Still Corners<br/>« Creatures Of An Hour »

Créature mystique

Tout le monde devrait y aller de son petit couplet mystique sur le destin et le hasard, relatant avec verve la rencontre improbable de Tessa Murray et Greg Hughes dans un train londonien qui n’était même pas le leur et les conduisit tout droit à « Creatures Of An Hour », qui sort ces jours-ci chez Sub Pop.

Un premier EP, « Remember Pepper ? », paru en 2008, permettait de faire connaissance avec Still Corners, porte d’entrée d’un univers délicat, ou déjà se mêlaient les visions de l’architecte Greg Hughes à des volutes féminines. Mais c’est bel et bien la rencontre de l’Américain Hughes, dingue de Morricone et de musique de films, et de Tessa Murray, petit brin de blonde aux yeux de biche et à la voix de velours, qui fait le son de cet album. Deux ou trois singles, en fin d’année dernière, ont précédé la venue de ces dix titres, et entre temps, le duo s’est mué en quatuor : un batteur et un bassiste-claviériste, Leon Dufficy et Luke Jarvis, venus leur prêter main forte. Une poignée de gens non hydrophobes auront d’ailleurs pu découvrir le groupe l’été dernier lors de la dernière édition de La Route du Rock à Saint-Malo.

 

 

Fuseau horreur. « Creatures Of An Hour » est un voyage dans une chaude dream pop avec un côté délicieusement bricolé : basses et batteries minimalistes, gimmicks répétitifs, claviers quasi-lo-fi (Circulars)… Un disque enregistré par Hughes lui-même dans son studio de Greenwich, et on l’imagine mal laisser à quiconque les rênes d’un projet aussi personnel. Ses penchants pour les BO à l’italienne se retrouvent dans certaines ambiances, certaines guitares au son brûlé, vacillantes comme un mirage (I Wrote In Blood), et réverbérées comme sur Submarine qui clôt l’album.

Chaleur de l’orgue souvent présent, douceur de la voix de Tessa Murray, voluptueuse et susurrée dans un souffle presqu’érotique. Impossible de ne pas penser à Hope Sandoval et ses Mazzy Star. Dream pop donc, comme la bande son vaporeuse de rêves apaisés (Endless Summer, Cuckoo), voire de fantasmes plus épais comme monte l’intensité. « I’d like to read your mind, can you read mine ? » chante-t-elle sur Cuckoo, et on brûle de le savoir.

Chaque titre comporte son petit truc qui continue d’emporter l’auditeur, de la puissance orchestrale des percussions sur Into The Trees aux bidouilles électroniques simplistes de The White Season, du groove trip-hop de I Wrote In Blood et Velveteen aux chœurs célestes de The Twilight Hours.

La deuxième partie du disque se densifie, s’assombrit, sans se départir de ce voile mystérieux. Les Still Corners ont même la décence de faire dans la concision, et le disque se termine déjà, comme une aube naissante, laissant à chacun le loisir de fermer les yeux pour replonger dans ce son de coton qu’on voudrait aussi endless que le summer.

Flavien Giraud

Still Corners, « Creatures Of An Hour », Sub Pop/Pias

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Cuckoo



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