Rites rock et cérémonies heavy
Un disque qu’amorce un larsen ouvre inévitablement des perspectives. Voici Mondo Drag. Si galvaudé soit-il de nos jours, le mot « psychédélique » a, pour autant qu’on le sache, encore un sens, et n’est pas usurpé dans le cas présent. « New Rituals » drague du passé un rock lourd et tortueux et remonte à la surface quelques artefacts qu’on croyait perdus.
Comme toujours, c’est l’histoire de cinq gus dans l’Iowa – mais ce pourrait être n’importe où ailleurs – qui n’ont rien d’autre à faire que de réinventer le rock. Et ici, du genre mur compact de béton armé, carré des épaules. Leurs compositions sont complexes, et les guitares, dans leurs moments les plus trapus, riffent vers le stoner, mais ont plus d’un tour dans leur sac.
Il y a sous cette pochette de « Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band » du pauvre un panachage d’influences, un foisonnement de sonorités héritées d’une époque que ces jeunes gens n’ont pu que fantasmer. New Rituals qui sert d’entame brasse en tout sens, débute comme un morceau de bravoure façon The Who chanté comme une pépite de la première ère psychédélique, dérape sur un break floydien, avant d’accélérer lourdement vers une charge seventies où affleurent des effluves progressives. Mais qu’on se rassure il n’y a là ni mauvais goût ni démonstration, à peine quelques errements instrumentaux comme la jam de My, Oh My, ou la longue coda de Apple, qui ne font somme toute que répondre honorablement aux canons du genre.
Chaudes seventies. Light As A Feather ne devrait pas déplaire aux Radio Moscow, autre signature d’Alive Records. Tout s’enchaîne parfaitement avec Love Me (Like A Stranger), qui fait copuler des rythmiques et « planances » dignes de leurs homologues californiens de Dead Meadow, avec l’orgue qui, comme chacun sait, est une arme de destruction massive. Tout cela ne serait rien si la voix n’atteignait pas parfois des accents d’un Dan Black Keys Auerbach. On pense d’autant plus à ce dernier que certaines parties de guitare (Apple, Tallest Tales) rappellent quelques envolées de « Keep It Hid », son dernier effort solo.
Les seventies transpirent de Fade Out – au groove de basse et aux riffs pas piqués des hannetons – et le sombre Serpent Shake, où derrière le lourd balancé et la sourde atmosphère planent quelques plumes de Pink Floyd. Et puisqu’on parle d’eux, True Vision, avec ses fulgurances et sa construction, a des couleurs d’hommage sincère. Ponctuellement, Come Through réintègre des guitares en bois, de même que la promenade acoustique Black River (et sa flûte elfique), sans les ménager comme Led Zep faisait avec classe en son temps…
S’ils ne brouillent pas autant les pistes que leurs homologues Black Mountain, les Mondo Drag, avec ces « nouveaux rituels », réveillent sans complexe les fantômes d’une époque où la section rythmique faisait corps pour laisser orgues et guitares faire des embardées démentielles, avant de faire volte-face et changer de direction. Et l’album n’a pas encore fini de se dévoiler…
Flavien Giraud
Mondo Drag, « New Rituals », Alive Records
Site Officiel
Mondo Drag on Myspace


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