Iceberg volcanique
Ils sont de retour ces obscurs Islandais du « néo-psychédélisme », et il eut été impensable à Rock Times de ne pas en parler. Cette fois l’album s’intitule le plus parfaitement du monde « Perversity, Desperation And Death ». L’occasion de revenir sur cette troupe rugueuse et glacée du grand nord.
Singapore Sling est donc un des ces fantastiques groupes psychédéliques des années 2000, qui ont absorbé de manière astronomique les pilules ancestrales issues des explorations sixties, de la rigueur martiale no/new/cold wave et du shoegazing, pour tresser des maelströms sonores subversifs et lysergiques. Quelque part dans le cône d’ombre généré par le Velvet et ses esthètes descendants. Oh ! soit dit en passant, ces gens fréquentent Anton Newcombe du Brian Jonestown Massacre, ce qui en dit long, quand on sait la réputation du personnage.
Reykjavik Team. Les premiers soubresauts remontent à l’an 2000, et s’articulent autour de la paire Henrik Björnsson (chant, guitare)/Einar Kristjánsson (guitare). Bientôt naîtront « The Curse Of Singapore Sling » qui pose les tortueux jalons de leur sombre son, puis « Life Is Killing My Rock’n’Roll » qui s’enfonce un peu plus dans une malsaine sauvagerie fuzz. Capables de bruit total comme de titres définitifs à fredonner les dents serrées en allant au boulot – ou pas – (Life Is Killing My Rock’n’Roll), Henrick Björnsson et ses sbires ne flattent pas l’oreille, ils la rognent, insidieusement. Une veine bruitiste (feedback mon amour) que l’on retrouve sur « Taste The Blood Of Singapore Sling ». Mais voilà, quatre albums plus loin, les Singapore Sling demeurent cantonnés (en rient-ils ?) dans ce que l’on appelle communément l’underground.
Pic-à-glace. Sur « Perversity, Desperation And Death », on retrouve le caractère forgé du groupe, à base de guitares lourdes et fuzz, et cette voix d’outre-tombe, comme celle du diable nous susurrant à l’oreille nos instincts reptiliens. Et bien sûr le tambourin comme une évidence psychédélique. La reverb comme toujours est colossale, imbibée, moite et cauchemardesque. Toujours présent également, l’héritage cold wave, ce son froid et industriel, sorti d’une fonderie fumante, palpable dans leurs tourbillons les plus obsessionnelles (Godman, Make Us A Fire, Martian Arts). Et si certaines guitares se font parfois moins chuintantes et plus fluides (enfin si l’on peut dire…), elles sont d’éminentes réminiscences rock’n’roll (Call Me Trash), qui laissent s’insinuer des arrangements de claviers clairs, et quelques mélodies plus aisément identifiables. Sinon l’ensemble exacerbe une fois de plus la hargne vicieuse du groupe islandais, et on se surprend à opiner du chef, les mâchoires tendues.
Il transpire de Singapore Sling une musique noire, nocturne, corrosive, maligne, hostile. Venue d’un pays rude et parfaite pour affronter la rudesse du monde, un reflet de la mort, du désespoir, avec une pointe non-feinte de perversité… Pour l’apaisement passez votre chemin.
Flavien Giraud
Singapore Sling, « Perversity, Desperation And Death », 8mm Musik
« Perversity, Desperation And Death », Godman



Merci pour l’info, j’étais passé à côté de ce nouvel album!
J’aime beaucoup votre ligne éditoriale et vos goûts dans l’ensemble, je reviendrai donc!
Lars