L’heure du diable
Le couple avait annoncé ses ambitions de se renouveler et explorer sans plus attendre des territoires dansants inédits. Le moins que l’on puisse dire est que la surprise est de taille. S’ils continuent de jouer avec les ombres, John et Jehn jonglent ici avec des flashes de lumière venus d’une époque que certains auraient préféré oublier : it’s « Time For The Devil ».
Dévoilés au gré du net, le fiévreux Oh My love, sensuel et gorgé de vice, puis Ghosts, hanté, rassuraient sur l’intacte essence du duo, cette tension charnelle qui brûlait le précédent album par les deux bouts… Mais ce sont des îlots dans la quinzaine de chansons proposées. Dans l’ensemble ce nouvel opus est nettement plus produit que l’insolite objet au charme brut qu’était son prédécesseur. Il y a quelques trouvailles futées, un bout de clavecin dans Time For The Devil, des cuivres au fond d’Oh My Love… Le mixage planque des choses pour en mettre d’autres en avant, là une guitare, ailleurs une ligne de basse, avant de faire jaillir un orgue. Leur travail de musique de film se fait sentir dans ces intro et outro, les transitions soignées, ces thèmes et ces nappes synthétiques, ce goût pour les atmosphères. Et toujours cette esthétique visuelle qu’ils ne bâcleraient pour rien au monde.
L’héritage du groupe se fait plus diffus : la filiation avec le Velvet s’efface, celle avec Joy Division (et l’époque qui va avec…) explose sur des chansons comme Love Is Not Enough. Des clins d’œil enamourés au passé, sans abdiquer leur personnalité, un goût pour les choses qui s’entrechoquent, il n’empêche, il y a dans ce disque des moments pour le moins border-line.
Jouer avec le feu. Vampire montre combien J&J ont une capacité à flirter avec le bizarre et le trouble. La voix de Jehn reste insaisissable, parfois presque aristocratique, avant de se changer en des soupirs hérissants, vraie femme par moments, enfantine ailleurs. Sur la chanson titre, John a quant à lui des intonations d’Alex Kapranos et la comparaison avec le dance rock de Franz Ferdinand ne s’arrête pas là… Shy et And We Run ont cette insensée consonance eighties, ce traitement énorme des basse-batterie, les claviers abondants, les voix très en avant. Les traumatisants souvenirs des permanentes, du fluo et des costards à épaulettes pointent. Sans parler des chœurs grandiloquents de Love Is Not Enough ou des bruitages retro-futuristes et disco de London Town. Prime Time semble en revanche ressurgir de l’époque des chanteuses des années cinquante avec orchestration de cordes et de percussions. Déroutant. Reste à voir la transposition live qui pourrait redonner l’avantage aux chansons sur la production.
Les pieds dans les années 80, John et Jehn opèrent ici une mue qui a de quoi décontenancer. Aux dernières nouvelles, il est déjà prévu que le troisième album aille encore ailleurs. Tant mieux, mais où ?
Flavien Giraud
John & Jehn, « Time For The Devil », Naïve
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John & Jehn, Time For The Devil




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