Midlake<br />« The Courage Of Others »

Midlake et la misère du Monde

A leur manière, les Midlake s’étaient fait une place à part dans le paysage, avant de disparaître de la circulation. Si bien qu’on ne savait plus trop s’il fallait attendre leur retour… Ce nouvel album est beau, sans aucun doute, mais tellement chargé d’ombres ! Le groupe né sur les bancs de l’université de Denton, Texas, est doué, mais ce disque n’est franchement pas marrant. Ça non…

Revenons un instant sur ces humbles orfèvres mélodistes ès pop. Après un excitant premier EP (« Milkmaid Grand Army », 2001) aux accents post-Radiohead (époque « The Bend » / « OK Computer »), Midlake se différenciait brillamment du commun de la pop en 2004 avec « Bamnan And Silvercork », bijou lo-fi, où le quintette réussissait le tour de force de monter, sans prétention, des micro-symphonies à base d’arrangements de claviers ‘coin-coin’ – limite ‘pouêt-pouêt’. Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à écouter le fabuleux Some Of Them Were Supersticious, capable d’apaiser un homme en colère et de faire chialer des madeleines. Deux ans plus tard, « The Trials Of Van Occupanther », plus classique et immédiat mais tout aussi fort, se recentrait sur les pianos et les guitares acoustiques. Point d’orgue, Van Occupanther prouvait là encore que Midlake n’était pas un groupe lambda. Puis plus rien.

Du courage au désespoir. Après trois ans sans nouvelles, le groupe revient avec « The Courage Of Others », plombé de tristesse et de mélancolie. Pas une once d’insouciance : affliction à tous les étages. La dépression en mode neurasthénique à côté des ses pompes couleur sépia. Il semblerait que Tim Smith et sa bande aient le spleen, le blues… Sinon, il y est question de trucs pas gais, de la nature et de ses créatures, des saisons (bonjour grisaille)…
Les mélodies sont multiples, jamais simplistes mais souvent traînantes, pas du genre qu’on sifflera sous la douche. Et la production, comme l’atmosphère, est chargée : beaucoup d’arpèges, une basse qu’on dirait désignée pour diriger les débats, les voix qui harmonisent tout leur soûl, agencées avec une élégance grave. Dramaturgie intégrale. La flûte traversière, jadis petite touche secrète, est de tous les morceaux, omniprésente pour accompagner la complainte, accentuant le penchant parfois baroque de la chose. Les claviers, eux, ont au contraire cédé le pas face aux six-cordes qui, au détour d’un Winter Dies, ou de The Courage Of Others, se laissent aller à tutoyer un saignant feedback de fin de siècle. Au milieu, Fortune, plus épurée, serait presque légère ; et Bring Down, avec une présence féminine venue s’immiscer aux côtés de Tim Smith, casse un peu la monotonie sur fond d’orgue.

Ce disque totalement premier degré pourrait porter toute la misère du monde (bien sûr, si vous souhaitez que les gens pleurent à votre enterrement, vous disposerez là d’une arme redoutable). Si les albums de Midlake ne se ressemblent pas, il semble, avec le recul, que « …Van Occupanther » ait servi de transition entre lo-fi décalée et folk à cernes. Pas sûr qu’on y ait vraiment gagné au change…

Flavien Giraud


Midlake, « The Courage Of Others », Bella Union/Cooperative Music


Site Officiel
Midlake on Myspace

Image de prévisualisation YouTube

«  The Courage Of Others » : Trailer



  1. Pourquoi ne pas laisser un commentaire?



Spam protection by WP Captcha-Free