues Vox acides. Car jusqu’à preuve du contraire, c’est encore les trois autres qui, derrière, assuraient la musique. Morrison captivaient les foules, Manzarek, Krieger et Densmore se chargeaient de le mettre sur orbite – et de tenir la barre envers et contre tout, malgré l’instabilité du front-man.

Jim, son public et son sourire

Oh bien sûr, on n’échappe pas aux images d’Épinal et Morrison demeure et restera une machine à fantasmes. La rock star ultime capable de mettre en chaleur des hordes de fans transies en moins de temps qu’il faut pour le dire. Les cheveux en cascade, le regard défiant la Terre entière, les futals en cuir… Oui ! Quiconque depuis 1971 et jusqu’à aujourd’hui ose se présenter dans un putain de fut’ en cuir semble crier haut et fort : « moi et les locataires de ce vêtement de peau prêtons solennellement allégeance à Saint Jim ». Et puis qui n’a jamais rêvé de troquer sa banale ceinture contre les conques d’argent de Morrison. Mais trêve de philosophie vestimentaire.

Là où le film de DiCillo pèche un peu, c’est qu’en une heure et demie, le sujet est à peine effleuré, le portrait à peine brossé. Tout juste le temps d’esquisser les caractères des protagonistes, de rapporter les faits principaux, les concerts foireux et quelques chiffres mollement rappelés par Depp, 6 albums en 54 mois, certains bouclés en moins d’une semaine et écoulés par millions, rien que ça…

En fin de compte, comme beaucoup d’autres dans le genre, « When You’re Strange » montre surtout combien les temps ont changé. Combien de siècles se sont écoulés depuis ? C’était le bon temps, celui de Jim, la guerre se passait alors au Vietnam et les hippies d’Amérique faisaient paraît-il peur aux puissants. Autre chose que maintenant. Alors on ne va pas bouder son plaisir… « Goodbye Jim ».

Flavien.G

Site officiel

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  1. paul on Jeudi 17, 2010

    Hiii je l’ai vu il y a longtemps au fest de Deauville 2009. Pudique, sincère et simplement rock comme a pu l’être The Doors. Rock-Times se lance dans le reporting de l’actu cinérock!!? Cool.


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