The Black Keys<br />« El Camino »

Chemin de traverse

Ils ont longtemps joué dans la cour des outsiders, snobés, méprisés, ignorés… Mais désormais les Black Keys sont partout et font couler beaucoup d’encre. Et de miel. Un énième article pour disserter de leur cas semble bien superflu tant le nouvel album agite toutes les sphères – et croyez-nous, on en a lu des conneries sur le duo d’Akron –, mais le fait est qu’il y a matière à débat. Rock Times allait-il détourner les yeux ? Faut-il tourner la page ?

Oh ça oui, ça se pavane, on déroule du tapis rouge au kilomètre, on ne tarit pas d’éloges, on ressort le dossier White Stripes & Co et des histoires de vide à combler… Aujourd’hui tout le monde adore les Black Keys. Après une décennie à se crever le cul dans une camionnette toute pourrie (c’est la pochette qui le dit), le duo d’Akron a enfin droit à la gloire, aux courbettes, aux stades. Eux font comme si rien n’avait changé. C’est que les deux pouilleux de l’Ohio, qu’importe le nombre de disques vendus, gardent (entretiennent ?) ce parfum d’authentique, et continuent de s’afficher comme les artisans qu’ils ont toujours été, comme ce petit boulanger qui faisait des recettes amusantes de miches à l’oignon aux fruits.

Après quatre albums qui ne semblaient jamais vouloir dévier du fameux « minimalisme blues », les choses allaient bien finir par évoluer, quitte à partir dans tous les sens. De projets parallèles en escapade new yorkaise avec la « crème » de la rap-music (Blakroc), sans parler du job de producteur au top du cool ne bossant qu’avec du petit groupe en devenir, c’est bon ça coco, de quoi se tailler un costard de respectabilité. À-la-vie-à-la-mort, Pat et Dany ont sauvé leur petit couple, et sourient devant les flashes qui crépitent.

 

Dan on. Depuis, les ‘Keys ne sont plus à un paradoxe près. « El Camino » est produit par leur pote Danger Mouse, mais après tout « Attack & Release » l’était déjà sans que cela ne transpire plus que ça. Le succès, lui, est venu entre les deux avec « Brothers » mitonné par la paire à Muscle Shoals, et que les fans du duo blues, loin de s’offusquer pour la plupart, éliraient bientôt meilleur disque de soul des dix, vingt, trente dernières années. Mais avec « El Camino », la coupe n’est plus afro, elle est pleine, pestent les inconditionnels. Trop facile, trop de chœurs aux entournures – vos gueules les filles ! – trop de mélodies « catchy » aussi, comme on dit (ça veut dire que tu peux siffler sous la douche, la belle affaire !). Non mais c’est vrai, on va où là ? Et dire qu’à une époque pas si lointaine, Auerbach chantait et jouait de la guitare comme un vieux bluesman hanté à qui on aurait donné le triple de son âge. Hey Benjamin Button, au prochain, tu nous fais de la pop de puceau ?! Mais après tout, Dan continue de clamer à qui veut l’entendre qu’ils ne se sont jamais considérés comme un groupe de blues. Et « Big Come-Up », c’était du musette peut-être ?

Oserons-nous le dire, les Black Keys c’était mieux avant. Et pas seulement parce que tout cela se passait dans une cave. Aujourd’hui, Dan enrôle des choristes (les Danettes ?), s’amuse à mettre un solo de guitare à la talk-box (ce machin stupide avec un tuyau rigolo) sur Money Maker (bien vu le titre), colle partout des petit accords saccadés qui finissent par ressembler à des haut-le-cœur (Nova Baby), pendant que Carney martèle.

 

 

Carney d’adresse. Et ce n’est pas une question de production. Le son est bien énorme, bastonne, ramone, suinte, jute, grésille, et on entend même le Pat Carney lâcher ses baguettes à la fin de Sister, ou Dan terminer Gold On The Ceiling sur un petit plan blues de derrière les fagots, « Oh zut tu as enregistré ça aussi, Souris Dangereuse ? ».

Que les choses changent, très bien, que ces messieurs « évoluent », gagnent du pognon, remportent des Granny Awards (pauv’ pommes !), tant mieux pour eux ! Non, ce qu’il y a, c’est que cet album n’a rien de passionnant, sans parler des titres qui ont tôt fait de devenir agaçants, comme Stop Stop qui porte bien son nom. Pire, tout cela sonne un peu « cliché », baveux et vulgaire, des riffs de Gold On The Ceiling au dérapage de Little Black Submarine. Ce n’est pas tout de sonner « gras », ce disque est tellement graissé qu’il glisse comme une savonnette. Ok Lonely Boy a fait son chemin, mais sinon ? Mind Eraser, à la limite. Pas un titre auquel se raccrocher. Jusqu’ici, dans tous leurs albums, les Black Keys plaçaient au moins une chanson capable de justifier à elle seule toutes les autres, dont aucune n’était à jeter.

À Nashville, chez Dan, les gars se sont pointés au studio sans un titre. Rien, nada. Ils ont jammé, composé, mélangé, écrit des paroles et des mélodies avec Danger Brian, secoué, c’est prêt. Manque de recul ? Arrogance du « vas-y que je te ponds un album les doigts dans le nez » ? À moins que quelque chose nous échappe, quel génie y a-t-il à jouer les rockers bas du front (ce n’est pas tout de faire arty en mettant des chœurs) avec aux manettes le mec qui produit le prochain U2 ?

Les Black Keys sont ainsi au centre de toutes les attentions, et pour la première fois, semblent à côté de la plaque. Mais remportent la mise. Comme d’autres avant eux (les White Stripes et « Icky Thump » ?). Peut-être n’est-ce pas rédhibitoire, peut-être n’est-ce qu’une incartade, peut-être faudra-t-il leur laisser leur chance ou peut-être qu’il faut tourner la page. On ne va pas chialer pour si peu.

Virgile Dufana

The Black Keys, « El Camino », Nonesuch

Site officiel
The Black Keys on Myspace

 

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  1. Polar Bear on Dimanche 15, 2012

    0 réaction après 1 semaine de publication, on dirait que tout le monde s’en balance de tes aigreurs d’estomac mon pote … les Keys sont des escrocs et toi un incompris, c’est ça ?


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