The Brian Jonestown Massacre<br/>« Who Killed Sgt. Pepper ? »

Docteur Anton et Mister Newcombe

Deux ans après le déroutant « My Bloody Underground », les divagations d’Anton « Fjordson » Newcombe trouvent leur suite logique dans « Who Killed Sgt. Pepper ? », apocalyptique, expérimental, lorgnant vers une new wave dévoyée. Quitte à larguer au passage un contingent de fans agacés, pourtant prévenus qu’il ne faut « jamais s’attacher émotionnellement ».

Qu’attendre en 2010 du Brian Jonestown Massacre ? Qu’attendre d’un groupe de près de vingt ans d’existence, à l’indéniable influence, mais dont l’âge d’or est derrière ? Qu’attendre d’un groupe dont on ne sait jamais trop qui compose le personnel et quand, mais sur lequel on continue de se faire rebattre les oreilles avec la même mythologie et toujours le même film. Pourtant le temps passe et Anton Newcombe poursuit son chemin.
Enregistré entre Reykjavík, Londres et Berlin, « Who Killed Sgt. Pepper ? » (Anton excelle définitivement dans l’art du titre en forme de clin d’œil aux héros d’antan) est un album d’hybridation et de brassage. Mister Newcombe invite désormais ses amis islandais, russes, (bientôt moldaves ?) à venir chanter sur ses disques. Et ici sous une pochette blanche montrant Sgt. Jésus martyr avec sa couronne d’épine, façon 3D rouge et vert, comme si la souffrance, le trouble et le désespoir étaient à la base de toute l’histoire…

Dangereux niveaux de sobriété. Déjà présent sur l’EP « Smoking Acid » l’année dernière, l’instrumental Tempo 116.7, donne dans l’orientalisme technoïde, avec percus, synthés, et déborde de sonorités planquées dans un mixage au moins aussi bordélique que sur « My Bloody Underground » (2007). Les choses sérieuses commencent avec Þungur Hnífur une chevauchée sauvage islandaise, franchement rock, franchement destroy, folie furieuse obstinée et la batterie prend des coups donnés pour faire mal. Let’s go Fucking Mental pointe en troisième position et n’était donc pas qu’un délire scénique de leur dernière tournée mais une « chanson » en devenir (et l’est peut-être encore…). Sale et délétère, elle sonne autant comme un chant hooligan que comme une métaphore sur la dégénérescence de l’espèce (ne ratez pas le clip Lego Fucking Mental, film de zombies en Lego réalisé en stop motion). Après le flottant White Music à l’ambiance de féérie gothique propice à voir des lapins blancs, This Is The First Of Your Last Warning démarre à la manière synthétique des Dandy Warhols dans leurs dernières pérégrinations pour muer en une espèce de ‘cold dance’ islandaise avec chœurs féminins. This Is The One Thing We Didn’t Want To Have Happen sample allègrement Joy Division et erre le long d’une ligne de drone percutée de giclées de guitares souffrantes. Brutal, violent et chaotique.

Brian Jonesdance Massacre. The One surprend, synthétique à souhait, et surfe à son tour du côté de la new wave perturbée des eighties, avant qu’une guitare (saturée s’entend) ne vienne à nouveau mettre le foutoir. Les rythmes de batterie semblent être la nouvelle obsession de Newcombe, voire le point de départ de certaine de ces pièces, comme Someplace Else Unknown, sourd et tribal, avec profusion de claps. Concernant Detka ! Detka ! Detka !, vous pourrez toujours demander à vos amis russophones une explication, mais ce morceau tient plus de la blague potache pour kazatchok imbibé que du manifeste cosaque. Super Fucked recentre le propos avec larsen plaintif et synthèse analogique, dans un format de chanson plus identifiable, la voix de Newcombe plus en avant, moins sacrifiée (scarifiée ?), alors que traîne même dans un coin une guitare acoustique. Our Time renoue elle aussi avec les mélodies BJM. Puis vient le tour de Feel It, qui repart sur une rythmique basse-batterie discoïde dans laquelle s’ébattent les claviers tandis qu’hurle Anton avec la rage d’un véhément dément. Enfin Felt Tipped Pictures Of UFO’s est une outro cosmique en nappes planantes et extraits d’interview de Lennon…

Le résultat des bricolages de studio de sir Anton est une fois de plus difficile et tortueux. Une vaste entreprise de déconstruction : le Sergent Poivre est mort, la pop et les chansons avec, enterrés ici sous des jams sales, répétitives et insensées. Et pourtant quelque chose vibre sourdement comme dans un bouquin de Burroughs. Anton Newcombe tord le passéisme, et crée désormais une musique terriblement en phase avec l’époque.

Flavien.G


The Brian Jonestown Massacre, « Who Killed Sgt. Pepper ? », A Records/Differ-ant

Site Officiel
BJM on Myspace

Image de prévisualisation YouTube

« Who Killed Sgt. Pepper ? », Lego Fucking Mental



  1. void on Mardi 23, 2010

    Belle review, véridique…!

    Plus de 70 minutes de gros son !
    Une sorte de mélange psyché-post-punk-trans… vraiment ahurissant.

    On est loin des débuts du BJM (Methodrone, Spacegirl…), mais l’évolution de ce groupe est vraiment passionnante !

    9 dates en France prochainement et un line-up qu’on peut considérer au top…
    Yippee !

  2. Jacques Audiard on Mardi 23, 2010

    Voilà ce que le shoegazing a à dire en 2010. On peut ne pas aimer les mélodies de ce dernier volet de la saga Newcomb blah blah blah , il n’en reste pas moins que la moitié au moins de l’album est un mur sauce parpaing épais qu’on choisit de subir ou d’affronter. Il faut se battre avec ce Sgt Pepper si l’on veut que le truc se passe, ou simplement garder la même attention que lors de Spacegirl : laisser la musique marcher dans la tête.


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