Sale temps sur l’Everett
Après un retour velu il y a quelques mois à base de délires nocturnes, pileux et « lycanthropiques », Eels revient plus vite que son ombre (lobo ?) avec un disque crépusculaire, reflet du tempérament de son sensible auteur, face à une époque aux maux roses qui lui foutent le blues. En plus Madame est partie… « End Times ».
Eels… Il est des groupes qui, l’air de rien, s’installent dans le paysage et font comme « partie de la famille », ceux auxquels on ne pense pas toujours, dont on oublie parfois de prendre des nouvelles, mais qui finissent immanquablement par se rappeler à vous…
Certains garderont toujours un souvenir impérissable des émois précoces procurés par « Beautiful Freak » en 1996, quand Eels se présentait encore sous la forme d’un trio soudé autour du chanteur-compositeur E, alias Mark Oliver Everett. Puis la route a sinué, E est devenu Eels, ou l’inverse, plus ou moins entouré, plus ou moins seul, plus ou moins triste. Si bien que, suivant les humeurs dudit E, la musique de Eels a connu plusieurs mues, mais toujours mue par la personnalité attachante de cette espèce de Droopy du rock indé. Et si la fraîcheur de « Beautiful Freak » reste attachée à son aura de premier album poussé au milieu des 90’s, aucun des six ou sept albums parus depuis (lives et autres joyeusetés mis à part) n’aura démérité, dans la mélancolie post-mortem (« Electro-shock Blues », 1998) comme dans les élans rock (« Souljacker », 2001, et « Shootenanny », 2003). Après le trop long « Blinking Lights And Other Revelations » en 2005, Everett s’était recentré, le cul entre deux chaises avec « Hombre Lobo », entre appétit d’ogre et frustration, dynamite et solitude du délaissé. « End Times » est un peu le jus pressé de ce cœur tendre blessé.
Seul. The Beginining amorce plutôt bien les choses tout en donnant le ton, nostalgique, où pointent l’usure et les cernes. Gone Man a des accents rock’n’roll plus légers, mais In My Younger Days replonge dans la désolation et baigne dans des eaux placentaires. A mesure qu’on progresse dans le disque et de ballade en ballade, un diffus sentiment de déjà -vu finit par se dessiner. Au choix, on se lovera dans les chansonnettes d’Everett à la mélancolie douce-amère, guitare ou piano dépouillés, à moins d’y voir au contraire d’énièmes et anecdotiques déclinaisons de ces berceuses dont il a le secret (Little Bird). Il s’agit là d’un album solitaire, enregistré dans l’enfermement du home studio, et on constate une fois de plus le talent et le soin apporté par E à ses créations. Il y a des petits arrangements cuivrés, des cordes fines et discrètes, parfois, un orgue ailleurs, des guitares cristallines qui sonnent comme des boîtes à musique… A Line In The Dirt a quelque chose du Eels d’il y a longtemps, avec une voix qui monte, mais subit le poids de l’amour. Paradise Blues et Unhinged tentent bien de jouer le sursaut, mais Nowadays sonne comme un écho aux tréfonds d’« Electro-Shock Blues » et il pleut sur High And Lonesome… Il pleut sur cet album, il pleut sur son auteur…
Ce n’est peut-être rien d’autre qu’un nouveau disque de Eels. Le huitième, en une quinzaine d’année de service, et Everett a le moral dans les chaussettes. Peut-être pas assez pour s’exalter, non, mais c’est toujours bon d’entendre sa voix. Toujours ça de pris…
Flavien Giraud
Eels, « End Times », Cooperative Music
« End Times », End Times




Pourquoi ne pas laisser un commentaire?