L’abominable homme des neiges a encore frappé
« Grinderman 2 ». Pourquoi s’embarrasser d’un nom compliqué ? Seule la pochette compte. Au petit singe vert vicieux et plein de hargne de 2007 succède un loup, surpris cette fois dans une salle-de-bain de style hellénique… Pour leur deuxième forfait, Nick Cave, Warren Ellis, Martyn Casey et Jim Sclavunos ont semble-t-il dépassé leur crise de la cinquantaine et livrent un album aux préoccupations plus pondérées sans se défaire pour autant de leur lot d’expérimentations sonores insensées.
Pas de No Pussy Blues dans « Grinderman 2 », comme si Nick Cave avait épuisé son stock de « vaginas » dans son roman « The Death Of Bunny Munro », paru l’an passé. Si le doute pourra planer sur des couplets du type : « I stick my hand in your biscuit jar / And crush all your gingerbread men » (Kitchenette), frustration et désir ne sont pas dans l’ensemble les moteurs de cet opus. Les quatre sauvages musiciens échappés de Nick Cave and The Bad Seeds sont ici plus domptés (tamed), leurs moeurs adoucies. Et pourtant, le disque part de nouveau très fort.
Pistes passées à l’envers en guise d’introduction à Mickey Mouse And The Goodbye Man, tonnerre de la batterie, foudres du chant de Nick Cave, empilements d’effets dissonants, rugissement organique des guitares, hurlements de garou et questionnements existentiels : « All of a sudden I thought what am I doing ? ».
Il y a donc encore quelque chose d’animal dans ce nouveau Grinderman, une vitalité primaire. Car l’album bouscule son auditeur, l’accule et n’en fait qu’une bouchée. Il n’y a qu’à se laisser embarquer à bord de Worm Tamer et voyager à bride abattue dans le vieux train d’une histoire d’amour qui soudain s’arrête tout net et nous en éjecte. Sirènes, stridences, crissements, textes éructés sur quelques notes seulement pour un effet hypnotique : le réveil est brutal.
Puis c’est au tour de Heathen Child, bâtie autour sa ligne de basse envoûtante, de nous emporter, dans une odyssée cauchemardesque peuplée de créatures païennes (dont « the abominable snowman »). L’écoute de ce single – à la promotion orchestrée de main de maître (6 trailers !) – est indissociable de la vidéo délirante de John Hillcoat qui met en scène les musiciens dans le rôle de dieux romains sur le déclin. Avec leurs super pouvoirs lasers, ils chahutent le monde d’ici-bas et jouent en même temps les oracles funestes et alarmistes : « You think your government will protect you / You are wrong ! ».

When My Baby Comes vient et Nick Cave reprend ses droits sur le chant et la mélodie, posée dans un écrin de notes au violon. Cette fois-ci, c’est la longue rupture lancinante du morceau, où choeurs et instruments se mêlent, qui transporte et ouvre justement sur l’errance aérienne, doucement hésitante et mélancolique de What I Know. Où il est question du passé et des souvenirs, où l’usure du temps se ressent presque dans la voix. Le terrain de jeux s’est subitement désempli et seul reste le souffle du vent dans les balançoires abandonnées.
Evil reprend du poil de la bête, avec ses dissonances compactes et intenses, avant le lascif Kitchenette et le très sixties Palaces Of Montezuma. Celui-ci démarre sur des rythmes et des choeurs qui ne sont pas loin de faire penser aux Rolling Stones, puis s’agrémente de l’instrument fétiche de Nick Cave, le piano, délaissé pour la guitare dans Grinderman.
C’est le retour des pistes à l’envers qui marque pour de bon la fin de la récréation, avec le blues râpeux de Bellringer Blues dont Grinderman a le secret. Après le défouloir du premier album, « Grinderman 2 » a des accents plus mûrs pour ces musiciens libérés du carcan d’un groupe trop longtemps pratiqué. Et l’on se demande ce que nous réservera un « Grinderman 3 ».
Céline M.
http://www.dailymotion.com/video/xeeoap
Heathen Child
Grinderman, « Grinderman 2 », Mute Records


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