Garage Obits
Après en avoir secoué plus d’un avec « I Blame You » au printemps 2009, revoilà les Obits. Les Obits ne sont pas des héros, mais les Obits ont le son. Nuggets, punk, garage. On ne va pas donner de note façon Moody’s ou Standard & Poor’s : l’Amérique endettée doit déjà composer avec son AAA sur la sellette et les Obits ne sont pas des andouillettes. « Moody, Standard And Poor » contient intrinsèquement son lot de brûlots qui nous éviteront peut-être de finir 2011 comme des bulots.
Blam ! C’était donc début 2009 et on pouvait déjà se tourner les pouces en attendant le déluge. Il se murmura alors qu’une bande de nerds de Brooklyn vous prenait au collet, crachant son « I Blame You » à la face du monde. Sub-Pop avait signé le nouveau groupe du chanteur-guitariste Rick Froberg (ex-Pitchfork, ex-Drive Like Jehu, ex-Hot Snakes) presque les yeux fermés. Son gang monté avec Sohrab Habibion (guitare, ex-Edsel), et la paire batterie-basse Scott Gursky-Greg Simpson – pas vraiment des bleus non-plus –, défiait l’auditeur avec un premier album franchement garage (Widow Of My Dream, Two-Headed Coin) aux fulgurances psychédéliques (Fake Kinkade, Run), aux beats nerveux, tout en guitares tendues, et le chant de Rick Froberg, harangue un rien belliqueuse.
Droits Obits. On retrouvera ici les attributs burnés de la bande Obits : guitares garage, basse gros bras… Oh oui, ça sonne fat, d’enfer même ! Souvent le groupe pose l’ambiance à coups de boutoir sur les guitares en stéréo avant que la chanson et la voix hargneuse ne démarrent, ou prend son temps pour faire durer le morceau, genre outro tordue, pour le plaisir… Moins immédiat, le disque est plus vicelard et psychédélique (Shift Operator). Quoi qu’il arrive, ces mecs ont l’air louche. Ce qui n’empêche pas des titres comme You Gotta Lose ou I Want Results d’aller droit au but.
Écho au précédent album, I Blame Myself, instrumentale acide, glisse un clin d’œil au titre I Blame You d’alors. Et comme Run à l’époque, Shift Operator marque un break pour Froberg qui délègue le chant sans que ce soit gênant. Même s’il est moins doté de chansons mémorables et efficaces, « Moody, Standard And Poor » envoie du rock’n’roll pur jus (No Fly List, Naked To The World). Et il n’est pas interdit de prendre goût à New August et sa guitare qui trash en chien de faïence, ou autres Everything Looks Better In The Sun et Shift Operator : du riff qui vous regarde de travers.
Manches retroussées, les Obits relèvent le défi du deuxième album, sans vraiment se renouveler, sans non plus se pasticher. Tant qu’ils feront du rock de voyous, de mauvais garçons, il n’y aura rien à y redire.
Virgile Dufana
Obits, « Moody, Standard And Poor », Sub Pop



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