Montagnes russes au Canada
Venu du froid canadien, ce troisième album aux couleurs chaudes finira, sans nul doute, l’année en bonne place dans le Top 5 de la rédaction. Magnifiquement produits, les 10 titres qui le composent sont une invitation au voyage. Un périple tumultueux, au milieu d’enchevêtrements de guitares torturées et de cristallins chants de sirènes.
Dès les premières secondes de Like The Ocean, Like The Innocent Pt. 1 : The Ocean, titre d’ouverture de « The Besnard Lakes Are The Roaring Night », l’auditeur plonge instantanément dans les limbes psychédéliques du quatuor. Déchirantes, éthérées et noyées de reverb, les guitares créent un angoissant écrin sur lequel vient se greffer une magnifique piste d’orgue. Dans la continuité, le disque passe discrètement à la deuxième partie de ce long premier morceau. Peu à peu, les guitares disparaissent pour laisser place au piano et au chant de Jace Lasek, compositeur et orfèvre de ce parfait mixage. Avec sa voix de tête, le chanteur rappelle les grandes heures des Bee Gees. Des Bee Gees qui auraient, ici, croisé les Beach Boys pour une séance d’harmonies vocales de haute volée. Que les réticents à la musique disco se rassurent, point de dancefloor à l’horizon mais plutôt des compositions planantes aux structures complexes et élaborées. Tels des montagnes russes, les titres alternent entre passages progressifs et refrains d’obédience rock. Une alchimie entre passages planants et riffs acérés qui s’exprime de nouveau sur Chicago Train dont le final fait apparaître un nombre incalculable de pistes de guitares et de chant. Sur Albatross, la voix suave d’Olga Goreas est pour la première fois mise en avant. Si son fausset de mari n’est jamais très loin et continue de tutoyer de sa voix haut perchée les cimes des « chanteurs émasculés », la jeune femme apporte douceur et sensualité à cette chanson pour le moins mélancolique qui aurait pu être écrite et produite par Bobby Hecksher et ses Warlocks à leur plus sombre période.
Autre moment fort de l’album, Land Of Living Skies Pt. 2 : The Living Skies est tout simplement exquis tant la progression est fluide et maîtrisée. Avec And This Is What We Call Progress, le groupe lorgne vers le rock progressif des 70’, sans toutefois accumuler les clichés éculés de leurs illustres aînés. Avant dernière plage du disque, Light Up The Night est un petit bijou que l’on ne se lasse pas d’écouter. Le ronronnement de cabine Leslie, les cymbales martelées aux mailloches, les accords de guitares et de piano égrenés avec soin, la formidable mélodie du refrain, les subtils arrangements des voix, l’arrivée salvatrice de la batterie et ces guitares qui se multiplient à l’infini font de ce titre la pierre angulaire de cet album à découvrir sans fin.
Florian Garcia
The Besnard Lakes – « The Besnard Lakes Are The Roaring Night », Jagjaguwar / Differ-ant
Site officiel
The Besnard Lakes on Myspace
En concert à Paris, au Bus Palladium, le 19 avril 2010.


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