Hotel 74, « Rooms »

Chambre avec vue

Entre le bruit et la fureur, il y a parfois besoin de silence, ou tout simplement d’air. Pour reprendre son souffle. C’est un peu comme au cinéma. On ne peut pas indéfiniment se farcir du blockbuster et du film de flingues. Arrive toujours un moment où ralentir le temps s’impose, assouplir le rythme des plans. Ou mettre la tête sous l’eau pour s’extraire d’un extérieur oppressant… Ça tombe bien, Hotel 74 propose une expérience musicale totalement cinématographique, electro-psyché, salutaire pour les sens.

Le visuel comme le nom, « Hotel74 », apportent leur supplément de mystère, un halo derrière lequel s’efface une paire de Frenchies, Alexis Gélinet et Jean-Christophe Villain, qu’on imagine en ermites home-studistes, patients, appliqués, chacun avec son background artistique. Maquettistes minutieux qui ont vu naître sous leurs doigts les plans d’un hôtel perdu, insaisissable, un havre musical accueillant, autant qu’étrange et énigmatique.

Le voyage alterne des plages instrumentales avec des envolées où les vocalises discrètes se lovent dans un cocon synthétique, quand ce ne sont pas des samples qui semblent venir des grandes heures du broadcast – que l’on écoute à travers la porte d’une chambre où la télévision serait restée allumée. Un univers flou et futuriste, construit sur des volutes électroniques et des sensations organiques où percent les guitares à travers leurs camisoles déchirées. Par petites touches, comme les pièces d’un puzzle en autant de morceaux, autant de scènes, de décors. On songe à des couleurs passées, pastelles, une lumière à la fois douce et matinale, mais qui crame la pelloche. Un fantôme d’hôtel, hors du temps. Apaisant, mais aussi inquiétant par instant, lorsqu’il dessine la trame gothique d’un film d’anticipation à l’héritage new wave (Room 87).

Il y a des synthétiseurs crépitants, le bruit des filtres, la pulsation des machines, les effets d’espace, les cordes de guitare fragiles, la résonnance des claviers électriques… A l’ouverture, Room 79 propose d’entrée un passage ascensionnel sans en faire trop, ni chercher inutilement le vertige. On y retrouve un certain lyrisme qui évoque Sigur Ros (Room 69), lumineux mais jamais ampoulé. L’album se meut doucement, évolue par phases, Room 88 rappelle l’atmosphère du Again d’Archive ; et dans Pool, à l’intro limite kitsch, les synthés excessifs laissent place à un ambiant brumeux. Plus loin, en forme d’ondes electro-post-rock, quelque chose de Mogwai ou de Godspeed You! Black Emperor (Elevator, Room 40, Hall), une manière de dérouler un fil d’Ariane…

Hautement cinématographique, ce premier album dream pop déambule lentement et, à chaque passage, révèle d’autres détails, propose d’autres images. De quoi s’inventer des histoires…

Flavien Giraud

Hotel 74, « Rooms », Naïve Digital

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