Si Heavy Trash, collaboration de choc de Jon Spencer (Blues Explosion) et Matt Verta-Ray (Speedball Baby) était à l’origine un projet secondaire, « Midnight Soul Serenade », le troisième album du duo depuis 2005 confirme l’importance du groupe. Toujours fidèles à leur héritage rockabilly, Charlie Feathers en tête, Spencer et Verta-Ray démontrent en onze titres explosifs leurs talents respectifs de chanteur et de guitariste. Ils prouvent aussi qu’ils sont capables d’aller encore plus loin en heavy et en trash.
Comme pour « Going Way Out With Heavy Trash », « Midnight Soul Serenade » a été enregistré avec différents groupes et dans deux studios : NY Hed – propriété de Matt Verta-Ray – à New York et Toe Rag à Londres. En plus d’utiliser le fameux studio analogique londonien, le voyage en Europe a permis à Heavy Trash de collaborer de nouveau avec le trio danois Powersolo, habitué des enregistrements et des tournées avec le duo. Pour les accompagner sur le reste de l’album, Jon Spencer et Matt Verta-Ray ont fait appel au contrebassiste Simon Chardiet (une pointure dans son domaine), au batteur Sam Baker, ainsi qu’à une poignée d’autres invités, dont Those Darlins, trio féminin country originaire du Tennessee. Un grand nombre de participations donc, pour un album aux influences plus variées dont les morceaux forment aussi un tout cohérent par le thème commun qu’ils abordent.
Macabre amour. Quand Jon Spencer se met en tête de donner une sérénade, il y a toutes les chances pour que la romance vire au cauchemar. Jon n’est pas homme à conter fleurette ; dans les onze chansons de son nouvel album, il est question de relations humaines, mais souvent sous leur jour le plus sombre. Il faut dire que la pochette, avec les illustrations macabres du dessinateur français Jean-Luc Navette, donnait le ton. L’album réunit des morceaux aux rythmiques endiablées, agrémentés des solos de guitare du très doué Matt Verta-Ray, et se conclut sur des ballades où les sentiments en voient de toutes les couleurs.
« Midnight Soul Serenade » démarre sur les chapeaux de roue avec Gee, I Really Love You, titre délirant à l’auto dérision évidente. Spencer s’en donne à cœur joie, danse sur le fil du faux, dénaturant totalement le romantisme de ses propos. Suit le très fifties Good Man, interprété, une fois n’est pas coutume, par Matt Verta-Ray, avec Thoses Darlins qui se chargent d’assurer les chœurs glamours et sexy. Bumble Bee le troisième titre est une reprise d’un morceau de la chanteuse rythm’n'blues LaVern Baker sorti en 1961. La version Heavy Trash est forcément plus féroce que l’originale, mais lorsque Spencer chante « You hurt me like a bee / A bumble bee / A evil bumble bee », il a l’air moins victime que démoniaque !
The Pill est la pièce la plus curieuse de « Midnight Soul Serenade ». Déjà sorti en 2008 sur l’EP « Favoritenserie No. 2 » partagé avec Powersolo, ce morceau est le récit d’un bad trip scandé à la manière d’un Joe Gideon. Au doux et instrumental Pimento succède le brutal (Sometimes You Got To Be) Gentle, chanson d’un homme résolu à obtenir ce qu’il désire, « I want you / I don’t want anything else », au refrain implicite – « Stick it up inside / I’ll push it up » – répété à l’envi d’une voix lascive, perverse et libidineuse…
La déconstruction des sentiments se poursuit inlassablement dans les morceaux qui suivent. In My Heart est une ode à l’amour-drogue, « Like an addict needs a fix / Looking for peace of mind », qui fait également l’objet du très nerveux Bedevilment (magnifique néologisme !) où les plaisirs du lit rendent complètement accroc. Jon Spencer rend d’ailleurs hommage à Jeffrey Lee Pierce du Gun Club et à son She Is Like Heroin To Me. Enfin, le chanteur multiplie les mises en garde sinistres dans la ballade rockabilly That’s What Your Love Gets : « Broken heart / Broken promise / That’s what your love is gonna get », reprises en chœurs suaves par tous les musiciens.
On l’aura compris, « Midnight Soul Serenade » enfonce le clou sur les horreurs de l’amour. Pourtant, les petits cœurs troués d’une balle de la pochette de l’album ne supportent pas la solitude, en témoigne Isolation. Et Sweet Little Bird, ballade à la sauce old west, s’achève sur ces mots « Come stay with me for a while / Yeah, I love you my darling ». Heavy Trash, fleur bleue ?
Céline M.
Heavy Trash, « Midnight Soul Serenade », Bronzerat


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