Lords Of St-Ouen
Décidément ça chauffe en Californie. Le garage tourne à plein régime, et il va falloir ressortir les motos pour aller se faire reluquer les tatouages… Et, petit deux, puisqu’on en parle, Les Lords Of Altamont sont de retour sur le french label Fargo, jadis réputé folk-americana, et pas loin de faire figure ici de spécialiste. Après les Morlocks de San Diego, il y a de quoi couler une bielle avec cette quatrième salve des Lords, qui exhibaient ce jour leurs trognes de voyous sur la scène de Mains-d’Œuvres.
Ainsi les Lords ressortent du garage, eux qui s’étaient fait remarquer au début des années deux-mille en jouant les vilains punks. Ou comment se faire passer pour des petites frappes, une bande d’envoyés du sympathique Satan, par la simple aura d’un patronyme en référence un rien morbide au drame de 1969, quand les Stones terrorisaient l’establishment, partaient en vrille et que les Hells Angels assuraient le service d’ordre au surin sur le circuit d’Altamont. Sales gosses !
Quelques albums plus tard (« To Hell », « Have Mercy » et « Altamont Sin », tout un programme !), la recette bastonne toujours du piston : ça tartine du pâté sans relâche, quitte à en faire des caisses et ramasser l’auditeur terrassé à la petite cuillère. Le ton hautain qui lui va bien au teint, Jake Cavaliere, dit « The Preacher » et tenancier de la boutique – le turnover a vu passer pas mal de membres dans le gang – ajoute une franche touche garage à coup d’orgue Farfisa made in Italy. Efficace de bout en bout, « Midnight To 666 » balaye les poncifs du genre pour mieux racoler sur les boulevards d’un punk branleur jouissif (Get In The Car).
Les riffs lourds de guitare sont aujourd’hui assurés par John « Big Drag » Saletra qui, en live, l’air de rien, taille bien hard dans le gras, heavy et lardé ça et là de wha-wha. Inévitablement, on retrouve un peu de l’esprit de certains groupes de Detroit Motor City : gros power sur des titres comme Gettin High (On My Mistery Plane), ou en reprenant Kick Out The Jams en fin de set aux Mains d’Œuvres. Plus cuir que queer, voilà ce qui distingue ces durs à cuire des Dolls de la grande époque. Les fûts sont désormais la propriété d’Harry Drumdini, ex-Cramps, rebaptisé « Full Tilt » pour faire la paire avec l’indéfectible Shawn « Sonic » Medina côté section rythmique. Et le deux-temps vrombit.
Mains d’Œuvres to 666. Sur scène, much is much, et rien n’est assez pour secouer l’auditoire. Bienvenue dans un monde où les boots sont taillées en pointe, et les talons en biseau. Sur leurs épaules, le traditionnel cuir des garçons sauvages. Tous ont leur petit sobriquet inscrit dans le dos : mignon et mnémotechnique. Et tous ont la tronche et la dégaine idoines pour jouer les seconds couteaux dans un épisode burné des « Sons Of Anarchy ». Au milieu des quatre mâles, une bimbo pin-up sur talons hauts qui shake ses boobs et son booty plus ou moins en rythme, alors qu’à côté de la scène, des projections accompagnent le road trip à base d’extraits de films tendance biker : au hasard, « L’équipée Sauvage » avec Marlon fuckin’ Brando en marlou, ou encore l’incontournable et psychédélique « Easy Rider ».
« Midnight To 666 » a les honneurs et toute la face A est jouée. Les bras couverts de tatouages et les lunettes de mouche rivées sur le museau, Jake Preacher, emmène ses troupes toute morgue dehors. Ses embardées d’orgue Farfisa compact rouge Ferrari font le spectacle : tenu à bout de bras, escaladé, surfé, livré en pâture aux premiers rangs galvanisés par le frontman… Les autres gus bombardent un rock’n’roll au cordeau. Du fun (Ain’t It Fun), garanti 100% sans philo dedans.
Virgile Dufana
The Lords Of Altamont, « Midnight To 666 », Fargo
Setlist : Soul For Sale / You’re Gonna Get There / Get In The Car / She Cried / Gods & Monsters / Going Nowhere Fast / Action / 4.95 / Save Me (From Myself) / Getting High (On My Mystery Plane) / Buried From The Knees Down / F.F.T.S. / Don’t Slander Me // RAPPEL / Kick Out The Jams / Ain’t It Fun / The Split / Time / Cyclone / Knock Knock / Born To Lose
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