Ephémère pour toujours
L’album est sorti en version digitale depuis le mois de mai, et on désespère de le voir enfin disponible en CD. Petite structure oblige, la sortie « physique », comme lors du précédent album, aura accusé quelque retard. Qu’importe, la musique est bien là et Singapore Sling demeure l’héritier islandais maudit, tributaire d’un psychédélisme retors et misanthrope qui doit autant aux Stooges qu’aux Spacemen 3.
Singapore Sling n’aura donc pas trainé à donner une suite à « Must Be Destroyed » (2010). Il faut dire que ce court dernier laissait l’auditeur sur sa faim et ces cinquième et sixième albums peuvent tout à fait s’envisager comme un diptyque… Et puis quoi qu’on en dise, « Must Be Destroyed » contenait tout de même des titres comme Summer Times, Evil Madness, et surtout One More Trip, que l’on peut d’ores et déjà classer directement dans le top-ten de leurs chansons, et donc – de fait – au patrimoine mondial du psychédélisme maniaco-dépressif.
Ce cher Henrik Björnsson ne chôme pas. La nébuleuse psyché islandaise a un nom : Vebeth. Un Committee To Keep Music Evil à l’islandaise. Et Björnsson avec son cocktail Sling en est le pivot. S’y raccrochent notamment The Go-Go Darkness (Henrik + la chanteuse Elsa María Blöndal), The Third Sound (projet italo-islandais de Hákon Aðalsteinsson, guitariste de Singapore Sling depuis le troisième album), sans parler de Dead Skeletons dont on reparlera tout prochainement…
Jamais plus jamais. Sans surprise, « Never Forever » racle le même sillon. Henrik Björnsson continue d’y entretenir ce chaud-froid insulaire sur des guitares chauffées à blanc et un chant définitivement glacial. Synthétiques et froids, The Nothing Inside et Freaks montrent la voie cold wave : il y a des boîtes à rythmes inhumaines, des guitares d’airain, des synthétiseurs qui tapissent l’espace et le confinent, le capitonnent. Et la morgue de Björnsson, une voix de croque-mort (Tunnel Vision) à en effrayer les petits enfants et/ou séduire les jeunes filles en quête de sensations. Comme une chose entendue, Freaks sonnerait presque comme un cri de ralliement à tous ceux qui se reconnaîtront… Ou comment Singapore Sling pourrait lever une armée de zombies en trois coups de shoegazing morbide (« I want you and your pain / I want you to go insane / We could be together in misery / We could be together, Freaks »).
Tunel Vision est sombre et désabusé, mais Take est pop sur fond de fasing chuintant et tournoyant, façon JAMC. Après Now It’s Time To Disappear, All I Want n’est pas la plus réussie avec ses « na na na », mais la barre est immédiatement redressée par Sleep, et c’est toute la fin du disque qui nage en plein trip, You Can’t Compare, drivé par une guitare acoustique frénétique, pour finir sur un Never Forever désincarné, hanté et acide, ambiance fin du monde.
Comme son prédécesseur, « Never Forever » n’a peut-être pas l’envergure des premiers albums de Singapore Sling. En attendant, les Islandais n’ont pas fini de botter le train aux apprentis shoegazers, à coup de chansons oppressantes et claustrophobes. Freaks…
Flavien Giraud
Singapore Sling, « Never Forever », Outlier Records
Lire aussi les chroniques des précédents albums de Singapore Sling, « Must Be Destroyed » et « Perversity, Desperation And Death »



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