Black kiff
Les escapades solo passées, l’intermède « Blakroc » avec les pontes hip hop derrière eux, voici Dan Auerbach et Pat Carney, à nouveau réunis comme deux frères. Mais fini le blues rêche, place au groove et à une production soignée… Manucure pour tout le monde, les Black Keys, avec ces quinze titres, prennent soin d’eux. Et de nous.
Boîte à rythmes, moult claviers, de l’orgue au clavecin (Too Afraid To Love You) en passant par le mellotron et le piano électrique comme dans Not The One où pointent même des cordes : « Brothers » laisse le blues punk minimaliste de leurs débuts pour s’habiller d’arrangements élégants. Un sixième bébé enregistré au paradis soul de Muscle Shoals, en Alabama, pour bien faire…. A la limite, ce nouvel album rassemble plus les directions prises par Auerbach en solo et l’énorme beat des expérimentations de Carney qu’il ne ressemble à un nouveau Black Keys. Mais leur révolution avait déjà commencé en 2008 avec « Attack & Release » produit par Danger Mouse qui ouvrait la brèche d’une nouvelle ère. Il y en avait pour leur reprocher de tourner en rond dans leur blues, d’autres vont leur en vouloir de céder du terrain à la pop, la soul, l’ambition, l’aventure, tout ça… Alors que, cabots, ils nous offrent même le droit de se marrer et des clips funky avec Frank, Funkasaurus Rex coqueluche des ces dames, qui fera école dans le monde de la danse chaloupée. Il faudra penser à les remercier.
Blancs-becs et musique noire. Leur blues semblait sortir des marécages et des champs de coton, leur soul sonne plus noire encore. La rupture est consommée dès Everlasting Light qui marque le changement d’univers, Auerbach chante plus aigu, en voix de tête : on dirait du Prince s’accouplant aux Queens Of The Stone Age de Make It With Chu. Next Girl et Tighten Up, les singles, gardent le cap avec une pulsation diabolique. Petite baisse de régime en revanche avec Howlin’ For You, pas des plus mémorables, avec des chœurs façon Zebra de John Butler. Mais She’s Long Gone et l’instrumental Black Mud ramènent riffs et guitares dans le propos. Puis The Only One fait à nouveau démonstration de ce haut registre qu’on n’aurait jamais soupçonné chez Auerbach, et on y prend vite goût, avec sa ligne de basse, son clavier cheap, sa mélodie impeccable. Un morceau qui pourrait devenir le péché mignon de l’album comme Things Ain’t Like They Used To Be dans « Attack & Release ». Il faudra bien qu’un jour quelqu’un reconnaisse que ce monsieur a une des voix les plus incroyables du rock de la dernière décennie. Il est pas mal question de femmes et donc de relations tumultueuses : quoique jaloux et revanchard, Ten Cent Pistols évoque les Greenhornes et distille du cool, tout comme Unknown Brother, avec ses clochettes de Noël, et c’est quand même très chouette. Vraiment. Soul toute enfin, avec Never Gonna Give You Up, reprise de Jerry Butler, tout en cuivres et cordes et These Days qui joue les prolongations dans une lovely ballade entre tambours et guitare slide.
C’est ça, les Black Keys évoluent, et alors quoi ? Ils n’allaient quand même pas finir comme deux vieux cons à ressasser le machin blues. Les temps changent, le groupe aussi. Et leurs premiers efforts n’en sont que plus précieux : témoins de ce qui a été. Et pour l’heure, les Black Keys font du présent un kiff différent.
Flavien Giraud
The Black Keys, « Brothers », Nonesuch/Cooperative
Site officiel
The Black Keys on Myspace
Tighten Up, pour les enfants
Next Girl, pour les adultes





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