Singapore Sling<br />« Must Be Destroyed »

Trash psyché

Singapore Sling, cinquième ; le cocktail est sensiblement le même, et la cuite brutale, une fois de plus. Henrik Björnsson poursuit son odyssée aux commandes de son vaisseau fantôme pour un disque vitreux ; alcool fort, on the rocks. Dans les glaces d’Islande.

Le brouillard reste éperdument opaque sur les étendues polaires parcourues à coups de riffs fuzz par Singapore Sling. Le blizzard souffle sur chaque titre de « Must Be Destroyed » (Noth, Hope), shoegaze dur et obstiné, la peau tannée par le froid islandais, mais le feu bien présent, les entrailles comme un brasier. Après le sombre « Perversity, Desperation And Death » (2009), ces trois piliers demeurent, et ce nouvel album pourrait bien être le plus inhospitalier de tous – c’est dire ! Pourtant, comme souvent chez Singapore Sling, les mélodies sont là, minerai précieux, parfois difficiles d’accès, enfouies sous les couches de guitares en fusion et les rythmiques martiales.

Dès Christmas Coloured Tears et sa guitare ensuquée de fuzz, Singapore Sling plante un décor apocalyptique et menaçant, où l’espoir se fait rare. Noth avec sa basse monumentale et sa tempête de guitares exhale la désolation. Le single Summer Times se vautre dans une nonchalance première classe, tandis que You Can Never Change Your Heart s’emballe en forme de scie électronique et épileptique et franchit un sommet synthétique stéréo. Les harmonies vocales inquiétantes sur Evil Madness amèneraient le plus opiniâtre des exorcistes à se damner. Björnsson prêche avec paresse comme un Lou Reed en pleine redescente ; l’écho rebondit dans une caverne d’ombres et de souffre (One More Trip, obsédant). C’est l’enfer sur Terre et Singapore Sling assure à la tronçonneuse une bande-son de zombies. Enfin Hope erre et rampe derrière un piano à la recherche d’un post-rock de science-fiction perdu.

« Must Be Destroyed » est plié en sept morceaux, au bout d’une grosse demi-heure, et appelle à tourner en boucle. On espère seulement que ce titre ne dissimule pas un chant du cygne, car après dix ans, Singapore Sling reste emmuré dans l’underground et disque après disque, fait un peu plus figure de survivant, peinant chaque fois à sortir le suivant (multiples changements de label) ; une sorte de malédiction depuis « The Curse Of Singapore Sling ». Avec la fonte des glaces et la montée des eaux, il n’y aura alors plus grand-chose à mettre dans le shoegaze et quand les verres seront vides, nous n’aurons plus que nos larmes pour les remplir. Singapore Sling must survive.

Flavien Giraud

Singapore Sling « Must Be Destroyed », Outlier Records

Singapore Sling on Myspace

lire aussi la chronique du précédent album « Perversity, Desperation And Death »

 

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Evil Madness



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